Lieu historique national du Canada du Fort-Prince-de-Galles

Des étudiants en maçonnerie à valeur patrimoniale du Collège Algonquin se joignent au projet de stabilisation des murs du lieu historique national du Canada du Fort-Prince-de-Galles

On travaille fort
De gauche à droite : Daniel Pershaw, Kenny Davies, John Bland et l'instructeur John Scott se préparent à commencer le travail au Fort-Prince-de-Galles
© Parcs Canada

Imaginez-vous dans la peau d’un maçon en pierres au XVIIIe siècle, travaillant dans un immense fort en pierres de la Compagnie de la Baie d’Hudson, sous les grands vents de la côte ouest de la baie d’Hudson. Cet été, quatre étudiants du programme de maçonnerie à valeur patrimoniale du Collège Algonquin de Perth, en Ontario ont revécu cette expérience de travail inoubliable, près de trois siècles plus tard, accompagnés de leur instructeur, John Scott, dans le cadre d’une collaboration exceptionnelle avec Parcs Canada sur le lieu historique national (LHN) du Fort-Prince-de-Galles.

Le LHN du Fort-Prince-de-Galles est situé dans un endroit éloigné à l’embouchure de la rivière Churchill, à la baie d’Hudson, dans le Nord du Manitoba. La construction du site a débuté en 1731, alors que la Compagnie de la Baie d’Hudson, qui livrait concurrence aux Français, cherchait à obtenir le monopole sur ce territoire et sur le commerce des fourrures aux environs de la baie. Même s’il a été désigné point fort militaire, l’ort n’a été habité que par quelques travailleurs de la Compagnie de la Baie d’ Hudson, lesquels ne purent assurer sa défense lors d’une attaque par les Français en 1782. Le fort fut cédé, ses bâtiments brûlés, on fit exploser ses magasins et ses embrasures, les canons furent mis hors d’usage et le fort est resté abandonné jusqu’au XXe siècle.

Le fort Prince-de-Galles a été désigné lieu historique national en 1920. Les sections endommagées de ses murs ont été reconstruites dans le cadre d’un projet de travail à l’ère de la dépression. D’autres travaux ont été effectués dans les années 1950 et 1960. Plus des trois quarts des murs massifs du fort n’avaient pas été rénovés depuis leur construction au XVIIIe siècle. Dans les années 1980, ces vieux murs montraient des signes de vieillissement et une petite section de la muraille externe s’effondra en 1997. À la suite d’une enquête sur les causes d’instabilité des murs, une stratégie de conservation sur 10 ans a été élaboré et mise en œuvre en 2004. Cet été, les travaux ont avancé plus rapidement, et c’est en partie grâce aux étudiants du Collège Algonquin qui ont rejoint l’équipe régulière de maçons en pierres.

Qu’est-ce qui a amené le Collège Algonquin à participer au projet du LHN du Fort-Prince-de-Galles? La relation entre le programme de maçonnerie à valeur patrimoniale du Collège Algonquin et Parcs Canada a été établie en 1991, lorsque l’on a invité l’Agence Parcs Canada, qui est responsable de nombreux édifices en pierres du patrimoine au Canada, à agir en tant que conseiller pour le nouveau programme de maçonnerie à valeur patrimoniale. Plus récemment, Parcs Canada et le Collège Algonquin ont étudié la possibilité de collaborer sur un projet de restauration des sites de maçonnerie en pierre du lieu historique national du Canal-Rideau, maintenant désigné site du patrimoine mondial par l’UNESCO.

Le lien avec le LHN du Fort-Prince-de-Galles a été créé par un ingénieur de la Direction de la conservation du patrimoine de Travaux publics et Services gouvernementaux Canada qui travaille au projet du Fort-Prince-de-Galles. Il avait déjà travaillé avec les étudiants en maçonnerie à valeur patrimoniale du Collège Algonquin dans le cadre d’un projet de stage visant la restauration des bâtiments historiques provinciaux d’Almonte, en Ontario. Lorsque cet ingénieur a appris que Parcs Canada cherchait d’autres maçons en pierres pour le LHN du Fort-Prince-de-Galles, il a tout de suite pensé qu’il s’agissait d’un excellent projet de collaboration pour les deux organisations.

Comment choisit-on les étudiants qui ont eu cette chance exceptionnelle? On donne automatiquement l’occasion aux deux meilleurs étudiants du cours, qui est d’une durée d’un an, d’aller à Churchill. Le Collège a créé un concours pour combler les deux autres postes. En plus de devoir réussir leurs travaux de cours et obtenir une bonne moyenne pondérée cumulative, les étudiants doivent faire plusieurs devoirs, dont la rédaction d’un article sur l’histoire du fort, d’un document sur l’importance du fort Prince-de-Galles pour le patrimoine canadien et d’un document expliquant pourquoi des fonds publics devraient être consacrés à la conservation de ce fort. Dans le cadre du concours, les étudiants devaient par ailleurs passer un examen afin d’évaluer leurs aptitudes en gestion de projet.

Les maçons en pierres sont formés pour effectuer des travaux difficiles et laborieux dans divers environnements. Le fort Prince-de-Galles constitue le défi par excellence. À cause des conditions météorologiques du Nord, les travaux ne peuvent être effectués que pendant une période de deux mois en été. Le fort est accessible par bateau à partir de la ville de Churchill et l’horaire des traversées change tous les jours, en synchronisation avec les marées de quatre mètres. Au fort Prince-de-Galles, la journée de travail ne débute que lorsque le site a été inspecté et confirmé sûr par les surveillants d’ours polaires de Parcs Canada, qui restent sur place pour assurer la sécurité du personnel en tout temps. Lorsque le vent tombe, les mouches et les moustiques viennent embêter les travailleurs. Le jour, la température est souvent inférieure à 15 °C, comme c’est souvent le cas dans cette localité du Nord, mais il arrive qu’elle grimpe à plus de 30 °C pendant quelques jours en été.

Les maçons en pierres transmettent les traditions de leurs prédécesseurs. Les méthodes de maçonnerie ont peu changé depuis le XVIIIe siècle, sauf qu’aujourd’hui, les maçons ont l’avantage de disposer de meilleurs outils et de palans électriques pour déplacer les pierres. Il ne s’agit pas d’une mince tâche, car les pierres, qui sont extraites des carrières locales, sont extrêmement dures et une seule pierre peut peser jusqu’à 2 500 kg. Les étudiants, sous la supervision de l’instructeur John Scott et des maçons en pierres de Parcs Canada, assemblaient (remplaçaient le vieux mortier dans les joints entre les pierres par du nouveau mortier) les parties de l’ouvrage en pierre qui date du XVIIIe siècle et les sections de mur qui ont été stabilisées récemment. Ils étaient des apprentis auprès de maçons en pierres chevronnés qui consignent des données pour les archives, démolissent les murs de pierres massifs et les reconstruisent.

Certaines choses ont changé au cours des siècles. Les adolescents apprentis du XVIIIe siècle, qui provenaient principalement des îles Orcades en Grande-Bretagne, consignaient leurs expériences dans des lettres qui prenaient le chemin de la maison à bord des bateaux qui venaient approvisionner le fort chaque année. En revanche, leurs homologues du XXe siècle transmettaient leurs expériences au monde entier de façon instantanée lorsqu’ils rédigaient leurs rapports quotidiens sur un blogue du site Web du Collège Algonquin.

La collaboration entre Parcs Canada et le Collège Algonquin comporte de nombreux avantages. Les maçons en pierres qualifiés sont en demande. Bon nombre des maçons en pierres responsables de la conservation des édifices du Parlement à Ottawa sont des diplômés du Collège Algonquin, et un projet comme celui du LHN du Fort-Prince-de-Galles constitue une excellente expérience pratique et une occasion d’apprendre de nouvelles techniques qui augmenteront les possibilités d’emploi. La ville éloignée de Churchill est avantagée sur le plan économique par la venue de nouveaux travailleurs en été, de même que par la conservation accrue du LHN du Fort-Prince-de-Galles, qui est une importante attraction touristique. À la fin, cette collaboration profite aux Canadiens qui découvrent que les métiers traditionnels sont transmis et qu’ils servent à conserver les précieux lieux patrimoniaux du Canada.

Suivez le travail, les observations, et les aventures des étudiants d'Algonguin sur leur blog à : http://algonquincollege-blogs.com/masonry/