Lieu historique national de la Voie-Navigable-Trent-Severn

Du lac Simcoe au lac Balsam

Construite par étapes sur une période de 87 ans, la voie navigable Trent-Severn relie la baie Georgienne et le secteur supérieur des Grands Lacs au lac Ontario grâce à une série d’écluses et de canaux artificiels, à un ber roulant et à deux écluses-ascenseurs reliant une chaîne de rivières et de lacs intérieurs.

La section située entre le lac Simcoe et le lac Balsam pose un problème technique particulier. Au sommet de cette section, Kirkfield marque la limite entre les eaux qui coulent vers l’est - vers le lac Ontario - et celles qui coulent vers l’ouest - vers la baie Georgienne. La rivière Talbot (la principale voie qui relie le lac Simcoe et le lac Balsam) a fait plusieurs fois l’objet de levés au cours du siècle précédent et a été jugée impropre à la navigation. Pour assurer une quantité d’eau suffisante et surmonter les obstacles naturels présents dans la rivière, le ministère des Chemins de fer et Canaux propose le creusage d’un canal artificiel entre le lac Balsam et la rivière Talbot ainsi que la construction de barrages pour faciliter la navigation sur le lac Simcoe. On espère ainsi permettre aux bateaux de franchir la dénivellation qui caractérise cette section de la voie navigable.

Richard B. Rogers, surintendant du chantier du canal Trent, se voit confier la responsabilité du projet. Il écrit dans son journal : « [j’ai] été informé que je serais responsable du nouveau chantier […] c’est peut-être la nouvelle la plus importante de ma vie » [traduction]. À partir de levés existants (en particulier le levé de 1887 de T.S. Rubidge), Rogers prépare une première estimation de la portée des travaux dans la division des lacs Simcoe et Balsam. Il apporte cependant un changement important en introduisant une écluse-ascenseur hydraulique à Kirkfield pour remplacer six écluses conventionnelles. Ce type d’écluse-ascenseur a déjà été utilisé avec succès en Europe.

Le projet est subdivisé en trois parties. La première prévoit, entre le lac Balsam et un point situé immédiatement à l’est de l’emplacement prévu pour l’écluse de Kirkfield, des travaux d’excavation importants dans la roche ainsi que la construction de culées en béton pour trois ponts, de deux jetées d’entrée, de deux vannes de gardes et déversoirs de régularisation et d’un barrage. La deuxième partie, la plus difficile, comprend les travaux d’excavation nécessaires à l’installation de l’écluse-ascenseur ainsi que la construction de ses murs d’accès en béton, le creusage d’un canal jusqu’à la rivière Talbot, et la construction de piliers de pont, d’un pont ferroviaire et d’un barrage. La troisième partie prévoit aussi des travaux importants de creusage d’un canal ainsi que la construction de cinq écluses en béton (écluses 37 à 41) et d’un pont tournant.

Le contrat pour la troisième partie des travaux, qui comprend la construction du barrage de l’écluse 37, est confié à Alymer and Brown, entrepreneurs prospères qui ont réalisé la première écluse en béton du Canada quelques années auparavant dans la section de la voie navigable située entre Peterborough et Lakefield (écluse 23). Les travaux d’excavation des lourds dépôts d’argile et la construction des écluses, des barrages et des culées de ponts durent cinq ans, mais ne suscitent pas les problèmes rencontrés dans la deuxième partie. À la fin du printemps 1907, on nettoie les terrains et on planifie l’ouverture officielle de l’écluse-ascenseur de Kirkfield.

Le 6 juillet 1907, l’ouverture officielle donne lieu à un grand spectacle auquel assistent politiciens et dignitaires ainsi que quelque deux mille spectateurs. Trois navires à vapeur loués pour l’occasion permettent aux invités et aux journalistes de franchir l’écluse sans incident. Dans les discours, on encense la merveille technique que constitue l’écluse-ascenseur et l’importance de cette section de la voie navigable pour le développement du réseau de transport national.