Lieu historique national du Canada de Port-la-Joye- Fort-Amherst
Le fort Amherst
Fort Amherst
La vie de soldat
Mutinerie au fort Amherst
Chat à neuf queues
1763 - Le traité de Paris
Samuel Holland et l'arpentage de l'île St. John's
L'abandon du fort Amherst
Quand ils viennent déporter les Acadiens de l'île Saint-Jean, les soldats apportent avec eux tout le nécessaire pour construire un nouveau fort. Les navires transportent 1 000 palissades, des planches, des clous et des outils, ainsi que 300 hommes pour effectuer les travaux.
Lord Rollo confie au lieutenant William Spry la construction du fort près du site du fort français à Port-la-Joye. Le fort est terminé le 10 octobre 1758, après six semaines de travaux et appelé le fort Amherst. Fort Amherst reste la capitale administrative de l’île pendant dix ans.
Malgré sa petite superficie, le fort loge 190 hommes du 28e Régiment d’infanterie Bragg’s. Il est entouré d'un fossé sec et on y accède par un pont‑levis. Ses fondations sont faites de grès poreux et sont surmontées d'une palissade de planches d'environ 2,5 m de hauteur. À son apogée, le fort compte 18 canons : quatre à chaque coin et un à mi‑chemin sur deux des murs. À l'intérieur se trouvent le bureau du commandant, les quartiers des officiers, une boulangerie, une forge, un magasin et une prison. Pendant les premières années d'existence du fort, la garnison est remplacée chaque printemps par des troupes venues de Louisbourg, qui devait demeurer possession britannique jusqu’en 1768.
La vie de soldat
Il n'est pas toujours agréable de servir dans l'armée britannique au 18e siècle. Les soldats sont mal payés, vivent dans des conditions malsaines et sont assujettis à une discipline sévère. Malgré tout, l'armée offre souvent une vie meilleure que celle que connaissent certains soldats avant de s'enrôler.
L’âge des soldats de l’armée britannique varie entre 17 et 30 ans, ou 45 ans en temps de guerre. Pour être recrutés, ils doivent mesurer au moins 5 pieds et 6 pouces et demi, mais on accepte les jeunes hommes qui n’ont pas encore atteint leur taille adulte.
Les soldats ne sont en général pas issus des couches les plus distinguées de la société. Par exemple, certains criminels ont le choix de s'enrôler dans l'armée ou d'aller en prison. Les gens aisés ont tendance à regarder de haut les soldats ordinaires.
La solde est de 8 pences par jour. De ce montant, 25 pour cent est réquisitionné pour l'habillement, et 5 pour cent est versé au responsable de la solde pour couvrir le coût des services administratifs.
Pourquoi les hommes s'enrôlent-ils dans l'armée britannique, compte tenu du peu de confort matériel et du manque de respect dont ils bénéficient? La réponse réside dans la pauvreté relative des gens de l'époque. L'armée offre une prime d'enrôlement de 4 à 5 guinées (une somme respectable), et les soldats peuvent s'attendre à être nourris régulièrement.
La vie au fort Amherst est sans doute assez monotone pour la garnison. Même si la guerre de Sept Ans n'est pas officiellement terminée, une bonne partie de l'est de l'Amérique du Nord est passée aux mains des Anglais. En fait, les soldats du fort Amherst ne connaîtront jamais de bataille. Leurs activités quotidiennes sont banales; ils doivent monter la garde et participer à des défilés sur la place d'armes, et une ou deux fois par an, ils sont autorisés à utiliser leur fusil pour des tirs.
Mutinerie au fort Amherst
En 1762, les conditions de vie au fort Amherst se détériorent à un point tel que les soldats songent à une révolte. La situation s'aggrave quand une poignée de soldats introduisent clandestinement dans le fort du rhum provenant de navires amarrés à un quai voisin. L'alcool est interdit dans le fort, et l'enquête ne se fait pas attendre. Les enquêteurs découvrent non seulement le rhum, mais aussi le projet de mutinerie.
Les soldats mêlés à l'affaire sont accusés de trahison et traduits devant le tribunal militaire de Louisbourg. Le châtiment est plutôt sévère : trois des coupables sont condamnés à 500 coups d'un fouet appelé chat à neuf queues, et un autre homme, à 1 000 coups. Quant au chef de la bande, John Turner, il est condamné à mort.
Chat à neuf queues
La flagellation avec un chat à neuf queues est une sanction disciplinaire souvent utilisée dans les forces britanniques aux 18e et 19e siècles. Il s’agit d’un fouet composé d’un manche auquel sont fixées neufs lanières. Chaque lanière compte parfois trois nœuds de façon à avoir 27 poids propulsés sur le dos du coupable. Le nombre de coups est fonction de la gravité du crime, mais les sentences de plusieurs centaines à un millier de coups de fouet sont courantes. La douleur infligée est considérable et cinquante coups de fouet suffisent à causer des dommages permanents au dos.
Une fois la sanction disciplinaire administrée ou s’il s’effondre, l’homme est emmené à l’hôpital par le médecin qui lui applique sur le dos une solution diluée d’acétate de plomb, traitement presque aussi douloureux que la flagellation elle-même! Il faut compter de trois semaines à un mois pour que le dos guérisse.
1763 - Le traité de Paris
Le traité de Paris signé en 1763 concède à la Grande-Bretagne tous les territoires français en Amérique du Nord situés à l'est du Mississippi, à l'exception de Saint-Pierre et Miquelon. Le fort Amherst perd donc presque toute son importance puisqu’il n’y a pratiquement plus de forces militaires françaises contre lesquelles se défendre. Les garnisons en poste au fort Amherst ne cessent de diminuer en taille au fils des ans et les soldats se voient confier d’autres tâches tandis que la Grande-Bretagne prend en charge l’administration de ses nouvelles possessions.
Samuel Holland et l'arpentage de l'île St. John's
Quand Samuel Holland est nommé arpenteur en chef de l'Amérique du Nord en 1764, son premier projet est d'arpenter l'île St. John's (anciennement l’île Saint-Jean). La population insulaire a beaucoup diminué par suite de la déportation des Acadiens en 1758. Les travaux d'arpentage se veulent un moyen de favoriser l'immigration et la colonisation futures
Dès leur arrivée, Holland et sa famille doivent s'atteler à la tâche de trouver un toit. L'arpenteur espère pouvoir loger au fort Amherst, mais il se rend vite compte que les casernes sont en trop mauvais état. Il choisit donc de construire une habitation à peu de distance du fort, à un endroit qu'il baptise anse Observation.
De là, avec l'aide de l'arpenteur adjoint Thomas Wright, d'ingénieurs, de volontaires et des soldats du fort Amherst, Holland entreprend un énorme projet d'arpentage au cours duquel il doit affronter des conditions hivernales difficiles. Il divise l'île en un réseau de comtés, de lots, de paroisses et de lotissements urbains, dont bon nombre existent encore aujourd'hui.
L'abandon du fort Amherst
En 1768, Charles Morris, de la Nouvelle-Écosse, arpente le lotissement urbain de Charlottetown, encore une fois avec l'aide des soldats du fort Amherst. Quand Charlottetown devient officiellement la capitale de l'île St. John's, en 1768, la garnison est retirée du fort Amherst une fois pour toute. L'ouvrage de fortification, qui tombe en ruines depuis des années, ne vaut plus la peine d'être sauvé. Il est démoli dans les années 1770, et, en 1779, il n'en reste plus que le fossé.
Plusieurs locataires se succèdent sur la propriété du fort pendant le reste du 18e siècle. Le plus célèbre d'entre eux est sans doute Walter Patterson, premier gouverneur de l'île.
À l'issue de transactions compliquées, Patterson acquiert la propriété en 1773 et y construit une élégante maison de ferme et des bureaux. Il la nomme Warren Farm, en l'honneur de sa femme, Hester Warren. Patterson quitte ses fonctions en 1786, et le lot demeure vacant jusqu'en 1796, année où son titre foncier est révoqué. Plusieurs propriétaires cultivent la terre jusqu’en 1959, lorsque John Hyndman vend la terre pour sa création comme parc national historique. Le site ouvre officiellement en 1973.