Lieu historique national du Canada Fort-Anne

La charte de la nouvelle Écosse

Venez la voir : elle a tant à vous conter!

La charte
© Parcs Canada

Il y a presque quatre siècles, l'établissement d'une colonie écossaise en Amérique du Nord a été promulgué par la signature d'une charte, qui formulait essentiellement un plan détaillé pour une nouvelle Écosse. Saviez-vous qu'un des parchemins originaux de la charte existait toujours?

Outre la charte signée originale, au moins deux copies manuscrites en ont été faites au même moment. Une de ces copies est exposée au musée du quartier des officiers du lieu historique national du Fort-Anne. Cet artefact incroyable est un symbole au vrai sens du terme : sans lui, la Nouvelle-Écosse d'aujourd'hui n'existerait probablement pas.


Une première question

La charte sous verre
La charte sous verre à Fort-Anne
© Parcs Canada

Aujourd'hui, la charte repose sous verre, sous un éclairage tamisé. L'expression « en lambeaux » ne rend pas exactement l'état présent du document, mais nous nous en contenterons. La charte a été pliée une fois (ou deux, ou trois) trop souvent; et elle est percée de trous qui n'étaient certainement pas là au départ. Par endroits, elle paraît endommagée par l'eau et présente une consistance quelque peu « duveteuse »; les caractères anciens, au fil des siècles, semblent avoir rongé leur sens dans le parchemin, leur conférant une étrange intensité.

Bien qu'elle reste muette, la charte parle d'abondance à ceux qui prennent le temps de l'interroger. Votre première question pourrait bien être : « Ce document est tout abîmé… A-t-il toujours été comme ça? » La réponse serait « Non, il a déjà été en bien pire état! »

Extrait du Rapport de conservation, Parcs Canada (1986)

La condition de la charte a été décrite de la façon suivante en 1986, avant son traitement par Parcs Canada :

« Document manuscrit (en latin) de 79 cm x 85,3 cm. Saleté de surface très incrustée qui ne peut pas être effacée avec une gomme en caoutchouc ou en vinyle. Le parchemin est extrêmement rigide et cassant; il en manque une petite partie en bas à droite. L'essentiel des sections inscrites est couvert d'une grande tache bleue, résultat probable d'une tentative de mise en relief du texte au bleu de Prusse. (Voir le rapport d'analyse). La surface du parchemin a un pH de 5,5, et la surface tachée, de 5,0. Le document est très déformé et présente de nombreux plis en zigzag. »

Le traitement a permis d'élever le pH suffisamment pour atténuer le bleuissement, ainsi que d'aplanir le document.

Confidences d'une charte en lambeaux

Discernant un certain dédain dans votre attitude, la charte semble vous poser une question : « Et vous, où étiez-vous le 10 septembre? Je veux dire, le 10 septembre 1621? Vous oubliez? Eh bien, si par hasard vous étiez comme moi au château de Windsor, à 20 milles à l'est de Londres, en Angleterre, vous auriez été en bonne compagnie, car le roi Jacques Ier d'Angleterre (qui était aussi Jacques VI d'Écosse) était présent. Et si le roi Jacques était avec nous aujourd'hui, lui aussi serait en piteux état, alors cessez de m'importuner avec ça! »

Un cadeau assorti de conditions

Il est fort probable que l'Écossais Sir William Alexander, un bon ami du roi Jacques, était aussi au château de Windsor en ce 10 septembre. Influencé par les talents de persuasion de son ami, et conscient des avantages pour la Grande-Bretagne, le roi a signé une charte royale faisant un cadeau à Alexander. Mais ce cadeau venait avec des conditions : si le document accordait un vaste territoire de ce qui allait devenir l'Amérique du Nord à Sir William, il le chargeait aussi de nombreuses tâches qui l'exposaient à de graves risques financiers personnels.

Un plan détaillé pour la Nouvelle-Écosse

La charte
© Parcs Canada

Si on peut dire que l'amitié et le bon sens diplomatique ont été les pierres angulaires de la création d'une nouvelle Écosse dans le Nouveau Monde, la charte en aura été le plan détaillé. Comme les chartes du même genre accordées par d'autres pays à l'époque, ce plan énonçait les droits et les responsabilités de leur titulaire, soit la conversion des indigènes, l'exploitation des mines et de la pêche, la création de colonies, la défense, et ainsi de suite. Mais cette charte est spéciale… Observez à nouveau le parchemin devant vous. Si vous ne pouvez y déchiffrer rien d'autre, les mots « Nova Scotia » ne vous sautent-ils pas aux yeux? Vu les priorités changeantes de l'époque et le décès éventuel du roi, il y a de bonnes chances que le fort Charles n'aurait pas été édifié sans la réalité fondamentale et tangible de cette charte royale, et il est certainement peu probable que l'appellation « Nova Scotia » aurait été retenue et aurait subsisté jusqu'à ce jour.

Un symbole dans tous les sens du terme

La présente copie a-t-elle appartenu à Sir William ou à son fils et successeur, Sir William Alexander, qui est effectivement venu en Nouvelle-Écosse en 1629? Encore une fois, la charte nous raconte (ces trous sont peut-être des oreilles, après tout) la scène dont elle a été témoin (c'est le roi Jacques qui parle) : « Chers amis, je vais faire une copie de ce document, que vous seuls pourrez utiliser. Conservez-le précieusement, ne le pliez pas trop souvent, gardez-le bien propre et mettez-le à l'abri des rayons directs du soleil, de manière à ce que les braves Néo-Écossais puissent le lire sans difficulté, même dans quatre siècles. » Jacques pourrait avoir dit ça! Pour l'instant, nous n'avons pas d'idée précise des pérégrinations que la présente copie de la charte a traversées au cours des 400 dernières années.

Histoire et mystère

Alors, visitez le fort Anne. Vous pouvez vous coller le nez contre le verre qui protège cette relique glorieuse et observer, comme mentionné, que les mots NOVA SCOTIA ont bien survécu aux ravages du temps et se démarquent, tout comme la province qu'ils représentent a survécu et se démarque dans son coin du Nouveau Monde. Vous pouvez spéculer sur le mystère de notre artefact voyageur dans le temps, vous demander si le roi Jacques lui-même l'aura remis en main propre à son ami William et s'ils ont eu une conversation sur la façon dont ce dernier allait se conformer dans la réalité aux directives latines de la charte.

Mais au-delà de la réalité, cette charte évoque les rêves et le mystère d'une époque révolue. Et elle existe! Venez la voir et laissez-la vous parler. Peut-être vous confiera-t-elle dans le creux de l'oreille un peu plus de son histoire étonnante.

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