Lieu historique national du Canada du Fort-Anne

Histoire


La guerre et le « Grand Dérangement »

Au cours des années 1740, les Français lancent plusieurs attaques pour reprendre le contrôle de l’Acadie. La première attaque est dirigée en 1744 par le capitaine François du Pont de Louisbourg. Pendant près d’un mois, des soldats français et des guerriers des Premières nations attaquent le fort pendant la nuit. Le commandant du fort, Paul Mascarene, parvient toutefois à garder ses ennemis à distance jusqu’à l’arrivée des renforts de la Nouvelle Angleterre, après quoi les attaquants battent en retraite. Les Français lancent par la suite deux nouvelles expéditions en 1745 et en 1746. Les autorités militaires qui occupent le fort continuent d’exercer leur pouvoir sur les Mi’kmaq, les Acadiens et la petite population britannique de la Nouvelle Écosse jusqu’en 1749, année où Halifax devient la nouvelle capitale.

Soldats britanniques défendant le fort, 1744 Soldats britanniques défendant le fort, 1744
© Parcs Canada/H. MacDonald

Les conflits armés entre les troupes britanniques et françaises reprennent de nouveau dans les années 1750, ce qui a cette fois ci des conséquences tragiques pour les Acadiens. En 1755, les Acadiens refusent de prêter serment d’allégeance inconditionnelle à la couronne britannique, réaffirmant leur position de neutralité. Deux fois en juillet, les représentants du peuple acadien refusent de se soumettre à cette condition. En réaction, le Conseil de la Nouvelle Écosse adopte la résolution d’expulser les Acadiens de la colonie. Les autorités militaires de la Nouvelle Angleterre faciliteront le processus. Le 11 août, le gouverneur Charles Lawrence ordonne que les Acadiens soient embarqués de force sur des bateaux et qu’ils soient dispersés dans les colonies britanniques situées au sud de la Nouvelle Écosse. Le « Grand Dérangement » du peuple acadien, qui commence dans le fond de la baie de Fundy, se poursuit jusqu’à l’automne. Le port d’Annapolis Royal sert d’escale aux navires de la déportation.

Pendant une courte période, les Acadiens vivant le long des rives du bassin et de la rivière Annapolis continuent de vivre librement. Depuis plusieurs années déjà, la garnison établie à Annapolis Royal coexiste de manière pacifique avec les habitants des villages acadiens environnants. Ces derniers ont participé aux travaux de réparation du fort à Annapolis, et depuis des années, des députés acadiens représentant leur collectivité travaillent auprès du conseil d’administration de la ville. Toutefois, en décembre 1755, les autorités britanniques ordonnent le regroupement des Acadiens de la région entourant Annapolis en vue de leur déportation, opération à laquelle ont été soumis, quelques mois plus tôt, les Acadiens des régions de Chignectou, Grand Pré et Pigiguit. Au nombre de 1 664, ces Acadiens sont envoyés au Massachusetts, au Connecticut, à New York et en Caroline du Sud. Les maisons et autres bâtiments qu’ils laissent derrière eux sont détruits. Toutefois, près de 232 Acadiens qui se trouvent à bord du Pembroke, à destination de la Caroline du Nord, parviennent à prendre le contrôle du bateau et à le conduire jusqu’à la rivière Saint Jean. Ses 232 occupants réussissent à s’échapper. La plupart se rendent à Québec, mais certains d’entre eux retournent à Annapolis pour y vivre dans l’ombre. Tout compte fait, la Déportation des Acadiens aura duré de 1755 à 1762 et entraîné l’expulsion d’environ 10 000 Acadiens de la région. Par ailleurs, 4 000 Acadiens auront réussi à s’échapper et à prendre la fuite vers ce qui est aujourd’hui le Nouveau Brunswick, le Québec et l’Île du Prince Édouard. Le premier Traité de Paris, signé en 1763, met fin à la guerre entre la Grande-Bretagne et la France. Cette dernière cède à la Grande Bretagne le contrôle de toutes ses terres en Amérique du Nord, à l'exception des îsles de St. Pierre et Miquelon qui servent comme base pour la pêcherie française. Le Traité permet aux Acadiens de vivre librement et de revenir sur leurs terres en Nouvelle Écosse. Toutefois, des milliers de colons de la Nouvelle Angleterre ont déjà pris possession de leurs terres fertiles. Malgré les lourdes pertes qu’elles subissent, et malgré la pauvreté et la discrimination dont elles sont victimes, les collectivités acadiennes persévèrent et entament un long processus de reconstruction de leur culture unique. Aujourd’hui, leurs descendants constituent plus de 300 000 habitants des provinces de l’Atlantique.



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