Lieu historique national du Canada Fort-Wellington

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Histoire

Fort Wellington

Tensions le long de la frontière

Prescott
Prescott
© Les archives de l'Ontario / Peintre par Thomas Burrowes

Une des conséquences de la guerre d'Indépendance américaine fut la naissance d'un pays hostile au sud des colonies canadiennes de la Grande-Bretagne. Dans le cas d'une guerre, la colonie du Haut-Canada était particulièrement exposée le long du fleuve Saint-Laurent de Montréal à Kingston. La route fluviale, qui était vitale pour le transport des biens et des gens jusque dans la région des Grands Lacs, pouvait être facilement coupée, puisqu'une bonne partie de la rive sud du fleuve était entre les mains des Américains.

Pour les États-Unis, la conquête des colonies britanniques voisines constituait une tâche demeurée inachevée après la guerre révolutionnaire. Mais même si les relations entre la Grande-Bretagne et les États-Unis étaient tendues au cours des années suivant l'indépendance américaine, ces tensions ne conduisirent à la guerre qu'en 1812.

Les militaires britanniques, occupés à combattre Napoléon sur mer et sur le continent européen, n'avaient accordé que peu d'attention à la défense des colonies nord-américaines. À la déclaration de guerre des Américains, ils durent agir rapidement pour préparer la défense des colonies. L'un des endroits choisis pour la construction d'un nouveau fort fut Prescott

Prescott était une cible évidente pour les Américains. Fondé en 1784 par des loyalistes de l'Empire uni qui s'étaient enfuis au Canada pendant la Révolution américaine, ce village était devenu un port important sur le fleuve Saint-Laurent, un point de transbordement stratégique entre Montréal et les Grands Lacs. La prise de Prescott par les Américains aurait signifié la fermeture du fleuve Saint-Laurent à la navigation britannique, mettant en danger la capacité des militaires britanniques à défendre le Haut-Canada.

Carte montrant l'emplacement du fort Wellington sur le Saint-Laurent.
Carte montrant l'emplacement du fort Wellington sur le Saint-Laurent.
©Parcs Canada

Les premières défenses à Prescott furent établies par la milice locale, qui occupa deux bâtiments à la limite est du village, autour desquels se dressait une simple enceinte de pieux. Peu après, les miliciens construisirent une batterie avancée armée de deux canons de neuf livres sur la rive du fleuve. En décembre 1812, sir George Prevost, le commandant des forces britanniques en Amérique du Nord, ordonna la construction d'une fortification plus considérable. Ce devait être le premier fort Wellington, un blockhaus substantiel d'un étage entouré de remparts de terre.

Les plans du premier fort Wellington. Cliquez pour plus de détails.
Les plans du premier fort Wellington. Cliquez pour plus de détails.
©Parcs Canada

La construction du fort s'étala sur deux ans et fut achevée en 1814, alors même que la Grande-Bretagne et les États-Unis négociaient un traité de paix pour mettre fin au conflit. Bien que Prescott ne fut jamais attaqué pendant la guerre, il servit de point de rassemblement pour les troupes régulières et les miliciens qui, au début de 1813, traversèrent le fleuve Saint-Laurent gelé pour détruire le poste militaire américain à Ogdensburg. Au cours des années qui suivirent la guerre, la garnison du fort Wellington fut graduellement réduite, et on laissa le blockhaus et les ouvrages en terre se détériorer. Le fort fut finalement abandonné en 1833.

Avis de recherche - William Lyon MacKenzie
Avis de recherche - William Lyon MacKenzie
© Les archives de l'Ontario

L'intérêt pour les fortifications à Prescott se réveilla à la suite du déclenchement de la rébellion au Bas-Canada comme au Haut-Canada en 1837. Ces rébellions étaient l'aboutissement d'années d'agitation de la part de réformateurs dans les deux colonies dans le but d'obtenir plus d'influence auprès du gouvernement colonial. Frustrés par leur incapacité à obtenir des concessions, les éléments plus radicaux du mouvement de réforme choisirent la voie de la rébellion avec comme but l'établissement d'une république de style américain. La rébellion au Haut-Canada, sous la conduite de William Lyon Mackenzie, n'obtint que peu d'appui auprès de la population, et fut rapidement réprimée par les autorités britanniques. Mais la fuite d'un bon nombre de radicaux vers les États-Unis marqua le début d'une deuxième phase plus dangereuse de la rébellion et donna lieu directement à la construction du deuxième fort Wellington.

« L'incendie du Sir Robert Peel »
« L'incendie du Sir Robert Peel »
©Parcs Canada

De nombreux Américains étaient convaincus que les colons canadiens étaient un peuple opprimé désireux de se libérer du joug britannique et de bâtir une république sur le modèle américain. En conséquence, les radicaux qui s'étaient enfuis du Haut-Canada trouvèrent un public réceptif de l'autre côté de la frontière de l'État de New-York. Leur présence devint le catalyseur de la création d'une organisation secrète connue sous le nom de Hunters' Lodges (Loges des chasseurs) qui surgit le long de la frontière, du Maine jusqu'à l'Ohio. On estime que seulement dans l'État de New-York, 283 loges furent créées avec plus de 20 000 membres.

Les radicaux et leurs nouveaux alliés américains lancèrent des raids transfrontaliers au début de 1838. Au mois de mai, l'un de ces groupes, sous la conduite du prétendu « amiral de la marine patriotique », Bill Johnston, captura le vapeur britannique Sir Robert Peel lorsqu'il accosta pour s'approvisionner en bois au cours de son trajet vers l'amont à partir de Prescott. À la suite de cet incident, sir John Colborne, commandant en chef des Canadas, ordonna qu'on répare le fort Wellington et qu'on construise un nouveau blockhaus pouvant loger 100 hommes. Les travaux du blockhaus commencèrent à la fin de l'été de 1838.

Vue du fort Wellington dans les années 1830.
Vue du fort Wellington dans les années 1830.
©Parcs Canada

Le deuxième fort Wellington fut prêt pour occupation en février 1839. En plus du solide blockhaus, la nouvelle fortification comprenait un poste de garde, des cuisines, des latrines et un logement pour l'officier, entourés des remparts de terre refaits du premier fort. Le fort Wellington ne fut jamais attaqué, mais quelques mois avant son achèvement, une force d'invasion débarqua à Windmill Point à environ 1,5 kilomètre en aval de Prescott. Le fort Wellington servit de point de rassemblement pour les soldats réguliers britanniques et pour un fort contingent de miliciens, qui vainquirent les attaquants après cinq jours de combats acharnés.

Plans du deuxième fort Wellington. Cliquez sur l'image pour plus de détails.
Plans du deuxième fort Wellington. Cliquez sur l'image pour plus de détails.
©Parcs Canada

Les tensions le long de la frontière finirent par se relâcher. En 1854, les dernières troupes furent retirées, et le fort fut à nouveau laissé à l'abandon. Il fut réoccupé en 1866, mais le dernier détachement de troupes fut retiré en 1869. Ainsi prit fin le rôle militaire actif du fort Wellington. Il fut encore utilisé comme entrepôt militaire, et à l'occasion, comme terrain d'exercice pour la milice locale.

L'histoire du fort Wellington en tant que fort opérationnel fut relativement brève. Après la création du Dominion du Canada en 1867, le fort Wellington devint la propriété du ministère de la Milice et de la Défense. En 1923, à la demande de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada, la gestion de la propriété fut transférée au ministère de l'Intérieur, car la Commission prévoyait l'identifier comme un endroit d'importance historique nationale. En 1925, le fort Wellington devint un lieu historique national, le premier en Ontario à être géré par le gouvernement fédéral. Aujourd'hui, il est administré par Parcs Canada.

Soldats en campement sur les terrains du fort Wellington.
Soldats en campement sur les terrains du fort Wellington.
©Parcs Canada
Carte postale du fort Wellington.
Carte postale du fort Wellington.
©Parcs Canada