Lieu historique national du Canada de la Maison-Riel

Patrimoine culturel – Thèmes historiques

L'histoire des Métis au Manitoba de 1870 à 1900

Ces années correspondent à une période difficile pour les Métis au Manitoba. En 1870, fermement établis et prospères, ils formaient la moitié de la population de cette nouvelle province.

Metis Cottage ca. 1870
Metis Cottage ca. 1870
© Archives provinciales du Manitoba

Leur langue et leur droit à la propriété étaient protégés par la Loi du Manitoba, votée par le gouvernement fédéral.

Cependant, l'entrée du Manitoba dans la Confédération en 1870 ouvrit la région aux arpenteurs, aux fonctionnaires, et aux colons avides de territoire. Ces nouveaux venus poussaient le gouvernement canadien et ses représentants locaux à libérer de nouvelles terres pour les immigrants, pratique interdite selon la Loi du Manitoba. Devant ces pressions, le gouvernement est revenu sur les promesses qu'il avait faites aux Métis concernant leurs droits territoriaux.

Dès 1883, une bonne partie des terres occupées par les Métis en 1870 avaient été cédées aux nouveaux venus. Réduits à la pauvreté et victimes de discrimination, presque 75 p. 100 des Métis avaient quitté le Manitoba avant 1900. Dépossédés, ils se dirigèrent vers l'ouest pour s'établir à des endroits tels que Lac la Biche et Batoche, site de la deuxième résistance des Métis en 1885. Bon nombre de ceux qui restèrent s'intégrèrent aux collectivités anglophones ou francophones de la région.

 

La famille Riel-Lagimodière à la rivière Rouge et au Manitoba

Julie Riel née Lagimodière
Julie Riel née Lagimodière
© Union St-Jean-Baptiste,
Woonsocket, R.I.

N'eut été qu'un membre de la famille Riel-Lagimodière ait été appelé à devenir chef du peuple métis, rien n'aurait distingué cette famille de toutes les autres de la colonie de la rivière Rouge.

La famille canadienne-française des Lagimodière était originaire de Maskinongé, près de Trois-Rivières. Jean-Baptiste Lagimodière et son épouse, Marie-Anne Gaboury, se sont établis dans le Nord-Ouest en 1806; Jean-Baptiste y a exercé le métier de voyageur et de marchand. La famille s'est établie en permanence dans la colonie de la rivière Rouge vers 1814 et a vécu du commerce et de l'agriculture. C'est à cette époque qu'est née Julie, la future épouse de Louis Riel.

Louis Riel père est né à l'Île-à-la-Crosse, dans le Nord de ce qui constitue aujourd'hui la Saskatchewan, en 1817. Ses parents étaient Jean-Baptiste Riel, un voyageur canadien-français et Marguerite Boucher, une Métisse-Française-Déné. Ils s'étaient mariés à la façon du pays, suivant la coutume des Autochtones, c'est-à-dire que leur union n'était pas fondée sur une pratique religieuse ou officielle, mais plutôt sur la reconnaissance sociale d'un engagement légitime et permanent.

En 1844, Louis Riel père épousa Julie Lagimodière à Saint-Boniface. Leur fils Louis allait naître la même année, dans la ferme familiale sise au confluent des rivières Rouge et de la Seine. Vers 1850, la famille a déménagé à Saint-Vital, pour occuper ensuite l'emplacement actuel du lieu historique national de la Maison-Riel en 1864, peu de temps après le décès de Louis Riel père

Laissant présager le rôle qu'allait jouer son fils sur la scène politique, Louis Riel père comptait parmi les chefs métis qui avaient mené la résistance contre le monopole qu'exerçait la Compagnie de la baie d'Hudson sur la traite des fourrures. Le marchand indépendant Pierre-Guillaume Sayer avait été arrêté et traduit en justice pour avoir violé le monopole de la CBH en faisant le commerce avec les Américains. Reconnu coupable, sa sentence a pourtant été suspendue, peut-être parce que des Métis armés encerclaient le tribunal. Les Métis célébrèrent la victoire en criant « le commerce est libre ».

Louis Riel, chef des Métis et un des fondateurs de la province du Manitoba

Louis Riel est né à Saint-Boniface en 1844 et a fait ses études à Montréal. À son retour dans la colonie de la rivière Rouge, il trouva un peuple divisé, inquiet de son avenir politique. Le gouvernement canadien avait entamé des négociations auprès de la Compagnie de la Baie d'Hudson en vue d'acquérir les vastes territoires connus sous le nom de « Terre de Rupert », sans tenir compte des désirs et des droits des habitants. Les Métis, pour leur part, craignaient que le gouvernement canadien ne leur enlève les terres qu'ils occupaient depuis des générations. Un petit nombre d'entre eux souhaitaient pourtant l'annexion, croyant qu'ils en tireraient des avantages. Le conflit s'aggrava à l'automne 1869, avec l'arrivée d'arpenteurs venant du Canada dans la partie sud de la colonie. Les craintes des Métis semblaient confirmées. Louis Riel, à la tête de 15 personnes, leur bloqua le passage sur le chemin Pembina.

Louis Riel
Louis Riel
© Archives provinciales du Manitoba

En 1992, la province du Manitoba a reconnu Louis Riel comme un des fondateurs du Manitoba, pour le rôle qu'il a joué dans l'intégration de ce territoire au Canada.

La troupe de Riel s'est ensuite emparée du Fort Garry d'en haut, poste de traite de la Compagnie de la Baie d'Hudson et centre administratif de la colonie. Fortement appuyé par les Métis, John Bruce et ensuite Louis Riel ont formé un gouvernement provisoire. Tandis que les Métis résistaient à l'annexion, le père Noël-Joseph Ritchot menait une délégation à Ottawa pour négocier l'intégration de la province au Canada. Bien que le père Ritchot ait réussi à faire protéger presque tous les droits des Métis, il ne put obtenir le pardon de Louis Riel, promis pourtant par le gouvernement. Riel a été obligé de s'exiler suite à des menaces et par après pour une pêriode officielle de cinq ans (1875-1880). Il dû renoncer à son poste de député à Ottawa, même s'il avait été élu trois fois.

Pendant les années 1870, Riel a vécu aux États-Unis et est devenu citoyen américain. Il est revenu au Canada en 1884 pour défendre encore une fois son peuple, et affirmer ses droits politiques et territoriaux. Malgré leurs premiers succès en 1885, les Métis furent vaincus par les troupes canadiennes à Batoche. Riel s'étant rendu, il défendit sa cause avec éloquence, ainsi que celle de son peuple. Les autorités canadiennes l'ont néanmoins jugé coupable de trahison et ont ordonné son exécution, qui eut lieu à Regina en novembre 1885.