Lieu historique national du Canada du Fort-George

Citations Historiques

La destruction de Niagara par le feu

L'un des actes les plus dévastateurs de la guerre de 1812 s'est produit le 10 décembre 1813 alors qu'une force américaine commandée par le brigadier-général George McClure a abandonné le fort George et la ville de Niagara (l'actuelle Niagara-on-the-Lake) pour se retirer dans le fort Niagara, aux États-Unis. McClure ordonna que la jolie ville qui avait été un jour la capitale du Haut-Canada soit rasée et que ses habitants femmes, vieillards et enfants soient abandonnés à leur sort au milieu d'une terrible tempête d'hiver. C'est une unité constituée de traîtres du Haut-Canada et connue sous le nom de « The Canadian Volunteers » qui mit la ville à feu. Cette unité était sous le commandement d'un ancien membre de l'Assemblée du Haut-Canada, Joseph Willcocks. Le général McClure fut relevé de son commandement pour ses agissements et les Britanniques se vengèrent en rasant une grande partie de la frontière américaine au cours des mois suivants. Pendant des décennies après la guerre, les visiteurs de la région du Niagara n'ont pas manqué de commenter les signes tragiques de la destruction toujours en évidence des deux côtés de la rivière Niagara. Encore aujourd'hui, il arrive que la culture des jardins et les chantiers de construction révèlent une « couche brûlée » remontant à ce jour terrible de l'histoire de la ville. Quand les gens de l'endroit parlent de « la guerre », ils font habituellement allusion à la guerre de 1812! Les récits suivants proviennent de la publication no 11 de la Niagara Historical Society, intitulée Reminiscences of Niagara, que nous reproduisons avec l'aimable permission de cette société.

« Quand la ville est détruite par le feu, Mme Wm. Dickson est malade et alitée; elle est transportée à l'extérieur et déposée dans la neige où elle assiste à la destruction de la maison, la première maison en briques à avoir été construite à Niagara comme le montre une lettre en date de 1795. On évalue la bibliothèque à 600 livres sterling. Feu Walter H. Dickson, alors âgé de six ans, se rappelle qu'on a menacé de le jeter dans le puits. [Il semble que McClure ait établi son quartier général dans la maison des Dickson. On pourrait difficilement dire qu'il était l'hôte idéal!]

Mme McKee, dont le mari est prisonnier au fort [Niagara] et dont un des enfants meurt, refuse qu'il soit enterré tant que son mari et père de l'enfant ne puisse venir à l'enterrement. On lui bande les yeux et on l'amène en compagnie de gardes, puis il retourne de la même façon. Quand la ville est incendiée, la famille possède sept bâtiments qui sont tous rasés : le magasin rempli de marchandises de valeur provenant de Montréal, une fabrique de savons et de chandelles, deux maisons d'habitation, etc. Ils réussissent à emballer les articles de plus grande valeur dans quinze valises et leur ami, le père de feu le Dr Rolls, les envoie chercher pour qu'ils viennent se réfugier dans sa maison, près de St. Catharines. La mère, pour empêcher que sa petite fille debout dans la neige pendant qu'elle surveille la conflagration ne se gèle les pieds, la place dans un grand plateau à thé mais en dépit de cela, ses orteils sont en partie gelés. Au moment d'atteindre Eight Mile Creek, les valises sont enterrées et recouvertes de broussailles pour les protéger des maraudeurs.

M. Andrew Heron, secrétaire et bibliothécaire de la bibliothèque de Niagara ouverte en 1800, vivait près de ce qui allait devenir l'hôtel Howard, mais à l'époque il était prisonnier à Greenbush [&] À son retour, [il] découvre que sa femme accompagnée d'un jeune enfant [&] a été laissée dans la neige pendant que la ville brûlait. La bibliothèque de 1800-1820 est partiellement épargnée [&] des livres sont achetés pour remplacer ceux qui ont été détruits [&] Il y avait 400 personnes dans la ville, pour la plupart, des femmes, des enfants, des vieillards ou des invalides, les bien-portants étant soit prisonniers ou enrôlés dans la milice.

La maison de M. Ralph Clench ne fut pas incendiée [&] mais elle brûlera accidentellement quelques semaines plus tard; deux familles, les Clench et les Stewart, vivaient là; il fallut les aider, car 17 personnes se retrouvaient ainsi sans toit.

Feu John Rodgers [&] âgé de neuf ans à l'époque [&] se rappelle très bien qu'il était dans la rue au moment où un boulet de canon tiré depuis le fort du Niagara est passé tout près de lui. Leur maison aurait pu être épargnée étant donné qu'ils avaient des amis, voire des parents, parmi les officiers américains, mais on leur dit que cela serait bien mal vu étant donné qu'on croirait qu'ils étaient déloyaux et sympathisaient avec l'ennemi. On raconte que l'une des belles pièces se trouvant sur la cheminée, dans la maison actuelle, a été préservée par Mme Rodgers qui l'a elle-même transportée [&] Après l'incendie, certains se sont réfugiés dans une grotte creusée au flanc d'une colline ou se sont bâti des huttes faites de planches grossières.

Dans une lettre en provenance de York, datée du 18 janvier 1816 et écrite de la main d'Alex Wood, les malheurs de Mme Campbell sont décrits. Elle a supporté ses malheurs avec beaucoup de force et de courage. Elle se trouvait dans une situation favorable et à la mort de son mari en 1812, elle s'est retrouvée, avec trois jeunes enfants, incapable de quitter l'endroit; et la nuit mémorable de la destruction de la ville, elle fut forcée de quitter la maison avec ses jeunes enfants sans avoir la possibilité de prendre ses vêtements ou les leurs et, avec Mme Wm. Dickson, elle fut pendant trois jours et trois nuits exposée aux intempéries dans la neige avec le ciel pour seul toit, sa maison, naguère lieu d'accueil et d'abondance, réduite en cendres sous ses yeux. Les quelques objets de valeur qu'elle avait réussi à sauver lui ont été arrachés des mains par un monstre ayant forme humaine, emportés et divisés.

Dans une lettre adressée le 25 juillet 1823 à Alex. Wood, à York [&] Alex Stewart mentionne que la veuve [Eliza] Campell vivait dans une maison de 36 x 26, d'un étage et demi, bien meublée, avec grange, etc., une belle clôture entourant deux acres d'arbres fruitiers. Sa maison était meublée dans un style correspondant au rang de son mari, qui était major dans l'armée. Ses meubles furent pillés et une somme d'argent arrachée de ses mains par un gredin servant sous les ordres du rebelle Wilcocks. Bien des gens estiment la valeur de sa propriété à 1 200 livres sterling. Au décès de son mari qui la laissait avec trois enfants, dont l'un en très bas âge, cette malheureuse femme, après l'avoir porté sur une distance de quatre mille pour le faire baptiser, dut se résigner à creuser son tombeau pour recouvrir ses restes. S'il est une personne qui mérite davantage de compassion que n'importe qui d'autre, c'est bien Mme Campell' » [Mme Campell était la veuve du major Campell, qui avait été capturé à Yorktown pendant la guerre de la révolution américaine. Il a servi à Halifax, était capitaine dans le 5e Régiment de fantassins et était major de fort au fort George. Il commandait beaucoup de respect et quand il mourut, il fut enterré dans le fort, dans les ouvrages qui se trouvent à l'ouest de la porte de la garnison. Le général Sir Isaac Brock et John Macdonnell furent eux aussi d'abord enterrés au fort George.]

« William Hamilton Merritt écrit dans son journal [&] Le 10 décembre, je vis à la lueur de la nuit que la ville était en feu. À l'arrivée du colonel Murray, il ne restait que des amoncellements de charbon et des rues encombrées de meubles. La maison de M. Gordon était encore debout, la caserne et les ouvrages en bois étaient presque tous consumés. Je suis retourné chez le révérend Addison presque affamé et j'ai bien dormi.' »

« Selon le révérend Jno. McEwan la nuit où la ville fut incendiée, un certain nombre de gens furent rassemblés dans un grand fumoir appartenant à mon père [&] Mon père, le capitaine McEwan [&] fut fait prisonnier dans son lit et fut envoyé à Greenbush, New York.' »

Mme Elizabeth Quade était la fille de Dominic Henry, un vétéran de l'artillerie royale britannique. Il était gardien de phare; lui et sa femme, Mary, se distinguèrent pendant la bataille du fort George en apportant de l'eau aux troupes et en prêtant secours aux blessés au milieu de la bataille. Elle déclare :

« Je me souviens quand les Américains ont pris Niagara et je me souviens encore mieux quand ils l'ont quittée, laissant la ville en flammes [&] Bien des habitants de la ville incendiée apportaient meubles et articles de valeur; ils emplirent notre maison jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus rien contenir. »

En 1820, le colonel William Claus, du ministère britannique des Affaires indiennes et résident de Niagara, écrivait que les gens « vivant à portée de fusil de l'ennemi ont perdu tout ce qu'ils possédaient par l'incendie ou le pillage; ils ne se sont pas encore vraiment remis des infortunes que leur a values cette malheureuse guerre. »