Lieu historique national du Canada du Fort-Anne

Personnes


Charles de Menou d'Aulnay - suite

La guerre civile déclenchée par les deux belligérants français ne s’arrête pas là. Au début de février 1645, au moment où La Tour est absent de Saint-Jean, d’Aulnay tente d’attaquer Fort Sainte-Marie, sans succès. En avril, apprenant de déserteurs que La Tour est parti pour Boston à la recherche de nourriture et de marchandises d’échange, d’Aulnay tente à nouveau d’attaquer le fort. Il se rend à Saint Jean avec un contingent d’environ 200 soldats. En l’absence de son mari, Françoise-Marie Jacquelin, femme qui ne manque pas de courage, est chargée de veiller sur le fort. Après plusieurs jours de combat, les soldats se livrent un combat corps à corps dans l’enceinte du fort, ce qui entraîne de lourdes pertes dans les deux camps. D’Aulnay demande alors à ses hommes de cesser le combat, et promet d’épargner tous les assiégés à la condition que madame de La Tour capitule. Sa petite garnison étant largement réduite, le fort étant lourdement endommagé, et la réserve de nourriture et de munitions diminuant à vue d’œil, Françoise-Marie Jacquelin ordonne à ses hommes de se rendre. Toutefois, dès que d’Aulnay prend possession du fort, il trahit sa promesse, faisant fi des conditions de la capitulation et ordonnant à ses hommes de prendre tous les survivants de la garnison de La Tour. Les soldats de d’Aulnay construisent une potence; tous les soldats capturés au fort La Tour sont exécutés par pendaison, à l’exception de celui qui s’est porté volontaire comme bourreau. On oblige madame de La Tour, corde au cou, à être témoin de l’agonie de ses hommes. Elle meurt trois semaines plus tard.

Charles de La Tour apprend la mort de sa femme et la destruction de son fort alors qu’il est à Boston en train de rassembler des provisions. Il déménage l’année suivante à Québec, où il est chaleureusement accueilli par le gouverneur français.

Construction des digues D’Aulnay a fait construire des digues sur les rives de la rivière Annapolis
© Parcs Canada/A. Vienneau, Nova Scotia Museum

Avant même que ne soit terminée cette tragique querelle, d’Aulnay, qui se rend compte de la vulnérabilité du fort face aux agresseurs, fait construire un autre ouvrage de fortifications comportant un plus grand nombre de bâtiments et mesurant à peu près la moitié du fort actuel. Ce nouvel ouvrage de terre, de forme rectangulaire, comporte un bastion à chaque angle et un ouvrage extérieur de forme triangulaire appelé « ravelin » face à la rivière. Le fort ressemble à une version réduite du fort actuel.

D’Aulnay travaille en même temps au développement de sa colonie. Selon le témoignage de certains pionniers, d’Aulnay construit « cinq pinasses et plusieurs chaloupes, deux petits bateaux pesant environ 70 tonnes chacun, ainsi que deux fermes ou manoirs et les bâtiments nécessaires… ». Il met également sur pied deux écoles pour les Autochtones. Bien que son nom soit souvent associé à ses batailles avec La Tour, la réalisation la plus importante de d’Aulnay est sans aucun doute l’établissement du peuple acadien à Port Royal.

En 1647, d'Aulnay est nommé gouverneur général et seigneur d’Acadie par proclamation royale. Trois ans plus tard, le canot de d’Aulnay chavire dans le bassin de Port Royal et celui ci, après avoir passé une heure et demie dans l’eau glacée, succombe à une hypothermie. Selon le témoignage de son confesseur, d’Aulnay était sans doute épuisé, ayant travaillé deux jours plus tôt dans la pluie battante à la construction d’une nouvelle digue. Il laisse alors derrière lui sa femme, Jeanne Motin, et huit jeunes enfants, sans compter de lourdes dettes. Son corps est enterré dans l’église de Port Royal. Ironiquement, la veuve de d’Aulnay deviendra plus tard la femme de son ancien rival, La Tour. 



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