Lieu historique national du Canada du Fort-George

Le Corps de fifres et tambours du 41e régiment

LES TAMBOURS AU FORT GEORGE DURANT LA GUERRE DE 1812

Le fort George est une fortification de campagne classique de la période napoléonienne. À l'époque, on y trouve une garnison et l'endroit tient lieu de quartier général pour la Division du Centre des forces de la Couronne dans le Haut-Canada. Le fort George est également le quartier général du 41e Régiment de fantassins au début de la guerre de 1812.

Le bataillon d'infanterie est l'unité organisationnelle de base des régiments britanniques qui servent dans le Haut-Canada. Les bataillons sont généralement constitués d'environ cinq cents hommes. Les régiments comptent dix compagnies. Chaque compagnie est dotée d'un effectif de cent hommes (sur papier). Lorsque les hostilités éclatent en 1812, le 41e Régiment du fort George est formé de quatre compagnies. Les tambours ne sont pas tous au fort George. Certains d'entre eux suivent leurs compagnies dans des emplacements éloignés. Par exemple, le tambour William Molesworth est stationné au fort Malden. Deux tambours sont assignés à chaque compagnie, sauf la Compagnie des grenadiers qui en a trois. Les tambours de la Compagnie d'infanterie légère portent également des clairons. Le régiment a un effectif de vingt-deux fifres et tambours, y compris le tambour-major. Voici l'effectif complet des fifres et des tambours du régiment selon l'état de solde du régiment en septembre 1811 :

Fifre et tambour le royal Terre-Neuve régiment
Royal Terre-Neuve régimentaire musique fort Niagara
© Parcs Canada

Tambour-major Thomas Cummins
John Belford
John Bishop
George Bromley
John Cooke
Simon Drewer
William Fox
Edward Gardiner
William Gilbert
John Goodwin
Richard Gregory
Thomas Hanson
Edward Harvey
Richard House
John Lennard
John McCarter
John McCoy
Angus McDonald
William Molesworth
Robert Nettles
John Ross
John Stevenson
John Thompson
William Watson

Compte tenu du nombre d'officiers que comptait le fort George, de son rôle de quartier général et de la nature particulière des règlements de l'armée, il n'est pas exagéré de dire que la qualité des signaux et de la musique a été examinée en détail. On mentionne ce qui suit dans les General Regulations and Orders for the Army (Ordres et règlements généraux de l'armée) de 1811: "la musique et les tambours devraient s'exercer souvent ensemble de sorte que, lorsqu'ils se relèvent au pas cadencé, la mesure soit en tout point semblable et que la cadence, conformément au règlement, reste uniforme et ne soit pas interrompue". Les fifres et les tambours doivent s'exercer durant une heure par jour en faisant cinq cents pas à l'extérieur du campement. S'ils jouent ou signalent à contretemps, ils s'exposent à être punis. Chaque détail est étudié, jusqu'à la position du corps pendant les pratiques. Voici un extrait de The Art of Playing the Fife qui a été écrit vers 1815 par le tambour-major Samuel Potter des Coldstream Guards .

"Tâchez de maintenir le fifre en position parallèle et les coudes presque à angle droit; ne ramenez pas les coudes près du corps quand vous vous servez de cahiers ou de feuilles de musique. La partie inférieure du cahier ou de la feuille devrait (si possible) se trouver à une distance du sol correspondant à la taille du musicien de sorte qu'il doive garder la tête à la hauteur des notes, ce qui l'oblige à bomber le torse et à se tenir droit, une position qui fait la réputation du fifre. On ne doit pas laisser les fifres s'asseoir sur un banc ou sur le sol avec leurs cahiers ouverts devant eux, car cette position les empêche de respirer librement. Ils ont ainsi le dos voûté, ce qui est souvent le propre des jeunes".

Le 28 octobre 1815, le colonel sir E.K. Belson remarque ce qui suit après avoir inspecté le régiment :

" L'unanimité semble prévaloir au sein du corps, et les officiers, selon leur position, apportent au commandant le soutien qu'il est en droit d'exiger. Les soldats forment un groupe d'hommes sains de corps et d'esprit. L'équipement (les fusils, les sacs, etc.) est généralement en bon état; certaines des pièces d'équipement proviennent du magasin militaire de Québec, ne sont pas régimentaires et ont une boucle plutôt qu'une plaque. Les tambours exécutent les batteries à la perfection. Il n'y a pas de fanfare".

On dispose de quelques renseignements au sujet de certains tambours du 41e Régiment de fantassins du fort George. Le 29 août 1811, Jeremiah Elkes s'enrôle dans le 41e à titre de tambour. Ses documents d'enrôlement indiquent qu'il est ouvrier. Il mesure cinq pieds huit pouces, il a les cheveux bruns, les yeux noisette et le teint clair (ces caractéristiques sont notées en cas de désertion). Il est né à Édimbourg et s'est engagé dans l'armée à l'âge de treize ans. Selon son certificat de libération, il aurait été tambour pendant dix ans, puis aurait servi comme soldat durant les vingt-deux années qui suivent. Il a servi aux Indes orientales, en Amérique du Nord et durant la guerre de Birmanie. Il a participé à la prise du [fort] Niagara, du fort Érié, de Black Rock, de Buffalo ainsi qu'à la bataille de Lundy's Lane. Au cours de sa carrière militaire, il n'a été blessé qu'à deux reprises, durant la campagne de Birmanie, même s'il était "usé par ses années de service" au moment de sa démobilisation. Pendant son service, il a été condamné pour "ivresse répétée", le 19 octobre 1821. Au moment des procédures de démobilisation, le conseil régimentaire juge "qu'il est indifférent" et qu'il ne semble pas avoir appris à lire ou à écrire.

Voici l'histoire de William Molesworth, un autre tambour du 41e , qui nous est rapportée grâce aux recherches effectuées par son quatrième arrière-petit-fils, Tod L. Molesworth. William Molesworth est né et a été baptisé le 5 avril 1779, à Birmingham, en Angleterre. Il mesure cinq pieds et trois pouces, a les cheveux bruns, les yeux gris et le teint pâle. Il exerçait le métier de "cloutier" et faisait l'entretien des clous (dents) sur les cardeuses utilisées pour préparer la laine et le coton pour le tissage. William n'était âgé que de cinq ans quand son père est mort en 1784. Il avait deux sœur aînées, Sarah et Rebecca, et une troisième sœur qui est morte avant l'âge d'un an.

À l'âge de quatorze ans, William s'enrôle dans les Perthshire Highland Fencibles qui ont été mis sur pied en 1794. Il reste avec ce régiment jusqu'à ce qu'il se retrouve à Rathkeale, dans le comté de Limerick en Irlande, où il s'enrôle dans le 41e Régiment de fantassins le jour de Noël 1798. Six jours plus tard, en janvier 1799, il est porté à l'effectif de la compagnie d'infanterie légère du capitaine Holt Mackenzie et sert son régiment pendant les "dix-huit années et cent quarante cinq jours" qui suivent. Un autre tambour, John Bishop, est recruté le même jour. Comme William, il est originaire de Birmingham, en Angleterre. Il sert avec William à titre de tambour dans l'infanterie légère. Le 2 août 1813, il est tué au fort Stephenson.

Le 17 août 1799, William s'embarque à Cork, en Irlande, à destination de Québec à bord de l'"Asia". Il s'en est fallu de peu pour que William et ses camarades de bord ne soient emportés par la petite vérole après qu'un enfant malade eut été amené à bord clandestinement. La fièvre typhoïde fait également près de deux cents morts durant la première année que les régiments passent au Canada. Le 20 octobre 1799, le régiment arrive dans la ville de Québec et il est posté à Montréal ainsi qu'à Halifax. Pendant son séjour à Halifax, William est affecté avec le lieutenant William Evans à ce qui semble être un détachement de recrutement.

Molesworth épouse Eleanor Fleury en Irlande ou au Canada. En 1802, ils ont leur premier enfant pendant l'affectation de William à Kingston, où il restera jusqu'à ce qu'il atteigne l'âge de vingt-six ans, en 1805. Puis, William est affecté au fort Malden à Amherstburg avec la 8e Compagnie de 1805 à 1809, puis de nouveau de 1811 à 1813. Durant cette période, il a trois autres enfants : Sarah en 1806, Emmanuel en 1809 et Margaret en 1811. Il demeure au fort Malden jusqu'à la prise du fort en 1813.

Le marchand local, Thomas Vercheres, mentionne William dans ses mémoires de la bataille de Maguaga. Il écrit ce qui suit : "Mardi soir, le 7 août [1812], une forte alarme retentit, le tambour qui patrouillait les rues battant l'appel aux armes. J'étais en train de dîner avec les gentlemen qui habitaient avec moi. Je me précipitai à l'extérieur pour demander au tambour le sens de tout ce raffut. C'était Molesworth du 41e Régiment. Il répondit que le major Muir s'apprêtait à traverser la rivière en direction de Brownstown avec plusieurs compagnies de soldats et un grand nombre d'Indiens afin d'intercepter les Américains qui arrivaient de la rivière Raisin et se rendaient à Detroit pour apporter des provisions à leur armée".

William participe à la prise du fort Detroit en 1812 et reçoit une part de la prise. Il participe également à la bataille de la rivière Raisin en 1813 et probablement au siège du fort Stephenson et du fort Meigs. William a la chance de ne pas participer à la bataille du lac Érié et, comme les voies d'approvisionnement vers les postes de l'ouest sont coupées, il rallie les troupes qui battent en retraite le long de la Thames, retraite qui se termine par la bataille de Moraviantown, aussi appelée la bataille de la Thames, où le fameux chef indien Tecumseh est tué et la plupart des soldats du 41e Régiment sont capturés. Le tambour Molesworth réussit à s'enfuir et à rejoindre les forces britanniques à Burlington Heights.

Le 41e Régiment s'intègre à son 2e bataillon à son arrivée à Burlington. William est transféré à la 4e Compagnie, au sein de laquelle il passe le reste de la guerre. En 1813 et en 1814, il participe à la bataille du fort Niagara, de Black Rock , de Lundy's Lane, de Conjocta Creek et à la bataille du fort Érié. À la fin de la guerre, il doit laisser sa famille au Canada, car il est affecté en France et en Belgique après la bataille de Waterloo. À Paris, il campe au Bois-de-Boulogne où les troupes dont il fait partie sont inspectées par le duc de Wellington.

Le 2 novembre 1816, Molesworth quitte Paris avec le 41e Régiment, et le 13 mai 1817, la compagnie déménage son quartier général à Naas, en Irlande. Le 24 juin 1817, William est démobilisé; l'adresse figurant sur son document de démobilisation est le "Canada". En 1824, en remerciement de son service pour la Couronne, William reçoit une terre de 100 acres à Drummond Township, dans le comté de Lanark, en Ontario. William serait mort en 1844.

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