Lieu historique national du Canada de Red Bay

Merveilles naturelles et trésors culturels


L’huile de baleine, une denrée rare très prisée en Europe à la fin du Moyen-Âge.
© Parcs Canada

La Station de baleiniers basques de Red Bay, site du patrimoine mondial de l’UNESCO

Dans la région du Détroit du Labrador se trouve un petit village dont l’histoire a attiré l’attention du monde entier. Red Bay, ainsi nommé pour les falaises rouges qui s’offrent à la vue des navigateurs qui entrent au port par le passage de l’ouest, était un établissement saisonnier pour les baleiniers basques au 16e siècle.

Des années de recherches dans les archives et de fouilles archéologiques &3151; dans le sol et sous la mer, dans le port de Red Bay — ont permis de découvrir que, des années 1540 au début du 17e siècle, des hommes et de jeunes garçons du Pays Basque — territoire qui chevauche la frontière entre la France et l’Espagne — mettaient chaque année le cap sur le détroit de Belle Isle (qu’ils appelaient la « grande baie »). Dans des bateaux de bois ventrus pouvant contenir jusqu’à 2 000 barriques d’huile de baleine, ces Basques venaient pêcher les baleines noires de l’Atlantique Nord et du Groenland. Dans les années 1580, alors que la pêche à la baleine battait son plein, il y avait parfois plus d’un mille hommes qui participaient à cette activité rien qu’à Red Bay. Une barrique d’huile pouvait se vendre à prix d’or sur le marché à cette époque; les propriétaires et armateurs de navires faisaient donc de bons profits, même après avoir réglé leurs dépenses et payé les équipages. L’huile de baleine était une denrée recherchée en Europe à l’époque car elle produisait une flamme plus lumineuse. Elle servait aussi de lubrifiant pour les articles en cuir et d’additif dans la fabrication des peintures, vernis et savons.

Vers le milieu du 16e siècle, les Basques avaient établi des stations baleinières dans plusieurs ports de la côte sud du Labrador et de la côte nord du Québec. Des fouilles ont révélé que Red Bay était l’une des stations les plus exploitées, comptant au moins douze lieux de production d’huile de baleine sur les côtes de l’île Saddle et sur le continent. On a retrouvé les vestiges de fours dans lesquels la graisse de baleine était transformée en huile dans des chaudrons de cuivre, au dessus de foyers. On a également découvert non loin de là, dans les eaux du port, les vestiges de quatre galions et de plusieurs petites baleinières.

Après plusieurs décennies de prospérité, la pêche à la baleine par les Basques au Canada a commencé à péricliter vers la fin du 16e siècle, en raison de nombreux facteurs, dont la surexploitation des stocks, la découverte de nouveaux sites baleiniers au Spitzberg, le changement climatique et l’évolution de la situation politique.

Red Bay a été désigné lieu historique national au Canada car le lieu commémore l’importance, dans l’histoire de notre pays, de la pêche à la baleine par les Basque au 16e siècle. Les ressources culturelles bien conservées découvertes à terre et sous la mer, ainsi que les documents probants trouvés dans les archives, ont permis de reconstituer, pièce par pièce, un chapitre fascinant de notre histoire qui n’avait jamais été écrit avant les années 1970. Les objets façonnés découverts à terre, ainsi que les vestiges de navires du 16e siècle représentatifs des grandes avancées de la conception et de la construction navale à cette époque, donnent également à Red Bay une importance internationale. Ainsi, lors de sa réunion annuelle qui avait lieu au Cambodge cette année, le Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO a accordé à la Station de baleiniers basques de Red Bay, en le 22 juin 2013, la désignation de site du patrimoine mondial.

Les visiteurs qui viendront au centre d’orientation de Parcs Canada, à Red Bay, pourront voir la baleinière restaurée qui y est exposée. Cette petite embarcation, considérée comme la plus rudimentaire des embarcations du 16e siècle, fut découverte sous les vestiges d’un galion bien plus imposant qui avait coulé dans le port. Ces vestiges submergés ont permis de prendre toute la mesure de la lutte entre les Basques et leur précieuse proie, la baleine. Les objets et expositions du centre d’interprétation du lieu témoignent de leur vie et de leurs activités, à terre et en mer.

L’histoire de Red Bay est époustouflante; elle est émaillée de misère, d’exploitation et de profit. Elle vient nous rappeler que de nombreux hommes et jeunes garçons basques ont trouvé la mort en venant à Red Bay, en quête de richesse et d’aventure. Les visiteurs du lieu historique national de Red Bay vivent une expérience intense grâce aux récits, à l’interprétation et aux expositions qui font revivre les dangers de la navigation, les luttes entre l’homme et la bête et les réalités de la vie et de la mort. Ils repartent avec des souvenirs mémorables et un attachement à Red Bay, grâce aux histoires vraies évoquant des testaments, des baleines volées, des pertes tragiques et de gros profits, mais aussi la lutte pour la survie qui touche encore bien des gens aujourd’hui.

Retour