Lieu historique national du Canada Rocky Mountain House
Compression et empaquetage des fourrures pour le transport
La plupart des fourrures vendues par la Compagnie du Nord Ouest et la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH) sont assez légères et de grande valeur, mais il n’est pas facile de les expédier. Leur préservation lors du transport pose un problème. Comme l’on peut s’y attendre dans le cas des matières naturelles et organiques, elles peuvent se détériorer et se décomposer, surtout si elles sont mouillées ou attirent des insectes et de petits animaux. Compte tenu qu’il faut à l’époque les transporter en canoë ou dans des barges d’York, les maintenir au sec n’est pas une mince affaire. Si l’on veut en obtenir le meilleur prix possible sur les marchés de Londres ou de Montréal, les fourrures doivent être protégées.
En outre, les fourrures, qui sont de formes inégales, sont encombrantes lorsque vient le moment de les expédier. Leur empaquetage en ballot de manière à les rendre plus faciles à transporter représente une partie essentielle des activités associées au commerce des fourrures. En effet, les fourrures individuelles peuvent difficilement être transportées d’un portage à l’autre, et des peaux de castors empilées au fond d’un canoë auront tôt fait de le remplir et cela, bien avant que leur poids n’ait atteint la capacité limite de l’embarcation.
Les animaux conservent leur chaleur grâce à la fourrure qui emprisonne l’air contre leur peau. Toute peau qui n’a pas été compactée compte donc un volume d’air important. Les presses à fourrures emploient la compression pour réduire la quantité d’air et, par conséquent, le ratio volume poids des fourrures. Elles créent également des « ballots » de forme et de taille standards beaucoup plus faciles à classer, compter, emballer et transporter en canoë ou dans des barges d’York. Les fourrures à l’intérieur des ballots compacts et recouverts sont protégées de l’eau et des ravageurs.
Ballots de fourrures
Les ballots de fourrures contiennent d’habitude plus d’un type de fourrure. Par exemple, au lieu d’empaqueter ensemble toutes les peaux de martre ou de rat musqué, on s’efforce de faire des ballots dont la taille et le poids sont plus ou moins réguliers. Les fourrures les plus précieuses sont également réparties dans un grand nombre de ballots pour éviter la lourde perte qu’occasionnerait la disparition en cours de route d’un ballot de très grande valeur. Même si deux paquets ne sont pas forcément identiques, des documents d’archives de compagnie portent à croire qu’un seul ballot pouvait contenir environ 40 grandes peaux de castor et 20 peaux de petits ou de jeunes castors. De même, un autre ballot pouvait renfermer huit grandes peaux d’ours et quatre petites, ou 60 peaux de lynx recouvertes de deux peaux de castor ou 50 peaux de renard protégées par deux peaux de castor. D’ordinaire, un ballot de robes de buffle en contient 10, en fonction bien entendu de la taille et du poids des peaux. Dans la plupart des cas, il doit peser approximativement 90 livres ou un peu plus de 40 kilos.
Types de presses à fourrures
Trois types de presses à fourrures ont été employés dans le commerce des fourrures : les presses à coins, les presses à levier et les presses à vis. Elles utilisent toutes un avantage mécanique pour compresser et regrouper les peaux ensemble selon des formes, des tailles et des poids standardisés. Un ballot de fourrures pèse normalement environ 40 kilos (ou 90 livres), mais ce n’est qu’un poids moyen. Certains ballots peuvent être plus légers ou plus lourds selon le nombre et le type de fourrures qu’ils contiennent.
Presse à coins
La presse à coins est probablement la plus simple et la plus répandue des presses utilisées dans la traite des fourrures. En règle générale, elle est constituée de deux montants en bois massif enfoncés dans le sol ou fixés à une base épaisse. Entre les montants se trouve un grand bloc de bois sur lequel les fourrures sont déposées pour être comprimées. Celui ci est surmonté d’un deuxième bloc solide faisant également partie du dispositif. Des madriers sont placés sur ce bloc supérieur pour combler grosso modo l’espace entre ce dernier et une traverse solide qui se trouve au dessus. Pour compresser les fourrures, les hommes enfoncent à coups de maillet ou de marteau des coins en bois dans les espaces entre les madriers. De cette façon, le bloc supérieur descend et compacte le paquet de fourrures. Les blocs supérieur et inférieur comportent souvent des encoches dans lesquelles on passe des cordes ou des lanières en cuir avant de compresser les fourrures. Avant le pressage, des étoffes épaisses ou de grandes fourrures de moindre valeur (cuir vers l’extérieur) sont disposées sur les peaux pour les protéger. Après la compression des fourrures, les cordes ou les lanières sont attachées de manière à former un ballot à peu près de la même longueur et de la même largeur que le bloc inférieur.
Presse à levier
Ce type de presse est également assez simple et répandu sur les lieux de traite des fourrures. Sa fabrication n’exige ni équipement sophistiqué ni connaissances approfondies en construction. Il semble que les grandes presses à levier aient souvent été utilisées pour compresser des robes de buffle qui, en raison de leur taille, étaient difficiles à manier dans une presse à fourrures ordinaire. Cela dit, les petites presses à levier permettaient également de créer des ballots de fourrures.
Si les presses à coins misent sur la pression exercée par des coins, c’est à dire des plans inclinés, les presses à levier mettent à profit un autre concept de « machine simple » : celui du levier. Lors de l’utilisation d’une presse à levier, au moins deux hommes maintiennent le mât du levier soulevé pendant que les robes ou fourrures, qui sont disposées entre des peaux protectrices ou une étoffe épaisse, sont habituellement déposées dans une espèce de châssis de bois reposant sur une base solide. Ici aussi, on installe des lanières en cuir ou des cordes pour attacher le ballot de fourrures une fois compressé. Lorsque tout est en place, les hommes appuient sur le levier pour compacter les fourrures. Même si dans le cas de certaines presses plus perfectionnées, on peut avoir recours à des poulies pour soulever le lourd levier, le principe de fonctionnement ne change pas.
Presse à vis
Cette presse tire également parti d’un autre type de plan incliné – la vis – pour créer des ballots. En général, les presses à vis se retrouvent seulement dans de grands postes de traite comme York Factory ou Upper Fort Garry, parce qu’elles sont plus complexes sur le plan technologique et qu’elles exigent l’importation de longues vis et de grands colliers à vis en fer. À la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, les presses à fourrures de ce type deviennent plus répandues. Elles sont très efficaces et sont également employées dans d’autres industries, par exemple pour extraire le jus de pomme nécessaire à la fabrication du cidre ou le jus de raisin pour la fabrication du vin.
Dans une presse à vis, on fixe une longue vis en fer (d’environ cinq pieds, c’est à dire 1,5 mètre) entourée d’un collier à un cadre solide, un peu comme pour la presse à coins. Sur la partie inférieure de la vis on trouve une large plaque et, sur sa partie supérieure, une barre de retournement. Lorsqu’on tourne la barre supérieure, la plaque est pressée contre la pile de fourrures, un peu selon le principe du tire bouchon que l’on enfonce dans une bouteille de vin.
Presses à fourrures à Rocky Mountain House
D’après certains journaux de postes de traite encore existants de nos jours, au printemps, peu de temps avant le départ pour Fort Edmonton des canoës et des bateaux chargés des produits de traite de l’année, les hommes à Rocky Mountain House consacrent plusieurs jours à l’empaquetage des fourrures et des robes. C’est une partie importante des activités d’un poste de traite. L’existence d’une presse à vis à Rocky Mountain House semble bien improbable, mais des preuves archéologiques d’une presse à coins ont été trouvées sur le site d’Acton House/Rocky Mountain House. Les vestiges de cette presse ont été découverts lors d’une fouille archéologique dans les années 1960.
Des presses à levier ont probablement aussi été employées à Rocky Mountain House, mais en raison de la nature de leur fabrication, qui ne nécessite pas vraiment de fondations profondes, elles sont moins susceptibles d’avoir laissé de traces archéologiques.
Renseignements additionnels
« Robe and Fur Presses », Charles Hanson, fils, dans Museum of the Fur Trade Quarterly, vol. 3, no 2, été 1967.