Lieu historique national du Canal-de-Lachine

Baladodiffusion

Version HTML de l'aventure Onde

Face 1

Intro 2 : Terrasse Atwater

Un son.
On pense que c'est la cloche d'une l'église,
mais le son vient d'ailleurs.
De la tour du marché Atwater.

Peut-être, me vois-tu déjà ?
Au loin.
J'arrive.
Ça ne sera pas trop long.

Je viens te rejoindre,
au bord du Canal,
sur la terrasse en bois,
à côté du marché.

J'entends un autobus,
des camions qui freinent, des klaxons.
C'est une combinaison de sons percussifs.
Je compare leurs timbres.

J'associe l'attaque des sons,
avec la résonance des autres,
je multiplie les attaques,
je resserre les résonances.

J'invente une musique.
Je suis compositeur.
Je crée une partition,
en m'inspirant des lieux.

J'avance en direction du Canal,
en suivant les lampadaires du marché.
Ça me fait penser à des mats de bateaux.
Mais aussi, à l'époque,
aux bateaux qui sonnaient trois coups de sirènes,
pour l'ouverture du canal au printemps.

Trois sons,
graves,
vibrant, fort.
De la vapeur s'échappait des cheminées.

Les sirènes des usines ponctuaient la journée.
Début de quart de travail le matin,
pause le midi,
fin du quart de travail à 16h.

Et puis chaque nouvelle année,
les sirènes des usines hurlaient,
toutes en même temps.
Ces sons là sont inspirants.

J'arrive enfin.

Je monte les marches vers la terrasse de bois.
Vers le petit bâtiment avec le toit transparent.
Juste à sa gauche, il y a une série de sculptures.
Je te retrouve à la première, celle avec les deux pianos.

INTRO 1 : (à écouter depuis le métro Lionel-Groulx)

Je passe les tourniquets du métro Lionel-Groulx,
direction la sortie.

Puis, je prend l'escalier mobile en face.
Je m'arrête pour monter tranquillement.

Ce n'est pas le son d'un escalier,
mais le son d'une écluse.
C'est là que je m'en vais,
au Canal-de-Lachine.

Je marche
Je passe les portes du Métro.

Coup de vent et fondu-enchainé,
on est entre deux ambiances.

Je prends le petit chemin à droite,
pour descendre l'avenue Atwater,
vers l'église, vers le sud.

Je rentre dans l'univers de la ville.
Des signaux sonores courts s'accumulent : klaxon, coup de frein, rires.

Pour moi, tout ces sons là,
c'est comme une composition sonore.

L'église est un peu plus loin,
après la cabine d'autobus.

Émergence de conversations de la file d'attente,
claquement d'une plaque d'égout,
crissement aigu d'un camion.
J'aimerais les transformer pour créer des nouveaux sons.

Je m'arrête au feu rouge pour traverser la rue Delisle.
Attends-moi de l'autre côté de la rue, si tu as plus de chance.

J'ai traversé.
Voilà, après, c'est toujours tout droit.

On pense que c'est la cloche d'une église,
mais le son vient de plus loin.
De la tour du marché,
derrière les arbres.

Tu m'accompagne là-bas?
Tout près du Canal.

La tour du marché Atwater est un repère important ici.
Je me dirige dans cette direction.

Je traverse maintenant la rue Workman.
Je ne voit pas la pancarte.

Il faut faire attention ici, en traversant.
Je ralenti.

Je traverse.

Bon, je continue toujours tout droit.

J'entends encore la cloche du marché,
les autobus, les klaxons, les camions qui freinent.
C'est une combinaison de sons percussifs.
Je compare leurs timbres.

J'associe l'attaque des sons,
avec la résonance des autres,
je multiplie les attaques,
je resserre les résonances.

J'invente une musique.
Je suis compositeur.
Je crée une partition,
en m'inspirant des lieux.

La rue remonte un peu maintenant.
Je vais toujours tout droit.

Il y a beaucoup de camions ici,
au coin de Notre-dame.

Ma lumière est rouge.
J'attends et je traverse devant.

J'ai traversé.

Voilà, c'est fait.
Je continue encore tout droit.
Jusqu'à la courbe.

J'arrête avant la courbe pour traverser vers la gauche,
entre les lignes blanches.
J'attends le feu pour les piétons,
pour aller sur le terre-plein,
au milieu de la route.
Cette courbe est dangereuse.

La main est là je ne peux pas traverser.
Attends-moi, de l'autre côté, si tu vas plus vite.

Les tours dominent le paysage.
Moi, je veux aller vers la grande tour du Marché.
Longer la rue avec les lampadaires.

J'ai traversé.

Je suis maintenant sur le terre-plein,
au milieu de la route.
J'attends la lumière verte pour traverser.

Je vais à nouveau devant,
pour longer la rue du marché.
Encore tout droit.

Bon, j'ai traversé.

J'avance, maintenant,
en suivant les lampadaires.

Ça me fait penser à des mats de bateaux.
Mais aussi, à l'époque, au printemps,
aux bateaux qui sonnaient trois coups de sirènes,
pour l'ouverture du canal.

Trois sons,
graves,
vibrants, forts.
De la vapeur s'échappait des cheminées.

Et puis, les sirènes des usines qui ponctuaient la journée.
Début de quart de travail le matin,
pause du midi,
fin du quart de travail à 16h.

Et puis chaque nouvelle année,
les sirènes des usines hurlaient,
toutes en même temps.
Ces sons là sont assez inspirants.

Là, à gauche, dans la lignée de la tour du marché,
c'est la rue Rufus Rockland,
un promoteur de jazz de l'époque.
Je continue encore tout droit.

Prochain coin,
Attention aux voitures,
je traverse la rue Saint-Ambroise.

J'arrive enfin.

Je monte les marches vers la terrasse de bois.
Vers le petit bâtiment avec le toit transparent,
juste à sa gauche, il y a une série de sculptures.
Je te retrouve à la première, celle avec les deux pianos.

SÉQUENCE 1

Quelques notes de jazz, puis arrêt.
La composition commencerait comme ça.
Une tension qui monte.
Puis, suspension musicale.

Je fais quelque pas sur la terrasse.
Pour inventer une chorégraphie,
des pas de danse, pour observer le lieux,
pour passer d'une sculpture à l'autre.

Je débute avec les années 1930,
en pleine crise,
dans la grande dépression.

On engage des chômeurs,
on fait construire le marché Atwater.
Musique !

À cette époque, Montréal est une ville de boites de nuit.
C'est un peu d'ici qu'est né le jazz à Montréal.
Les premiers Jazzman,
Oscar Petterson, Oliver Jones
et Rufus Rockhead,
le grand promoteur du jazz à Montréal.

En me plaçant face au canal
je regarde les bâtiments de ce côté-ci de la rive.
À l'est de la passerelle, à gauche,
c'était Sainte-Cunégonde.
Les premiers noirs, en provenance des Antilles,
sont venus s'installer ici,
pour être porteurs dans les chemins de fer.

À l'ouest, à droite,
si je me déplace un peu vers le canal,
on voit au loin le pont de Saint-Henri,
Saint-Henri, l'archétype des quartiers ouvriers francophones.

À l'époque ici, c'est l'effervescence.
Musicale et industrielle!

Bon assez discuté, on part.
Je me dirige vers la passerelle tout près,
celle qui enjambe le canal.

Je traverse la voie ferrée.

SÉQUENCE 2

La passerelle tremble,
produit des vibrations.
Je ressens les hautes et les basses fréquences,
les pulsations des ondes sonores.
Mon corps vibre!

Au milieu du pont,
je m'arrête quelque instants.
Pour observer l'horizon
et la linéarité du canal,
avec ses verticales : les cheminées, les pylônes électriques.

Dans ce grand couloir,
le vent change la texture de l'eau.

Je me penche.
Je découvre les ondes,
au pied de la passerelle.
Des ondulations circulaires.
L'hiver c'est une énorme étendue glacée et immobile.

Maintenant, je vois les sillons,
d'un disque qui tourne,
au fil du courant.

« Onde », Cette composition s'appellera comme-ça.

Je repars, je continue,
pour rejoindre l'autre côté de la passerelle.
Envoi de codes morses.

Le son passe de l'oreille droite, à l'oreille gauche,
dans le sens du courant.

J'imagine l'élargissement du canal,
au fil du temps,
passant de 15m, à 36m, à 61m.

Je prends à gauche,
après la passerelle.

Je continue, vers l'est,
en marchant dans l'herbe, le long du bâtiment,
pour profiter du boisé.

SÉQUENCE 3

Je longe maintenant le bâtiment.
Les graffitis me rappellent des algues.
Je sens les odeurs de l'eau.

Tout à coup, c'est plus tranquille.
Je peux écouter le son des arbres,
qui se referment sur moi.

Mes propres pas ressortent dans ce silence.

Les frottements des feuilles, émergent,
comme un effet de "scratch" sur un disque vinyle,
en accélérant et en ralentissant,
la vitesse de lecture.

En marchant,
je frôle l'écorce des arbres.

J'interprète les graffitis sur le mur.
J'inverse le sens de la musique.

J'imagine cette composition, comme les deux faces d'un même disque.
Face 1 / l'aller : la logique de la composition. Face vocale.
Face 2 / le Retour : la composition. Face instrumentale

Je prends à gauche,
le chemin piéton plus sinueux,
je me dirige vers le bord de l'eau.

La promenade joue sur deux temporalités : Les pas du marcheur donnent la mesure, le tempo du présent,
et par dessus, un rythme en accéléré saccadé,
celui du temps historique,
qui s'agence par superposition.

En passant près des loueurs d'embarcations,
j'évoque les grands bateaux fluviaux, les « canalers »
passant à une moyenne de 50 par jour.
Charbonniers, céréaliers, pétroliers, transporteurs de bois...

Les sons des moteurs,
mixés avec les sons aigus des scieries,
de l'autre côté de la rive.
Les anciennes industries,
qui débitaient les planches de bois.

C'est ça le rythme accéléré du canal.
Tout ça se superpose,
au sens de la marche,
par des jeux de rythmes rompus
et des styles éclectiques.

Je continue ma marche.

SÉQUENCE 4

Ensuite,
l'espace est plus ouvert.
Je découvre le pont en entier.

Je marche pour aller sous le pont Charlevoix.

Quelques notes de musique.
La structure du pont modifie la hauteur de la note,
sa durée, son intensité, sa qualité vibratoire.
Comme dans un « piano préparé », à la John Cage.
Un piano dans lequel on a placé des objets pour modifier le timbre.

Le métal résonne,
les engrenages métalliques s'entrechoquent,
la structure devient sonnante,
mouvante.

Les notes de piano accentuent l'intrigue.

J'amorce une descente,
pour aller sous le pont,
en suivant le trottoir de béton.

Le piano joue toujours des cliquetis et des engrenages,
à chaque touche enfoncée.
Puis le pont tourne, sur lui-même, en plein milieu,
faisant résonner les cordes, en changeant leur timbre.

Suspension!
Je m'arrête en même temps que la musique.
Sous le pont.

Minute de silence.
J'écoute le pont chanter.

SÉQUENCE 5

Coups de sifflets,
je m'avance pour sortir de l'autre côté.
Tout en montant doucement la pente,
je m'approche de la rive.

Cris stridents des enfants.
Sous leurs pas, les roches s'entrechoquent.
Je les imagine, le dimanche,
monter sur le pont pour faire un tour,
des fois sous le regard bienveillant du pontier,
souvent, en cachette.

Un bateau s'approche.
Énorme, avec une masse de 2500 tonnes.
Il signale sa présence.

La foule s'amasse autour du pont,
elle regarde le spectacle.

La trame sonore s'intensifie.
En haut, je prend le chemin piéton,
je marche toujours devant,
pour continuer à longer la rive.

Dans l'oreille gauche,
j'imagine les sons en provenance du bâtiment en brique,
sur l'autre rive,
les rythmes d'acier de la Steel Company of Canada.
Les hommes découpent des masses de métal en plaques,
en morceaux, en planches,
transformées en écrous, en boulons.

Dans l'oreille droite,
injection de la vapeur,
depuis le bâtiment de la Canadian Bag.
Tissage de la jute,
vapeur d'eau qui se dégage.

Brouillard et musiques industriels, rappelant Luigi Russolo :
C'est le manifeste de l'art des bruits, en action.

Puis, tout s'arrête par un son brusque.

SÉQUENCE 6 et 7

Mon regard se porte sur la tour cylindrique,
de l'autre côté de la rive,
la tour à balles.

Je me rapproche du bord,
pour m'arrêter quelques instants.
J'observe.

Sur le haut de la tour,
la chaleur de la fournaise,
fait fondre le plomb.

Le plomb passe à travers le tamis,
avec ces ouvertures de différentes grandeurs.

Le plomb tombe au bas de la tour,
des gouttelettes se forment,
en se figeant dans le bassin d'eau.

Je repars.

Quelques notes de synthétiseur.
Des sons très brefs. Mouillés!
Je dédouble l'impulsion,
j'applique une réverbération.

J'utilise un « granulateur »,
pour fractionner les sons.

Devant moi, le chemin se resserre.
Les billes de plomb se transforment en pluie.

Rendu au niveau de la tour,
la pluie est à son intensité maximale.

Je recommence la séquence.
Légère modification de la structure.

En passant sous le boisé,
j'applique une réverbération,
et une distorsion,
pour créer du bruit blanc.
À la sortie du boisé,
j'observe les grands silos de béton,
de l'autre côté de la rive.
C'est une minoterie,
pour transformer le blé en farine.

Les grains sont montés en hauteur dans les silos.
Nettoyés, broyés,
ils tombent dans des tamis successifs.
La farine devient de plus en plus fine.

Coupure de la musique,
pour entendre la ventilation des usines,
d'un côté et de l'autre du canal.

Je continue à marcher devant.

Avant, juste à ma droite,
il y avait là une immense corderie
qui s'étendait jusqu'au pont derrière nous.
Un bâtiment tout en longueur,
étroit et bas,
pour fabriquer des longues cordes.

Je suis la ligne imaginaire,
qui va me mener plus loin.
Jusqu'à la partie ancienne de la corderie.
Une petite tour de brique.

Je passe à côté de la petite tour de brique.

Décrescendo de la ventilation.

SÉQUENCE 8

Au niveau du boisé,
retour au calme.

En marchant,
j'imagine les effluves industrielles :

  • les odeurs de peintures;
  • les senteurs du blé moulu et de farine;
  • les effluves de mélasse et de cassonade;
  • les parfums de pin résineux;
  • les émanations d'huile ou d'essence;
  • la fumée du charbon.
Avant, on appelait le Canal la « Smokey Valley ».

Dans la composition, l'odorat est suggéré par des nappes sonores,
parfois légères, parfois opaques.

SÉQUENCE 9

Après le boisé,
on découvre le prochain pont.
Le pont des Seigneurs.

Retour de la composition de piano,
comme un rappel.

Je me rapproche du pont.
j'imagine l'oscillation de sa structure.

Avant de traverser la rue,
je me rapproche encore pour toucher une partie du pont.

Avec un micro-contact,
directement posé sur l'architecture métallique,
je capte les vibrations.

Attention ici,je dois traverser la route,
je regarde bien des deux côtés.
Et je traverse sur le passage piéton.
Pour continuer,
sur le même côté du canal.

J'ai traversé.
Je prends le petit chemin pour descendre,
tout droit,
vers l'écluse.

Je commence à entendre la masse d'eau,
qui tombe massivement dans le déversoir.

Le mouvement de l'eau s'accélère.

l'eau devient un paysage sonore.
Une son puissant qui se suffit à lui-même.

Je tourne à gauche sur la passerelle,
et je m'arrête au milieu.
Attention aux vélos.

Je me rapproche le plus possible de la chute d'eau,
pour être face à la masse sonore.

Je la ressens,
je l'écoute de l'oreille gauche.

Je me retourne, pour la ressentir derrière moi,
de l'oreille droite.

Je me replace pour être à nouveau en face d'elle.

Avec la musique, je reproduis l'effet de rotation.

Puis, je regarde l'horizon.
Je repars, je fini de traverser la passerelle
et je tourne à droite.
Je me dirige jusqu'au bout du quai,
en restant près de l'eau.

J'écoute la source sonore disparaître progressivement,
passer de l'oreille gauche,
à celle de droite.

Je me dirige vers le banc,
au bout du quai.

La chute d'eau ressurgi ici.

Je m'arrête et m'assoie sur le banc.

L'hiver, il y a de gros morceaux de glace,
l'eau se fait un chemin depuis la chute,
mais devant,
la glace se fige.

J'imagine les canaux intermédiaires,
de chaque côté du canal
qui amènent l'eau jusqu'aux usines
pour produire de l'énergie hydraulique.
Au total, 17 lots industriels en produisaient.

Dans les sous-bassement des usines,
la force de l'eau était transformée en énergie.

Juste à droite,
dans l'usine de la Belding Corticelli.
J'imagine la voix des femmes.
Les machines qui tissent la soie.

Une montée s'amorce dans la musique.

Musique répétitive.
Jeux d'engrenages, de courroies, de poulies,
qui captent mécaniquement l'énergie de l'eau,
pour l'amener jusqu'aux machines des usines.
De là, ici, des roulements continus,
des grondement, des tremblements.

J'entends du bruit à ma gauche.
Dans l'écluse, c'est l'agitation.
Un bateau attend pour remonter le canal.
L'eau monte dans le sas.

Ça y est, les portes s'ouvrent et se ferment.

À partir de l'écluse Saint-Gabriel,
Vous pouvez écoutez la face 2 du disque « onde »,
la face musicale.
Ma composition.

Refaite le même chemin, en retournant sur vos pas.
Remontez le canal,
vers le marché Atwater.

FIN

FACE 2

INTRO 3 : (pour la partie musicale)

Face 2 du disque onde.
Partie musicale.

Placez-vous pour que le pont des Seigneurs soit en face de vous.
Rejoignez-le,
en longeant la rive sud du canal.
celle où se trouve les anciennes industries.

Vous devez remonter à contre-courant,
vers l'ouest.

Après le pont, continuez toujours tout droit,

vers le marché Atwater.

Coordonnez vos pas avec le rythme sonore,
laissez-vous porter par la musique,
pour une marche
d'une vingtaine de minutes.

Bonne écoute.
Vous passez le pont des Seigneurs,
côté sud.
Continuez tout droit.

Vous passez sous le pont Charlevoix,
côté sud.
Continuez toujours tout droit.

Vous arrivez à la passerelle Atwater.Tournez à droite,
pour rejoindre l'autre rive.

Le parcours se termine ici.

Vous pouvez écouter ou réécouter, la Face 1 du disque « Onde », sur laquelle je présente mon processus de composition, inspirées du canal de Lachine.