Lieu historique national du Canada Fort Charles

Patrimoine culturel

L'histoire du fort Charles

Monument de fort Charles
Monument de fort Charles
©Parcs Canada

En 1621, pour étendre son hégémonie aux terres d'outre-mer, le roi Jacques Ier d'Angleterre et Jacques VI d'Écosse concéda à sir William Alexander, un noble écossais, la charte de la Nouvelle-Écosse, en vue de la fondation d'une colonie écossaise en Amérique du Nord. Cette charte couvrait le territoire qui réunit aujourd'hui les provinces Maritimes et la Gaspésie. (À l'époque, la France revendiquait une partie de ce territoire, à savoir l'Acadie, tandis que les Mi'kmaqs considéraient la région entière comme leur Mi'kmaki,ou territoire ancestral.) La charte conférait à Alexander des droits sur les minéraux et les ressources halieutiques, le pouvoir d'adopter des lois, de former un gouvernement, d'intercepter les pirates et de nouer des relations pacifiques avec les Autochtones, ainsi que la permission d'ériger un ou plusieurs forts. Cette colonie ne vit le jour que huit ans plus tard. Malgré tout, les armoiries de la Nouvelle-Écosse furent approuvées en 1625, année où Charles Ier accéda au trône. Quelque 400 ans plus tard, dans les années 1920, le gouvernement de la Nouvelle-Écosse adopta le drapeau et les armoiries de la province en s'inspirant du blason créé en 1625.

En 1629, huit ans après l'obtention de la charte et quatre ans après l'approbation des armoiries, sir William Alexander fils amena un groupe de 70 hommes et femmes en Nouvelle-Écosse pour coloniser le territoire. Un second groupe, formé de colons anglais et dirigé par sir James Stewart de Killeith, lord Ochiltree, fonda une colonie à Baleine, au Cap-Breton, à quelques kilomètres au nord de l'endroit où les Français devaient plus tard fonder Louisbourg. Ces colons y érigèrent le fort Rosemar, que les Français détruisirent deux mois plus tard. Entre-temps, Alexander, avec l'aide de Claude de Saint-Étienne de La Tour (1), établit son siège à Port-Royal (renommé Annapolis Royal par les Anglais après 1713). De cet endroit, il supervisa la construction du fort Charles, baptisé ainsi en l'honneur du roi Charles Ier. Conçu par le capitaine Ogilvie, le fort avait la forme d'un pentagone, et les pointes étaient adaptées aussi bien à l'offensive qu'à la défense. Il renfermait huit pièces d'artillerie : quatre demi-couleuvrines et quatre moyennes. Les colons et les membres d'équipage des navires y construisirent également une résidence pour Alexander et un entrepôt.

Pendant le premier hiver, 30 des 70 colons du fort Charles périrent. D'autres colons arrivèrent en mai 1630 avec le chef mi'kmaw Segipt et sa famille, qui étaient allés rencontrer le roi en Angleterre(2). Lors de son voyage en Angleterre à l'automne de 1630, Alexander apprit que des négociations étaient en cours en vue de la restitution du territoire à la France. En 1632, cette région, de même que le reste de la Nouvelle-France (le Canada et l'Acadie), redevint une possession française en vertu du traité de Saint‑Germain-en-Laye. En tout, 47 des colons du fort Charles retournèrent en Angleterre à bord du Saint-Jean, l'un des navires qui devait plus tard transporter des colons français à La Hève (LaHave)(3) sous les ordres du nouveau gouverneur, Isaac de Razilly. Quelques colons d'Alexander demeurèrent dans la colonie. Pour indemniser partiellement Alexander père de ses lourdes pertes financières, le roi le nomma comte de Stirling.

1. Claude Saint-Étienne de se rendit en Acadie avec son fils Charles en 1610 pour participer à la colonisation de Port-Royal. En 1628, il fut capturé par les Anglais au cours d'un voyage entre la France et le cap Sable, où son fils avait construit un poste de traite appelé fort Lomeron (rebaptisé plus tard fort La Tour, mais appelé fort Saint-Louis dans les écrits de Samuel de Champlain). Le Français fut fait prisonnier en Angleterre. Persuadé que l'Acadie serait négligée par la France et qu'elle passerait à l'Angleterre, il s'allia aux Anglais, leur fournit de l'information sur l'Acadie et les aida à planifier la colonisation de la Nouvelle-Écosse. En échange, il fut nommé baronnet de la Nouvelle-Écosse. En 1630, De La Tour partit pour le cap Sable avec sa femme anglaise et un groupe de colons, convaincu que son fils se rallierait lui aussi aux Anglais en échange d'un titre et d'autres honneurs. Toutefois, Charles ne l'entendait pas ainsi. Son père dirigea une attaque contre le fort, mais l'offensive se solda par un échec. Claude de La Tour n'avait alors d'autre choix que d'accompagner les autres colons à Port-Royal, devenue possession anglaise. Il écrivit plus tard à son fils pour lui demander la permission de le rejoindre au cap Sable. Étonnamment, Charles accepta, mais força son père à élire résidence à l'extérieur du fort.

2. Au début de la colonisation, les Écossais entretenaient de bons rapports avec les Autochtones de la région. Dans un compte rendu de ses observations, Richard Guthry raconte que les Mi'kmaqs témoignaient d'une bonté infinie envers leurs épouses, leurs enfants et les autres membres de leur tribu et que, chaque fois qu'ils se rassemblaient, ils organisaient des festins jusqu'à épuisement de leurs provisions, de sorte qu'ils vivaient au jour le jour. Guthry ajoute que les se comportaient bien et qu'il était possible de très bien vivre avec eux, ce qui donne à penser que les relations entre les Mi'kmaqs et les colons écossais de Port-Royal étaient bonnes.

3. Le fort LaHave a été classé lieu historique national en 1924. Fondé en 1632, cet ouvrage de fortification abritait la première colonie française permanente de l'Acadie.