Lieu historique national du Canada Port-Royal
Histoire
Visée commémorative
Port-Royal est un lieu historique national par l'héritage qu'il nous laisse : la culture, la colonisation et le commerce des Français, de même que les expériences des Mi'kmaq et des colons français, de 1605 à 1613; la réplique de l'Habitation en tant que point marquant dans les efforts de mise en valeur du patrimoine canadien.
Histoire
En 1603, un Français nommé Pierre DuGua de Mons se voit accorder le monopole de la traite des fourrures sur un grand secteur situé entre le 40e et le 45e parallèle au nord-ouest de l'Amérique du Nord, à la condition qu'il y établisse une colonie. Sa première expédition arrive en 1604 et on choisit de s'installer à un endroit dans l'île Sainte-Croix.
Le basin de la rivère Annapolis
© Parcs Canada
Cet hiver-là, près de la moitié des colons succombent au froid et au scorbut. L'été suivant, après avoir exploré les côtes environnantes, Samuel de Champlain, explorateur et cartographe, et François Pont-Gravé choisissent un nouvel endroit nommé Port-Royal, situé de l'autre côté de la baie Française (Fundy). La colonie déménage avant que le sieur de Mons ne retourne en France, laissant la responsabilité du nouveau peuplement entre les mains de Pont-Gravé.
Assez ironiquement, au moment même où la colonie semble en mesure de subvenir à ses besoins, on apprend que le monopole du sieur de Mons est révoqué. Dès l'automne 1607, les pionniers repartent en France et laissent l'Habitation aux soins de Membertou, chef des Mi'kmaq de la région de Port-Royal. Bien que le monopole du sieur de Mons ait été rétabli temporairement et qu'un membre d'une des expéditions précédentes, Champdoré, soit venu faire le commerce avec les Mi'kmaq en 1608, la colonisation française s'est arrêtée pendant un moment.
En février 1606, le sieur de Poutrincourt, à qui le sieur de Mons avait auparavant concédé des terres à Port-Royal, en reçoit confirmation directement du roi de France. Il revient à Port-Royal en 1610 à la tête d'une petite expédition et il est chaleureusement accueilli par Membertou. Dans l'espoir de s'attirer à nouveau les faveurs royales et le soutien financier, Jean de Poutrincourt encourage Membertou, sa famille et nombre de gens dans son entourage à se convertir au catholicisme. Malgré ces efforts, le soutien financier de la colonie reste instable. L'intérêt des Jésuites dans l'établissement de missions en Acadie et leur influence à la Cour favorisent leur participation au moment où ils deviennent les partenaires financiers d'un Jean de Poutrincourt méfiant et peu enthousiaste. L'arrivée puis la participation des pères Massé et Biard dans les affaires locales de Port-Royal ne font qu'envenimer les querelles intestines existantes. Des crises éclatent au sujet des affaires de François de Pont-Gravé et de la mort et de l'enterrement de Membertou. La colonie perd son soutien financier à cause de conflits entre les Poutrincourt, père et fils, et les Jésuites. En mai 1613, les Jésuites embarquent à bord d'un navire de secours pour se rendre à Penobscot où ils fondent un autre établissement, Saint-Sauveur. En juillet, Samuel Argall, de Virginie, attaquent Saint-Sauveur; on lui avait également ordonné d'expulser tous les Français des territoires revendiqués par l'Angleterre.
En novembre 1613, tandis que les habitants du peuplement de Port-Royal sont partis en amont de la rivière, l'expédition de Samuel Argall se rend à Port-Royal et pille puis incendie l'Habitation. Poutrincourt, qui était en France, revient au printemps 1614 et trouve l'Habitation en ruines; son fils, Biencourt, et ses compagnons vivent alors avec les Mi'kmaq. Découragé, il retourne en France et laisse à son fils les terres qu'il possède en Amérique du Nord; Biencourt était resté fidèle à son pays d'adoption. Il meurt vers 1623 et lègue ses biens à Charles de La Tour.
L'Habitation de Port-Royal a été rebâtie par le gouvernement canadien en 1939-1940 à la suite de pressions exercées par plusieurs personnes très intéressées par la conservation du patrimoine et qui avaient fait beaucoup de recherches sur le sujet. Harriette Taber Richardson, de Cambridge, au Massachusetts, qui vient passer ses étés dans la région; Loftus Morton Fortier, le premier surintendant d'honneur du fort Anne et président de la société historique d'Annapolis Royal; et le colonel E.K. Eaton ont été les plus ardents défenseurs du projet. Aujourd'hui, non seulement l'Habitation sert-elle à commémorer des événements historiques anciens, mais elle constitue un jalon dans les efforts de conservation du patrimoine du Canada.
Une histoire de bon goût
Instauré par Samuel de Champlain au cours de l'hiver de 1606-1607, ce club social offre de bons plats et du plaisir aux hommes de la colonie française de Port-Royal, que l'on appelle aujourd'hui l'Habitation. Ils espèrent ainsi se remonter le moral et améliorer leur santé pendant les longs mois d'hiver.
Bien que l'Ordre de Bon Temps soit couronné de succès, ses activités ne se déroulent que pendant un seul hiver. Deux récits nous en parlent : Champlain a écrit brièvement à propos de l'Ordre tandis que Marc Lescarbot, un avocat qui a passé cet hiver-là à Port-Royal, fournit plus de détails.
De quoi s'agit-il?
Certains jours, le souper se transformait en festin. À tour de rôle, chacun des membres était désigné maître-d'hôtel. Marc Lescarbot raconte :
La rivière Annapolis et l'Île aux chèvres
© Parcs Canada
Or avait-il [le maître-d'hôtel] le soin de faire que nous fussions bien et honorablement traités. Ce qui fut si bien observé, que (quoi que les gourmands de deça nous disent souvent que là nous n'avions point la rue aux Ours de Paris) [la rue aux Ours, qui existe encore aujourd'hui à Paris, était la rue des rôtisseurs] nous y avons fait ordinairement aussi bonne chère que nous saurions faire en cette rue aux Ours, et à moins de frais. Car il n'y avait celui qui, deux jours devant que son tour vint, ne fût soigneux d'aller à la chasse, ou à la pêcherie, et n'apportât quelque chose de rare, outre ce qui était de notre ordinaire. Si bien que jamais au déjeuner nous n'avons manqué de saupiquets de chair ou de poissons : et au repas de midi et du soir encore moins : car c'était le grand festin, là où l'Arachitriclin, ou Maître-d'hôtel (que les Sauvages appellent Atoctegic), avait fait préparer toutes choses au cuisinier, marchait la serviette sur l'épaule, le bâton d'office en main, et le collier de l'Ordre au col, ... et tous ceux d'icelui Ordre après lui, portant chacun son plat. Le même était au dessert, non toutefois avec tant de suite. Et au soir, avant de rendre grâces à Dieu, il résignait le collier de l'Ordre avec un verre de vin à son successeur en la charge, et buvaient l'un à l'autre. (Partiellement adapté du vieux français)
Les hommes membres de l'Ordre sont ceux qui mangent à la table de Poutrincourt. Ce sont des gens importants ou du moins des gens sympathiques avec qui le sieur de Poutrincourt se plaît à dîner. Ainsi, les membres de l'Ordre de Bon Temps sont vraisemblablement des gens d'importance dans la colonie. Membertou et Messamoet, deux chefs mi'kmaq de la région, y sont souvent invités.
Selon Lescarbot, pour ajouter à l'atmosphère et à l'air de fête qui prévaut, il y avait toujours vingt ou trente Sauvages, hommes, femmes, filles et enfants qui regardaient les membres de l'Ordre officier. On leur baillait du pain gratuitement, comme on le ferait à des pauvres.
La nourriture à table
Les hommes pouvaient se procurer une grande variété de viandes, y compris du gibier à plumes (canard colvert, oie, perdrix et autres oiseaux), de l'orignal, du caribou, du castor, de la loutre, de l'ours, du lapin, du chat sauvage et du raton laveur.
Les us et les coutumes ont évolué avec le temps. Dans le Nouveau-Monde, le castor est une viande délicate semblable à celle du mouton. Aujourd'hui, peu d'entre nous sont attirés par le mouton, le castor, l'orignal ou le lapin sauvage à cause de leur goût particulier. Il y a aussi d'autres signes qui montrent que les goût changent. Les épices sont très utilisées au début du XVIIe siècle,notamment le poivre, la cannelle, le clou de girofle et la muscade. Comme assaisonnements, on utilisait couramment le thym, le cerfeuil, les feuilles de laurier et la marjolaine. Un plat que les pionniers de l'Habitation auraient pu trouver fade pourrait sembler épicé à nos palais d'aujourd'hui.
Voici, par exemple, quelques plats modernes qui peuvent nous donner une idée du menu à l'Ordre de Bon Temps : potage à la citrouille, anguille à l'étuvée, esturgeon à la Sainte-Menehould, fricassée d'épinards, topinambours en beignets (artichauts du Canada), tarte à la chair de pommes et de poires et tartelettes au massepain.
La province de la Nouvelle-Écosse maintient aujourd'hui la tradition en assurant son patronage de l'Ordre de Bon Temps. L'Ordre est unique à bien des égards : il n'y a pas de droits d'initiation ni de cotisation à payer, et les membres ne se réunissent jamais de façon formelle. Un visiteur qui a passé au moins trois jours en Nouvelle-Écosse peut demander à devenir membre. Les certificats sont distribués par les bureaux d'information touristique ou en communiquant avec la Nova Scotia Marketing Agency, au (902) 424-4191.
Mathieu Da Costa et les débuts du Canada : Possibilités et probabilités
Mathieu Da Costa était un interprète de descendance africaine qui a sans doute voyagé dans tout le « monde atlantique » à la fin des années 1500 et au début des années 1600. Tant les Français que les Hollandais firent appel à lui en sa qualité d'interprète pour les assister dans leurs transactions commerciales avec les peuples autochtones. Da Costa devait certainement parler français, hollandais, portugais et le « pidgin basque », qui était la langue de relation la plus employée avec les peuples autochtones à l'époque des premiers contacts. Déjà du temps de Da Costa, les Européens utilisaient les services d'interprètes noirs depuis plus d'un siècle. Cette coutume a commencé avec les voyages d'exploration entrepris vers l'Afrique pour se poursuivre avec la traversée de l'Atlantique par les Européens et les Africains et leur arrivée dans les Amériques. Mathieu Da Costa a certainement participé à de nombreux voyages, remontant le Saint-Laurent et longeant la côte de ce qui est aujourd'hui le Canada atlantique.
Le résumé ci-dessus est un condensé d'un article de fond sur Mathieu Da Costa rédigé par A .J. B. Johnston (Parcs Canada, Halifax). L'article intégral est disponible en format PDF sous le titre Mathieu Da Costa et les débuts du Canada : Possibilités et probabilités (format PDF, 448 ko - Pour en savoir plus sur les documents PDF )
Pour obtenir des informations sur les Afro-Néo-Écossais et en savoir plus sur leur culture et leurs expériences, vous pouvez consulter les sites Web de ces autres organisations :
The Black Cultural Centre of Nova Scotia (en anglais seulement)
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