Lieu historique national du Canada Rocky Mountain House

Techniques de construction en bois

Le travail du bois est la principale occupation des ouvriers à un poste comme Rocky Mountain House. Des tâches essentielles comme ramasser et transporter du bois, couper du bois de chauffage, équarrir des rondins, scier des planches ainsi que réparer et construire des bâtiments n’ont pas de fin. Les structures des postes varient considérablement; il peut s’agir de grands bâtiments permanents, comme les caches et le quartier des officiers, ou de structures temporaires, comme les « tentes » en rondins, qui abritent les chasseurs dans de nombreux postes du nord. Des bâtiments qui n’ont pas la même fonction demandent des méthodes et des matériaux de construction différents. Divers matériaux et techniques de construction servent à bâtir des postes de traite partout en Amérique du Nord, mais on retrouve plus fréquemment des rondins équarris qui servent à faire des bâtiments poteaux-sur-soles (ou à ossature-bois dits de la rivière Rouge).

 

Palissades/poteaux en terre

Les palissades sont répandues dans les premiers postes de traite, mais elles perdent graduellement leur importance. Au milieu ou à la fin du XIXe siècle, la palissade devient plutôt un symbole qu’une fortification réelle. À de nombreux postes, elle prend la forme d’une petite clôture. Cependant, les palissades continuent d’être construites jusqu’à la fin du XIXe siècle dans les régions où il est jugé prudent de disposer d’une certaine protection.

La principale méthode de construction des palissades aux postes des compagnies de la Baie d’Hudson et du Nord Ouest à la fin du XVIIIe et pendant la majeure partie du XIXe siècle est la technique poteaux en terre (aussi appelée « en pile » ou « post in ground »). Cette technique consiste à étendre une partie du mur le long d’une tranchée creusée dans le sol. Lorsqu’une section du mur est prête, les rondins équarris ou non sont placés verticalement dans la tranchée, qui est ensuite comblée avec de la terre pour soutenir les rondins.

Les rondins verticaux peuvent être renforcés par des rondins horizontaux pour former un mur relativement stable, quoique susceptible de pourrir rapidement, surtout au niveau du sol et au sommet des pieux. Certaines essences de bois, comme le mélèze, résistent mieux à la pourriture, mais le bois généralement disponible pour construire les palissades est assez pourri après 5 ou 10 ans, tout au plus. La plupart des images modernes des postes de traite montrent des murs dont le dessus est pointu pour que l’eau s’écoule mieux et que la pourriture des pieux soit retardée. Toutefois, dans certains grands postes de traite, sinon dans la plupart, on décide plutôt d’égaliser le dessus des palissades et de poser une planche pour protéger les sommets des pieux, qui sont exposés aux intempéries. Certains murs sont renforcés par l’ajout de gros rondins verticaux, les « poinçons », qui sont enterrés plus profondément que les autres pieux. Les murs de la palissade du fort Edmonton, qui a été reconstruit, sont un bon exemple de cette technique de construction.

Des bâtiments poteaux en terre sont construits en Nouvelle France et ailleurs au Canada. Dans son livre Building Canada : An Architectural History of Canadian Life, Toronto, Oxford University Press, 1966, Alan Gowans dit que cette technique est digne de l’âge de pierre en raison de sa simplicité. De tels bâtiments se trouvent dans certains postes, mais ce ne sont pas les plus répandus dans le milieu de la traite des fourrures.

Construction poteaux-sur-sole/à ossature-bois dite de la rivière Rouge

La construction poteaux-sur-sole offre une structure plus durable que les poteaux en terre ou d’autres techniques simples, surtout lorsque les soles sont placés sur une fondation en pierre, au-dessus du sol. Cette technique, aussi appelée « poteaux et pièces coulissantes », « ossature-bois dite de la rivière Rouge », « charpente de la Baie d’Hudson » ou « pièces sur pièces », convient parfaitement à la construction dans le milieu de la traite des fourrures. Elle peut aussi être adaptée de façon à utiliser la technique du remplissage de pierre – aussi appelée « colombage », qui sert, par exemple, à Lower Fort Garry.

La construction poteaux-sur-soles requiert peu d’outils (essentiellement une hache demi-plate, des herminettes, des ciseaux à bois, des marteaux, parfois des tarières ou des perceuses ainsi qu’une hache pour abattre les arbres). Elle permet de construire rapidement et relativement facilement des structures de diverses tailles. Puisqu’il n’est pas nécessaire de faire des engravures compliquées ou d’ajuster les billots, les bâtiments déjà construits peuvent être agrandis et modifiés sans tout recommencer. Les bâtiments poteaux-sur-soles ne sont pas faciles à transformer ou à réparer, mais ils peuvent être démontés et déplacés au besoin. Cette méthode présente un autre avantage : la distance qui sépare les poteaux est plutôt faible, ce qui fait que du bois de moins bonne qualité, qui serait rejeté autrement, peut servir à faire les traverses.

Pour la construction poteaux-sur-sole, de grands rondins équarris servent de soles pour jeter les bases de la structure. Des poteaux sont mortaisés dans les soles, généralement à environ 2 mètres (6 ou 7 pieds) de distance. Les poteaux sont rainurés de deux côtés (à 90 degrés dans les coins et à 180 degrés sur les murs), et les intervalles entre ces poteaux sont comblés par des rondins équarris. Les rondins des murs sont tenonnés aux deux extrémités, ce qui leur permet d’entrer dans les montants mortaisés. Des trous peuvent être percés dans les billots à partir du dessus à l’aide d’une tarière ou d’une perceuse, ce qui permet d’insérer des goujons en bois pour joindre les billots et accroître la stabilité, mais cette technique n’est pas essentielle et elle est rarement utilisée dans la majorité des postes.

Des portes et des fenêtres sont ajoutées à l’aide de petits montants verticaux, ou elles sont appuyées contre de gros poteaux. Des sablières sont posées sur les murs pour la finition. Le toit peut ensuite être fixé sur les sablières. Les toits sont généralement à deux ou quatre versants à pente abrupte (pour que la neige tombe), et ils sont fabriqués avec des planches ou de l’écorce.

Dans les bâtiments servant à la traite des fourrures, les planchers sont laissés en terre ou couverts de bois. Pour ce faire, un parquet est posé sur de grandes « longrines », c’est-à-dire des rondins horizontaux placés sur le sol. Les longrines sont parfois fixées au bâti de construction, mais souvent elles ne sont pas rattachées aux murs, ce qui crée une sorte de plancher « flottant ».

Les rondins équarris font en sorte que les bâtiments construits avec la méthode poteaux-sur-sole sont relativement à l’épreuve des intempéries. En général, il n’y a pas autant d’espace entre les billots que dans les bâtiments en bois rond. Cependant, dans la plupart des cas, les espaces sont colmatés avec du mastic et une couche de « boue » – surtout si le bâtiment doit servir d’habitation – pour améliorer l’isolation. Des planches ou d’autres types de parement sont utilisés pour la finition de certains bâtiments poteaux-sur-sole plus récents.

Outils et tâches

Les registres de la traite des fourrures subsistants décrivent les divers outils et tâches nécessaires pour abattre des arbres, équarrir des billots et scier des planches en vue de construire des bâtiments poteaux-sur-sole. Des rondins sont équarris avec une hache demi-plate, une petite hache pour marquer le bois et, au besoin, une herminette pour planir et façonner le rondin. La technique d’équarrissement des rondins habituelle consiste à donner des coups dans le bois à angle droit à quelques centimètres d’intervalle tout le long du rondin pour marquer l’écorce et le bois adulte. Les haches utilisées pour ce travail sont généralement plus petites que les haches demi-plates, mais faute de mieux, n’importe quelle hache peut convenir. Le billot est ainsi parsemé de marques d’outil caractéristiques : des entailles verticales un peu angulaires. Le rondin est par la suite équarri à l’aide d’une hache demi-plate. On le coupe dans le sens de la longueur pour enlever les engravures. L’opération est effectuée quatre fois autour du billot pour créer quatre côtés assez plats. Une herminette sert ensuite à planir et à façonner le rondin.

Un inventaire des outils de construction de Jasper House en 1856 comprend une panoplie intéressante d’outils de travail du bois, y compris des herminette à manche long, des mèche pour avant-trous et des tarières à cuiller, des haches demi-plates, des vilebrequins et des mèches, des tourne-à-gauche et des vrilles, des marteaux à panne fendue et des marteaux à dent, des fers de rabot ainsi qu’un assortiment de limes, de ciseaux à bois, de racloirs, de scies, de vis à bois et de rabots (Source : ACBH, B60/d/118, inventaire du district de la Saskatchewan, 1856).

Afin de réchauffer les bâtiments et de diminuer les courants d’air, du mastic est ajouté pour colmater les inévitables espaces entre les rondins équarris grossièrement. Certains bâtiments, surtout ceux qui servent de logement, sont entièrement ou partiellement recouverts d’un manteau de boue ou d’argile, ce qui donne un fini plat qui peut ensuite être blanchi à la chaux. Dans certains grands postes, ce sont des planches débitées et non de la boue qui servent de revêtement.

Sciage du bois

En plus de rondins équarris, les postes de traite ont besoin de bois de sciage à diverses fins. Ce bois sert parfois à faire des garnitures à l’intérieur des bâtiments ou à construire des murs à l’intérieur des structures. Le bois de sciage convient aussi pour les planchers. À Rocky Mountain House, une grande partie du bois de sciage sert à construire des barges d’York ou des bateaux. Les registres du poste parlent souvent d’hommes qui coupent des planches avec une scie en long de l’autre côté de la rivière.

La fosse de sciage la plus simple n’est pas du tout une fosse. Les grands rondins sont plutôt sciés sur de lourds chevalets ou de très grands chevalets de sciage. Malheureusement, cette technique implique qu’il faut placer le rondin sur un chevalet – un dur travail qui peut être évité en creusant une fosse ou en utilisant un creux naturel. Toutefois, même avec une fosse, un support est nécessaire pour soutenir le rondin scié. Les scies étant généralement conçues pour couper lors de la course descendante, l’homme placé en bas, dans la fosse de sciage, tire la scie, tandis que l’homme placé au-dessus remonte la lame sans couper lors de la course ascendante.

Autres constructions en bois ou pièces sur pièces

Tandis que les bâtiments poteaux-sur-sole sont polyvalents et durables, certaines structures utilisées pour la traite des fourrures sont très temporaires. Les tentes en rondins sont un exemple intéressant des structures temporaires construites par les commerçants de fourrures. Elles sont utilisées dans les forêts boréales pour héberger les employés de la Compagnie et leurs familles dans les camps de chasse et de pêche. Des rondins coupés sont placés à angle droit contre un faîtage. La structure peut ensuite être recouverte de boue pour fournir une résidence de base raisonnablement à l’abri des intempéries.

Des exemples d’autres types de construction pièces sur pièces se trouvent à l’emplacement des postes de traite, surtout à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, alors que de nouveaux matériaux et méthodes de construction apparaissent. Sans chercher à examiner toutes les formes de construction pièces sur pièces, on peut admirer des exemples d’encoignures chevauchées, de queues d’aronde et d’autres structures pièces sur pièces aux postes de traite partout au Canada. En outre, dans certaines régions, des matériaux de construction commerciaux sont accessibles à la fin du XIXe siècle, et des exemples de bâtiments à pans de bois avec un déclin et d’autres formes de parement se trouvent sur les sites des postes de traite.  

Sources et lectures complémentaires

Hermann Phelps, The Craft of Log Building, Ottawa, Lee Valley Tools, 1982, est une bonne source d’information générale sur la construction pièces sur pièces partout dans le monde. Bon nombre d’études ont été réalisées sur les constructions et l’architecture pièces sur pièces au Canada. John Rempel, auteur de Building with wood and other aspects of nineteenth-century building in Ontario, University of Toronto Press, 1967, est un précurseur dans ce domaine. On peut également consulter Peter Moogk, Building a House in New France, Markham, Fitzhenry & Whiteside, 2001. L’architecture et les méthodes de construction des postes de traite font également l’objet de nombreux rapports de recherche de Parcs Canada.