Lieu historique national du Canada Fort Charles

Patrimoine culturel

Les preuves

Les fouilles archéologiques estivales réalisées de 1989 à 1992 à l'intérieur du lieu historique national du Canada du Fort-Anne permirent de confirmer l'emplacement du fort Charles. Pendant leurs travaux, les archéologues de Parcs Canada exhumèrent des artefacts vraisemblablement associés à la colonie écossaise, notamment des tessons de poterie rhénane et, surtout, un sceau à ballot royal (1). Ce sceau en plomb revêt de l'intérêt, parce que l'une des faces illustre la couronne et le chardon des armoiries du roi Jacques Ier ou de son fils et héritier, le roi Charles Ier, et l'autre, les armoiries du port de Bristol. Ces estampilles ont l'avantage de pouvoir être datées. Le motif de la couronne et du chardon date des 40 premières années du XVIIe siècle, époque correspondant au règne de Jacques Ier et de Charles Ier. (Il n'est pas possible, pour l'instant, de déterminer à quel roi l'estampille renvoie, puisque tous deux employaient le même motif.) La présence des armoiries de Bristol sur l'autre côté du sceau n'entre pas en contradiction avec ces dates. En effet, les lois anglaises qui exigeaient l'estampillage des armoiries du comté ou de la ville sur une face du sceau et les armoiries royales sur l'autre étaient en vigueur depuis 1483-1484.

Sceau à ballot royal avec le motif de la couronne et du chardon
Sceau à ballot royal avec le motif de la couronne et du chardon
©Parcs Canada

Les fouilles viennent aussi corroborer les textes historiques qui indiquent que, après le départ des Écossais, les Français occupèrent le fort avant de construire un nouvel ouvrage de terre. On sait que ces travaux de terrassement ont été effectués en 1643. Les Français avaient pris possession de Port-Royal, qui appartenait alors aux Écossais. Après la mort de Razilly en 1636, Charles de Menou d'Aulnay (2) avait réinstallé les colons de LaHave à Port-Royal pour y établir son siège. Le fort de 1643 fut le premier de quatre ouvrages de fortification français qui se succédèrent au même endroit. Le quatrième, qui tomba aux mains des troupes de l'Angleterre et de la Nouvelle-Angleterre en 1710 pendant la guerre de Succession d'Espagne, en est venu à s'appeler fort Anne au début du XIXe siècle. Les Anglais y maintinrent une garnison jusqu'à l'automne de 1854.

Des tessons de poterie rhénane
Des tessons de poterie rhénane
©Parcs Canada

1.  Les sceaux en plomb demeurèrent en usage dans la majeure partie de l'Europe de la fin du XIVe siècle jusqu'au début du XIXe siècle. Il s'agissait d'un moyen de réglementer la production de tissu et d'en contrôler la qualité. Le sceau fixé au tissu attestait que le produit avait été inspecté et, dans le cas de l'Angleterre, que les impôts exigés avaient été versés à la Couronne. (Source : Geoff Egan, « Lead Cloth Seals and Related Items in the British Museum », British Museum Occasional Papers 93, Londres, 1995, 1, 23.)  

2.  Éminent capitaine français, Charles de Menou d'Aulnay (v. 1604–1650) joua un rôle clé dans la colonisation de l'Acadie. Il dirigea La Hève (LaHave) et Port-Royal en 1636, puis devint gouverneur de l'Acadie en 1647. Pendant une période de 14 ans, il supervisa la construction d'ouvrages de fortification, de moulins et d'écoles avant de se lancer dans la construction de bateaux. On lui doit l'assèchement de plusieurs marais par un réseau de digues et d'aboiteaux qui permirent aux colons de survivre par l'agriculture. Grand architecte de la colonisation française au Canada, D'Aulnay fut désigné personne d'importance historique nationale en 1972. Une plaque érigée au lieu historique national du Canada du Fort-Anne commémore son œuvre.