Lieu historique national du Canada de la Voie-Navigable-Trent-Severn

Programme de gestion des eaux

Difficultés liées au programme

Le programme de gestion des eaux de la voie navigable Trent–Severn est guidé par les changements de niveau d’eau que causent les conditions climatiques. Chacun des trois bassins hydrographiques (rivières Trent et Severn, lacs réservoirs) est géré différemment. Chaque saison, ils sont tous soumis à différentes conditions et font l’objet de mesures de gestion des eaux distinctes. Ces particularités sont décrites dans la prochaine section. Les décisions quant à la quantité d’eau à retenir ou à relâcher peuvent s’avérer difficiles à prendre dans un réseau aussi complexe. Plusieurs facteurs doivent être pris en considération, notamment les suivants :
  • Quelle quantité de pluie apportera le prochain système météorologique?
  • Quelle quantité de neige s’est accumulée et quel sera le taux de ruissellement?
  • Dans quelle mesure peut on remédier au problème d’un secteur sans causer de problème à court ou à long terme ailleurs dans le réseau?
  • Quelles sont les répercussions potentielles sur les écosystèmes naturels et sur l’approvisionnement en eau des communautés?
  • Peut on minimiser les répercussions sur les autres utilisateurs de la voie navigable (propriétaires de chalets, résidents permanents, générateurs d’électricité et exploitants commerciaux)?
Énergie hydroélectrique

La voie navigable Trent–Severn compte 26 centrales hydroélectriques générant près de 100 mégawatts (MW) d’électricité. L’Ontario Water Power Association estime que 50 MW supplémentaires pourraient être produits grâce à la construction de nouvelles usines et à l’amélioration des installations existantes.
Bon nombre d’utilisateurs tirent profit de l’eau que contiennent les trois bassins hydrographiques. Leurs intérêts coïncident parfois avec le principal mandat de la VNTS, soit le maintien de la navigation sur le canal, mais il arrive aussi qu’ils soient en conflit avec ce mandat ou avec les intérêts d’autres utilisateurs. Par exemple, les producteurs d’hydroélectricité ont accès à l’eau qui coule au delà de leur centrale. Ceux ci préféreraient profiter d’un débit faible pendant l’écoulement printanier et d’un débit fort en été, lorsque la consommation d’électricité est accrue, mais cela risquerait de causer davantage de débordements le long du système au printemps et de faire diminuer le niveau d’eau en deçà de ce qui est nécessaire au maintien de la navigation jusqu’à la fin de la saison. De leur côté, les exploitants commerciaux, les propriétaires de chalets et les résidents permanents aimeraient profiter de niveaux d’eau plus élevés aux endroits où ils sont établis, ce qui ne peut pas toujours être rendu possible compte tenu de l’incidence sur le réseau en entier.

Les paragraphes suivants soulignent plusieurs des principaux points relatifs à l’incidence sur les écosystèmes naturels et sur la santé et la sécurité du public dont il faut tenir compte dans le cadre du programme de gestion des eaux.

Pêches

Il y a plusieurs points opérationnels à prendre en considération en ce qui a trait à la pisciculture. Comme le touladi pond à l’automne, l’un des objectifs consiste à faire diminuer l’eau à un niveau qui permettra une accumulation printanière suffisante avant le frai. Si le niveau d’eau est abaissé après la ponte, les frayères s’assécheront, ce qui entraînera la destruction de la ponte annuelle. Dans les lacs où le niveau d’eau idéal pour le frai du touladi a été déterminé, le rabattement doit débuter suffisamment tôt pour permettre l’atteinte de ce niveau avant le début du frai. À d’autres endroits, un débit adéquat doit être maintenu pour favoriser le frai du doré jaune. De plus, le niveau d’eau doit être suffisamment élevé au printemps pour favoriser la ponte du brochet et du maskinongé.

Frai du touladi en aval du barrage 9 de l’île Meyers
Figure 6. Frai du touladi en aval du barrage 9 de l’île Meyers
© Parcs Canada

Des poissons matures peuvent mourir si le niveau d’eau est inadéquat, par exemple, dans les étendues peu profondes qui gèlent jusqu’au fond lors d’hivers froids. Dans les lacs peu profonds couverts de glace, l’oxygène peut devenir rare, ce qui entraîne la suffocation des poissons. Au printemps, une mortalité massive peut aussi survenir chez les poissons qui, perturbés par les faibles taux d’oxygène pendant l’hiver, n’arrivent pas à se rétablir lorsque leur métabolisme s’accélère à nouveau. Le stress qu’ajoutent le frai ou la recherche accrue de nourriture peut entraîner la mort de poissons déjà affaiblis. Enfin, le mélange de l’eau pauvre en oxygène du fond des lacs et de l’eau de surface peut s’avérer fatal pour les poissons vivant près de la surface.

Approvisionnement en eau dans les communautés

De nombreuses municipalités dépendent de la voie navigable pour s’approvisionner en eau et assurer l’auto épuration de l’eau évacuée des usines d’épuration. Par conséquent, le niveau d’eau doit être suffisamment élevé aux prises d’eau. Les lacs Kawartha, par exemple, comptent plusieurs stations de traitement qui puisent de l’eau dans la voie navigable. Lorsque le niveau est bas, les prises d’eau peuvent se retrouver à moins d’un mètre de la surface. À certains endroits, on croit que le niveau d’eau n’a pas été pris en considération lors de la construction des installations. En outre, un débit adéquat est aussi nécessaire près des stations de traitement des eaux usées.

Prise d’eau exposée
Figure 7. Prise d’eau exposée
© Parcs Canada

Interruption de la navigation

Les courants forts peuvent poser des risques pour la sécurité. Ils peuvent gêner considérablement les embarcations qui ne disposent pas de moteurs très puissants et rendre les virages serrés difficiles à négocier dans les chenaux étroits. Ils peuvent aussi nuire aux embarcations qui souhaitent traverser le courant pour se déplacer d’une écluse à une autre; le renvoi de courant dirige parfois ces embarcations vers des zones dangereuses. De plus, ils peuvent entraîner la submersion des aides à la navigation et transformer ces balises de sécurité en obstacles dangereux. Il arrive donc que le réseau doive être fermé à la navigation en raison du débit.

Parcs Canada a établi des débits critiques à certains endroits. Lorsque ces débits sont atteints, les écluses sont fermées à la navigation. En voici un aperçu :
  • Écluse 2 – 230 m3/s
  • Rivière Otonabee, Peterborough – 30 m3/s
  • Bobcaygeon – 60 m3/s
  • Fenelon Falls – 100 m3/s
  • Port Severn – 75 à 100 m3/s selon l’élévation de la baie Georgienne (lorsque le niveau d’eau baisse dans la baie, la navigation devient très difficile sous le pont de l’autoroute 400).
On a établi ces débits critiques après avoir observé pendant des années les difficultés que rencontraient les plaisanciers lors de la navigation. En général, ce sont les embarcations imposantes mais peu puissantes (comme les caravanes flottantes) qui ont le plus de difficulté à naviguer pendant les périodes de haut débit. Parcs Canada publie des bulletins pour informer les utilisateurs de l’interruption de la navigation et pour formuler des avertissements, au besoin.

Inondation à l’écluse aval 42 en raison de la fonte importante des neiges.
Figure 8. Inondation à l’écluse aval 42 en raison de la fonte importante des neiges.
© Parcs Canada