« Dans le bois en haut de la Rivière
Châteauguay, 29 octobre 1813
Mon cher père,
Le 26 a été pour moi un jour glorieux et ceux de mes soldats qui
ont combattu l'Armée américaine commandée par le Gén.(Général)
Hampton & un autre Général a été repoussée
par une poignée d'hommes, tous des Canadiens & hier cette
armée a commencé à se retirer ou essayera de pénétrer
dans notre pays par un autre chemin. L'armée ennemie était composée
de tous ses effectifs, environ 7000 hommes et 5 pièces d'artillerie, et
300 cavaliers.
Le combat dura quatre heures, et il prit fin lorsque l'Ennemi fut obligé de
retourner à sa position précédente à cinq milles
derrière, laissant beaucoup de ses morts & blessés
sur place et un grand nombre de ses hommes dispersés dans les bois, également
de nombreux tambours, 150 fusils, etc. & de l'équipement,
etc. Le nombre de mes hommes qui combattirent n'excéda pas trois cents.
Le reste était en réserve dans les lignes que j'avais construites.
Nos tués & blessés sont au nombre de seulement
24, y compris les officiers. Il n'y avait que des Canadiens parmi nous. Je
fus en première ligne pendant tout le combat et, par la suite, avec
une petite réserve, j'ai repoussé une importante troupe d'Américains
et sauvé le capt. (capitaine) Daly et sa compagnie. Je choisis mon propre
terrain & après le combat je fis avancer mes sentinelles
deux milles plus loin. Sans m'attribuer trop de crédit, j'éprouve
de la fierté à penser que cette défense de notre part
a au moins empêché l'Armée américaine de pénétrer
jusqu'à La Prairie. Ici nous sommes situés à environ 35
milles de Montréal. C'est certainement un événement fort
extraordinaire. Le Chevalier Juchereau & tous les officiers qui
combattirent se conduisirent avec grande bravoure. Les prisonniers ont été au
nombre d'environ 25. Nous sommes tous fort harassés & je
ne vais pas bien.
Dans ma hâte je demeure, mon cher père, fidèlement vôtre.
Ch. De Salaberry »*