Lieu historique national du Canada du Fort-Anne

Personnes


Rose Fortune

Après la Révolution américaine, plusieurs milliers de loyalistes émigrent en Nouvelle Écosse. Cette vague de réfugiés comprend un contingent d’hommes et de femmes de race noire. Emboîtant le pas de milliers d’individus de race noire vivant dans les Treize colonies pendant la guerre, ces émigrants traversent les frontières et se joignent aux Britanniques en échange de leur liberté. D’autres demeurent les esclaves ou les serviteurs liés par contrat de loyalistes européens. Les émigrants de race noire qui débarquent à Annapolis Royal au cours de cette période constituent un mélange de ces trois groupes. Parmi eux se trouve Rose Fortune.

Bien qu’il soit difficile, faute de documents, de reconstituer le récit exact et détaillé des origines de Rose Fortune, certains historiens réussissent à tirer des renseignements des feuilles d’appel d’Annapolis Royal de 1784. Le journal de bord décrit Rose Fortune comme une enfant de plus de dix ans dont les parents, « Fortune et son épouse », sont classés comme des « Nègres libres ». Difficile de savoir s’il s’agit vraiment de Rose Fortune. En revanche, il est évident que Rose Fortune est devenue une femme d’affaires et l’une des personnes les plus remarquables et les plus respectées d’Annapolis Royal durant la première moitié du XIXe siècle.

Aquarelle représentant Rose Fortune © Parks Canada. Reproduite avec l’autorisation de Nova Scotia Archives and Records Management
Une aquarelle datant de 1830 est la seule image représentant clairement Rose Fortune. On y voit une femme d’âge moyen portant un pardessus pour homme et un chapeau de paille sous lequel dépasse un bonnet de dentelle attaché solidement sous le menton. La femme transporte un panier de paille et semble être en train de marcher. Cette image reflète bien les témoignages de ceux qui l’ont rencontrée et qui la décrivent comme une femme audacieuse et déterminée. Aux environs de 1852, le lieutenant colonel Sleigh du 77e régiment décrit sa rencontre avec Rose Fortune :
« Une étrange vieille femme nègre, plutôt chétive, m’aida à quitter l’auberge abominable [où le colonel logeait alors] …elle portait un manteau pour homme et un chapeau de feutre. Elle tenait un petit bâton dans sa main, qu’elle n’hésitait pas à employer sur quiconque ne s’enlevait pas immédiatement de son chemin. Elle était de toute évidence un personnage unique. »

Au moment où son portrait est peint, Rose Fortune dirige une entreprise lucrative de bagagiste à Annapolis Royal. À l’aide d’une brouette ou d’un chariot, elle transporte des bagages entre les quais des traversiers très occupés et les maisons et les hôtels avoisinants. Elle met également sur pied un service de réveil pour rappeler aux touristes l’heure de départ de leur navire pour Digby ou Saint Jean.

Plus tard, Rose Fortune devient l’agent de police non officiel de la ville, patrouillant la ville et le quai. Elle impose des couvre-feux et discipline les jeunes gens traînant autour des quais. Elle meurt à l’âge d’environ 90 ans.

James Whitman Lewis et « Max » James Whitman Lewis et « Max »
© Parcs Canada
James Lewis Jr. et camion de l’entreprise James Lewis Jr. et camion de l’entreprise
© Parcs Canada

En 1984, Daurene Lewis est élue mairesse d’Annapolis Royal Daurene Lewis
© Parcs Canada
Après la mort de Rose Fortune, ses descendants prennent la relève de son entreprise qu’ils baptisent « Lewis Transfer ». La compagnie, vendue en 1960, continue d’être exploitée par de nouveaux propriétaires jusqu’en 1980.

En 1984, Daurene Lewis, une descendante de Rose Fortune, devient le premier maire de race noire d’Annapolis Royal et la première femme de race noire mairesse en Canada.

 

 

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