Lieu historique national du Canada de Port-la-Joye-Fort-Amherst

La déportation des Acadiens en 1758

La population de l'île Saint-Jean atteint environ 4 600 personnes en 1758. La France et la Grande-Bretagne sont profondément engagées dans la guerre de Sept Ans (appelée également guerre contre les Français et les Indiens). Les hostilités ont commencés en 1754, mais la guerre est officiellement déclarée en 1756.

La forteresse Louisbourg, attaquée par les forces britanniques commandées par le général Jeffery Amherst et l'amiral Edward Boscawen, tombe pour la seconde fois en juillet 1758. Comme en 1745, le gouverneur français de Louisbourg cède l'île Saint-Jean aux Britanniques en même temps qu'il leur abandonne Louisbourg. Trois semaines plus tard, quelque cinq cent soldats britanniques, sous le commandement de Lord Andrew Rollo, partent de Louisbourg à destination de Port-la-Joye et prennent le contrôle de l'île Saint-Jean. Lord Rollo s'empresse de rassembler tous les Français et tous les Acadiens de l'île Saint-Jean, en prévision d'une autre déportation massive. Il ne tarde toutefois pas à se rendre compte que les quatre navires amenés à Port-la-Joye ne suffiront pas au transport des plus de 4 000 personnes qui vivent sur l'île, et dont il ignorait le nombre exact jusque là, puisqu'on lui avait donné une estimation modérée de 400 à 500 personnes.

En tout, 13 navires sont dépêchés sur les lieux pour ramener en France les colons déportés. Les efforts déployés pour rassembler les Acadiens prennent fin en octobre 1758, et, au bout du compte, les navires repartent avec plus de 3 000 Acadiens à leur bord. Certains Acadiens échappent à la déportation en s'enfuyant vers ce qui est aujourd'hui l'est du Nouveau‑Brunswick et le Québec. Malpec, une paroisse établie sur la côte nord de l'île, est entièrement épargnée. Selon toute vraisemblance, Lord Rollo l'aura jugée trop éloignée. L'hiver approchant, il craint sans doute que l'opération de rassemblement prendra trop de temps et décide de revenir l'année suivante, mais, en 1759, les Acadiens se cachent dans les bois et sont difficiles à trouver. En tout, quelque 1 600 Acadiens réussissent à échapper à la déportation.

Pour la plupart des déportés, cependant, ce départ de Port-la-Joye et de l'île Saint-Jean n'est que le début de l'odyssée acadienne.

Les navires, qui partent à la fin de l'automne 1758, s'exposent à des tempêtes. Les archives révèlent que trois navires, le Duke William, le Violet et le Ruby ont coulés pendant leur traversée de l'Atlantique. Presque 700 personnes sont mortes de noyade lorsque ces navires ont naufragés.

Les risques de naufrage sont omniprésents, mais une menace bien plus grande encore guette les navires de transport : la maladie. Le tiers des passagers, soit près de 900 personnes, auraient succombées à des maladies avant d'atteindre leur destination. Si on ajoute à cette statistique les décès par noyade, ce sont plus de 1 600 des 3 100 passagers déportés qui perdent la vie pendant la traversée.

Si les navires font route vers la France, ce ne sont pas tous les déportés qui en feront leur destination finale. Les archives révèlent que certains de ces Acadiens se sont retrouvés dans des lieux aussi lointains que Saint-Pierre et Miquelon, les Antilles, la Guyane, la Louisiane et les îles Malouines.

La signature du traité de Paris en 1763 met fin à la guerre de Sept Ans. Le traité concède officiellement à la Grande-Bretagne la Nouvelle-France et tous les territoires français situés à l'est du Mississippi, à l'exception de Saint-Pierre et Miquelon. Comme l'essentiel du territoire nord-américain est désormais sous contrôle britannique, la menace d'une nouvelle attaque française vient de diminuer grandement. Les autorités britanniques permettent donc en 1763 aux Acadiens de réintégrer leur ancien territoire, mais une bonne partie de leurs terres ont été reprises par des colons anglais. Malgré tout, certains reviennent, et, avec les colons demeurés dans l'île, ils deviendront les ancêtres de la population acadienne d'aujourd'hui à l'Île-du-Prince Édouard.