Lieu historique national du Canada de la Villa-Bellevue

Histoire

Sir John A. Macdonld: Le politicien
Sir John A. Macdonald
© Bibliothèque et Archives Canada / C-006513

Sir John A. Macdonald: Le politicien

Ressources disponibles

Sir John A. Macdonald : L'homme

Les débuts politiques de Macdonald

La Confédération

Sir John A. Macdonald

Susan Agnes Bernard

L'expansion du Canada

La rébellion de la rivière Rouge

La Colombie-Britannique et le chemin de fer

Le scandale du Pacifique de 1873

La Politique nationale

L'achèvement du chemin de fer

La rébellion du Nord-Ouest

Les dernières années de Macdonald

Les débuts politiques de Macdonald

Hugh John Macdonald, 1850-1929, vers 1866
Hugh John Macdonald, 1850-1929, vers 1866
© Bibliothèque et Archives Canada / C-020317

Quand Macdonald devient membre de l'Assemblée législative de la province du Canada, en 1844, celle-ci est un véritable fouillis de groupes politiques. Au Canada-Ouest, on retrouve trois groupes identifiables : les conservateurs du Pacte des familles, de nouveaux conservateurs modérés, comme Macdonald, et des réformistes. Au Canada-Est, il y a les Rouges radicaux et les Bleus conservateurs. À lui seul, aucun de ces groupes n'a assez de députés pour former un gouvernement. Parfois, les réformistes du Canada-Ouest et les Rouges forment une coalition qui leur permet d'obtenir la majorité à l'Assemblée et de former le gouvernement. Parfois, ce sont les conservateurs, les Bleus et quelques réformistes modérés qui s'associent. Comme ces gouvernements de coalition arrivent rarement à conserver bien longtemps le soutien dont ils ont besoin pour rester en place, on doit souvent organiser des élections.

L'étoile politique de Macdonald monte très rapidement - en 1847, on lui offre un premier poste gouvernemental. Par la suite, chaque fois que la coalition qu'il appuie obtient la majorité à l'Assemblée, Macdonald est choisi pour faire partie du Ministère (aujourd'hui, le Cabinet). Un allié politique de l'époque dit de Macdonald qu'il peut abattre plus de besogne que quiconque, et le faire bien. Mais la politique provinciale du temps est très instable et Macdonald est aussi souvent exclu du gouvernement qu'il en fait partie.

À l'époque où il fait sa marque en politique provinciale, Macdonald connaît des épreuves dans sa vie personnelle. Isabella donne naissance à un deuxième enfant, Hugh John, en 1850, mais elle ne se remet pas et après sa mort, en 1857, Macdonald n'a plus de vie familiale stable. Hugh est confié aux soins de sa grand-mère et de ses tantes, et Macdonald vit en célibataire dans un logement loué tout en vaquant aux affaires de l'État.


La Confédération

Devenu l'une des principales figures politiques de la province du Canada, Macdonald fait de la Confédération son cheval de bataille. Depuis des années, il est question de réunir toutes les colonies britanniques d'Amérique du Nord sous un gouvernement unique. Macdonald n'a jamais été très enthousiaste à cette idée. Il croit que la province du Canada a un bel avenir devant elle même si elle ne s'associe pas à la Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick ou à l'Île-du-Prince-Édouard. C'est à contre-coeur qu'il change d'idée dans les années 1860. Plusieurs motifs expliquent ce revirement, dont le fait que la province du Canada est de plus en plus difficile à gouverner. Macdonald en vient à croire qu'il vaudrait mieux, à long terme, diviser la province en deux et donner à chacune des parties un gouvernement distinct, puis se joindre aux autres colonies britanniques pour former un nouveau pays doté d'un gouvernement fédéral.

Conférence à Charlottetown, Î.-P.É., de representatifs des corps législatives du Canada, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, et l'Île-du-Prince-Édouard pour considérer l'union des colonies brittaniques dans l'Amérique du nord. (le 11 septembre 1864)
Conférence de Charlottetown, Ile-du-Prince-Édouard, 1864
George P. Roberts / Bibliothèque et Archives Canada / C-000733

En 1864, les provinces Maritimes décident d'organiser une rencontre pour discuter de l'union éventuelle de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick, de l'Île-du-Prince-Édouard et de Terre-Neuve. La province du Canada envoie des délégués à cette rencontre qui se déroule à Charlottetown en septembre. Macdonald est au nombre de ces délégués et il est l'un des principaux partisans d'une union fédérale. La rencontre est ajournée jusqu'en octobre, quand les délégués se réunissent de nouveau à Québec pour discuter d'union.

À Québec, Macdonald emploie deux arguments solides pour défendre le projet fédéral : les avantages d'une union des colonies sous un gouvernement central fort et l'intérêt de maintenir les institutions et le système parlementaire britanniques. Macdonald a du mal à vendre ses idées aux autres délégués, mais son pouvoir de persuasion et son habileté à trouver des compromis les amènent à s'entendre sur les modalités de la Confédération. Le Canada naît le 1er juillet 1867.

Sir John A. Macdonald

En reconnaissance de sa contribution à l'avènement de la Confédération, Macdonald est anobli par la reine Victoria. Il est le premier à occuper le poste de premier ministre du Canada et, de 1867 à sa mort en 1891, il sera à ce poste dix-neuf ans. Ayant joué un rôle majeur dans la naissance du Canada, Macdonald consacre le reste de sa vie à façonner le nouveau pays. Un autre grand politicien, sir Wilfrid Laurier, résume ses réalisations comme premier ministre en ces termes : « Quant à sa vie d'homme d'état, elle est écrite dans l'histoire du Canada. On peut dire sans exagération que la vie de sir John A. Macdonald à partir du jour où il est entré au Parlement, est l'histoire du Canada. »

Susan Agnes Bernard

Susan Agnes Macdonald, 1836-1920, vers 1881
Susan Agnes Macdonald, 1836-1920, vers 1881
© Bibliothèque et Archives Canada / PA-27050

Pendant les dix années suivant la mort d'Isabella, Macdonald mène une vie de célibataire, puis il rencontre une belle jeune femme, Susan Agnes, qui est la soeur de son secrétaire, Hewett Bernard. On ne sait pas grand chose de leurs fréquentations. Ils se seraient rencontrés par hasard dans une rue de Londres alors que Macdonald participait à une conférence destinée à mettre au point les détails de la Confédération et ils se sont rapidement attachés l'un à l'autre. Quoi qu'il en soit, leur mariage a lieu en février 1867 et Macdonald peut désormais compter sur une femme capable de le seconder, qui l'épaulera tout le reste de sa carrière politique.

En tant que premier ministre, Macdonald a surtout laissé le souvenir de quatre grandes réalisations : l'expansion des limites du Canada d'un océan à l'autre, la construction du chemin de fer Canadien Pacifique, la défaite de la rébellion du Nord-Ouest et la mise au point de la Politique nationale.

L'expansion du Canada

Canada avant la Confédération Canada avant la Confédération
© Bibliothèque et Archives Canada

Les armoiries du Canada portent la devise latine « A mari usque ad mare » (en français, « d'un océan à l'autre »). En 1867, le Canada se compose de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick, de l'Ontario et du Québec. Tout le reste du Canada actuel est sous le contrôle de la Compagnie de la Baie d'Hudson ou fait partie de la colonie britannique de la Colombie-Britannique. Une des grandes réalisations du gouvernement de Macdonald consiste à acheter à la Compagnie de la Baie d'Hudson ce qui porte alors le nom de Terre de Rupert, un immense territoire situé au nord et à l'ouest de l'Ontario et du Québec et à l'est de la Colombie-Britannique. Ceci se passe en 1869. En 1871, la colonie britannique de la Colombie-Britannique est persuadée de se joindre au dominion du Canada. Moins de quatre ans après la Confédération, le Canada s'étend d'un océan à l'autre.

La rébellion de la rivière Rouge

Avant même de faire l'acquisition de la Terre de Rupert, le dominion du Canada envoie des arpenteurs dans la seule partie du territoire où vivent des colons : la rivière Rouge, près de l'actuelle ville de Winnipeg. Les habitants de l'établissement ont l'impression que les Canadiens viennent s'emparer des terres dont ils se considèrent les propriétaires sans les consulter. Quand le nouveau lieutenant-gouverneur mandaté par le gouvernement du Canada arrive sur place, ils lui interdisent l'accès à l'établissement. Ils s'emparent ensuite du poste de traite de la Compagnie de la Baie d'Hudson, le fort Garry, et y installent leur propre gouvernement, dirigé par Louis Riel, qui envoie des délégués à Ottawa pour négocier l'entrée de la région dans la Confédération.

Fort Garry
Fort Garry
Bibliothèque et Archives Canada / C-002637

Ce qu'on appellera la rébellion de la rivière Rouge aura un dénouement heureux, en ce sens qu'elle aboutira à la création de la province du Manitoba, qui donnera aux colons de la rivière Rouge un gouvernement provincial distinct. Mais des actes de violence ont lieu pendant la rébellion. Certains Canadiens, particulièrement en Ontario, exigent le châtiment de Louis Riel qui s'exile aux États-Unis jusqu'en 1885.

La Colombie-Britannique et le chemin de fer

Cartier Cartier
© Bibliothèque et Archives Canada

Macdonald confie à son grand ami, sir Georges-Étienne Cartier, le soin de négocier avec le gouvernement de la colonie de la Colombie-Britannique. Cette province accepte d'entrer dans la Confédération, mais à la condition que la construction d'un chemin de fer la reliant à l'Ontario débute dans les deux années qui suivent et soit terminée moins de dix ans plus tard. Cartier accède à cette demande et Macdonald donne son approbation. La Colombie-Britannique se joint au Canada le 20 juillet 1871; la construction du chemin de fer doit donc débuter en 1873 et être terminée avant 1881.

Au départ, la requête de la Colombie-Britannique semble plutôt extravagante. Chacun sait que le projet sera onéreux et difficile à réaliser. Sur la plus grande partie de son parcours, le chemin de fer devra traverser des régions inhabitées ou très peu peuplées. Pourquoi Macdonald accepte-t-il? Pour plusieurs raisons. Ayant fait l'acquisition de la Terre de Rupert - qui s'étend jusqu'aux Rocheuses - il veut que le Canada ait accès à l'océan Pacifique. Pour ce faire, il doit persuader les habitants de la Colombie-Britannique de se joindre à la Confédération - et donc, construire un chemin de fer. Par ailleurs, la Terre de Rupert est un désert dont Macdonald rêve de faire une région habitée et prospère, ce qui implique un chemin de fer.

Le scandale du Pacifique de 1873

« Où allons-nous ainsi à la dérive? »
Le scandale du Pacifique
© Musée McCord / M994X.5.273.73

La promesse faite à la Colombie-Britannique vient près de détruire la carrière politique de Macdonald. Celui-ci ne veut pas que le gouvernement construise lui-même le chemin de fer et préfère confier le travail à une entreprise privée, bénéficiant éventuellement de l'aide du gouvernement. Deux compagnies sollicitent la charte du chemin de fer : celle de l'homme d'affaires montréalais Hugh Allen, et celle de l'homme d'affaires torontois David MacPherson. Étant donné l'importance du projet, le cabinet de Macdonald souhaite une fusion des deux compagnies. L'idée aurait peut-être abouti si Allen n'avait pas exigé une participation majoritaire dans la compagnie et sa présidence.

Au même moment, une élection générale a lieu. Croyant ainsi s'assurer le contrat du chemin de fer, Allen finance la campagne de Macdonald. Il affirmera plus tard avoir versé 350 000 $ au parti conservateur, qui remporte l'élection de 1872. La compagnie d'Allen obtient la charte du chemin de fer. Tout semble marcher sur des roulettes, mais en 1873, la tempête éclate. Les adversaires libéraux de Macdonald réclament la mise sur pied d'une commission parlementaire chargée d'enquêter sur les circonstances entourant l'octroi de la charte du Canadien Pacifique à Hugh Allen. C'est le premier épisode d'un énorme scandale dans lequel Macdonald sera accusé d'avoir promis la charte à Allen à la condition que celui-ci finance sa campagne. Au bout du compte, il devra démissionner et les libéraux prendront le pouvoir. Macdonald reste absent du gouvernement jusqu'en 1878, date à laquelle son parti revient au pouvoir. Il demeure ensuite en poste jusqu'à sa mort, en 1891.

La Politique nationale

Affiche des conservateurs, 1891
Affiche des conservateurs, 1891

© Bibliothèque et Archives Canada, no d'acc 1983-33-1115

Au départ, la Politique nationale vise à protéger les fabricants canadiens contre les produits étrangers bon marché. Macdonald et son parti proposent cette politique à l'élection générale de 1878, avec le slogan : « Le Canada aux Canadiens ». Cependant, la Politique nationale inscrite dans le budget de 1879 n'est pas exclusivement protectionniste. Dans sa vision, Macdonald encourage aussi l'immigration, le développement de l'agriculture dans l'Ouest, la croissance de l'industrie dans l'Est ainsi que l'amélioration des installations ferroviaires et portuaires afin de favoriser le déplacement des biens et des personnes partout au pays.


L'achèvement du chemin de fer

« Le jamaica »
« Le Jamaica »
© Bibliothèque et Archives Canada

À leur retour au pouvoir, en 1878, les conservateurs sont déterminés à trouver une solution au problème du chemin de fer promis à la Colombie-Britannique, qui s'avère essentiel pour la colonisation de l'Ouest. Une série de négociations difficiles aboutissent à une entente avec un groupe d'hommes d'affaires qui s'engagent à finir la construction du chemin de fer si le gouvernement leur accorde une subvention de vingt-cinq millions de dollars et leur concède vingt-cinq millions d'acres de terres de la Couronne.

Entre 1880 et 1885, la construction du chemin de fer traverse plusieurs crises et se heurte constamment à des problèmes d'argent. Le chemin de fer est un véritable gouffre financier : sa construction coûte cher et ses responsables se sentent obligés de payer des dividendes aux actionnaires. Fait intéressant, les problèmes sont strictement d'ordre monétaire; du point de vue technique, la construction du chemin de fer, sous la direction de William Van Horne, ne semble pas poser de difficulté. À la fin de 1885, les travaux sont terminés et, en 1886, Macdonald traverse le pays en train. Jusque-là, il était plus facile pour quelqu'un comme Macdonald de se rendre en Europe qu'en Colombie-Britannique. Quand il fait ce voyage, c'est la première fois que Macdonald se rend à l'Ouest de l'Ontario, même s'il est premier ministre du Canada.

La rébellion du Nord-Ouest

Louis Riel Louis Riel
Studio Notman, Bibliothèque et Archives Canada /C-002048

La Politique nationale, dans laquelle s'inscrit la construction du chemin de fer, s'avère une bonne chose pour le pays. Cependant, elle alimente la rébellion du Nord-Ouest, qui éclate en 1885. En fait, la révolte gronde depuis quelque temps déjà et ses racines sont similaires à celles de la rébellion de la rivière Rouge, quinze ans plus tôt, soit les droits de propriété des habitants de la région.

Alors que le Nord-Ouest comprend les provinces actuelles de l'Alberta et de la Saskatchewan, la rébellion proprement dite éclate dans la région de Saskatoon, Battleford et Prince Albert en Saskatchewan. Des habitants de la région rappellent Louis Riel au Canada pour qu'il fasse valoir leur point de vue auprès du gouvernement du Dominion. Toutefois, après une escarmouche au lac aux Canards, des troupes sont expédiées sur place par chemin de fer et les rebelles sont ensuite défaits à Batoche. Au lieu de fuir le pays en compagnie d'autres chefs de la rébellion, Riel se rend aux autorités. À l'été, à l'issue d'un procès tenu à Regina, il est reconnu coupable et condamné à à la pendaison. La sentence est exécutée le 15 novembre 1885.

Les dernières années de Macdonald

Après la réalisation du chemin de fer Canadien Pacifique, en 1885, Macdonald est encore premier ministre pendant six ans. Ces années sont loin d'être ennuyeuses - ses nombreuses responsabilités le gardent occupé. Mais ses grandes réalisations sont derrière lui. Il pense souvent à prendre sa retraite, sans jamais s'y résoudre. Le parti conservateur ne veut pas non plus le voir partir : il est son principal atout aux élections. L'élection de 1891 sera la dernière pour Macdonald. À soixante-seize ans, il mène son parti à une autre victoire, faisant une dure campagne pour imposer sa vision de l'avenir du Canada. Il l'emporte, mais deux mois plus tard, il a un accident vasculaire cérébral et il s'éteint peu après.

Le très honorable sir John Alexander Macdonald (Henri Sandham, 1889)
Le très honorable sir John Alexander Macdonald (Henri Sandham, 1889)
© Collection de la Chambre des communes, Ottawa

Sir John A. Macdonald : L'homme