Lieu historique national du Canada du Canal de Chambly

Au pic et à la pelle

En 1829, le gouvernement du Bas-Canada confie le projet de construction du canal à des commissaires superviseurs, tous des gens d'affaires de la région du Richelieu. Le 5 septembre 1831, les commissaires du canal accordent le contrat de construction à un groupe d'hommes d'affaires formé d'Américains et de Canadiens, dont les frères Andres de Chambly.

Estampe : une dizaine de travailleurs avec des chevaux et des charettes, procédant à l'élargissement du canal de Lachine. Travaux d'excavation du canal de Lachine à Montréal.
© Archives nationales du Canada / C-061471

La construction du canal débute aussitôt. Mais en 1834, les travaux sont interrompus en raison de problèmes financiers. En 1841, les travaux reprennent pour se terminer en 1843. Pendant ces années de durs labeurs, on estime qu'entre 500 et 1 000 hommes ont travaillé à la construction du canal.

Pendant toute la durée des travaux, les machines à vapeur sont absentes du chantier. La construction du canal est l'œuvre de travailleurs manuels. Il y a d'abord les terrassiers, ceux qui creusent la terre, dont les outils sont le pic, la pelle et la brouette. Aux terrassiers s'ajoutent les artisans spécialisés comme les maçons, les forgerons et les charpentiers. Enfin, il y a les hommes de chevaux.

Jeune ouvrier travaillant à la réfection d'un quai du canal de Chambly à Saint-Jean-sur-Richelieu (détail). Jeune ouvrier travaillant à la réfection d'un quai à Saint-Jean-sur-Richelieu, en 1931 (détail).
© Archives nationales du Canada / PA-085845

En une journée, quatre terrassiers peuvent excaver en moyenne de 3 à 4 verges cubes de pierre (2,30 à 3 mètres cubes) ou de 6 à 7 verges de glaise (4,60 à 5,35 mètres cubes). C'est un travail exténuant! Ainsi, le journal La Minerve du 8 juin 1843 rapporte : « Les chevaux succombaient à cette tâche qui, par conséquent, devait être au-dessus des forces humaines ».

La poudre noire est également très utilisée pour faire sauter le roc. Il faut deux jours pour forer un trou que l'on emplit ensuite de cet explosif. La terre et la pierre sont ensuite évacuées avec des charrettes tirées par des chevaux.

Les conditions de vie des ouvriers, majoritairement immigrants, sont plutôt difficiles. Au début de la construction du canal, ils travaillent 12 heures par jour, de 5 heures à 19 heures. Une heure est allouée pour le déjeuner, une autre pour le dîner. À partir de 1840 toutefois, les ouvriers travaillent 10 heures par jour, de 6 heures à 18 heures.

Les ouvriers logent dans des baraques de 12 pieds sur 12 pieds (14 mètres carrés), fournies par les entrepreneurs. Ils s'y entassent à 12 par baraque. En plus de défrayer un loyer aux entrepreneurs, les ouvriers sont payés avec des bons encaissables essentiellement dans les magasins dont les entrepreneurs sont propriétaires. Ce système provoque de nombreux différends. Les ouvriers se plaignent des prix trop élevés exigés pour les produits et articles. Des affrontements ont lieu.

Malgré tout, le 9 juin 1843, un premier bateau emprunte le canal : le steamer « Québec », transportant une cargaison de lard, quitte Saint-Jean et fait route vers la capitale.