Lieu historique national du Canada Rocky Mountain House
Trésors culturels
Le commerce de la fourrure
© Parcs Canada
Au Canada, le commerce des fourrures a débuté sur la côte est où les premiers pêcheurs européens échangeaient leurs possessions contre des fourrures qu'ils obtenaient des Autochtones de la région. Très modeste au début, le commerce évolua rapidement pour culminer, à la fin du XVIIIe siècle, avec la création de deux énormes entreprises, la Compagnie du Nord-Ouest et la Compagnie de la Baie d'Hudson, ayant respectivement leur siège social à Montréal et à Londres.
Initialement, les deux sociétés se disputèrent le territoire bondé de fourrures qui s'étendait jusqu'aux Rocheuses. Bientôt, à l'issue de l'expédition du Columbia menée par la Compagnie du Nord-Ouest, ce territoire s'étendit jusqu'à l'océan Pacifique. En 1821, la Compagnie de la Baie d'Hudson absorba la Compagnie du Nord-Ouest et établit son emprise sur la presque totalité du territoire que nous appelons aujourd'hui le Canada.
La plupart d'entre nous évoquons l'époque du commerce des fourrures avec un sentiment romanesque et d'aventure, une époque peuplée de héros aux prises avec un milieu sauvage immense et souvent hostile. Bien des hommes courageux sont en effet passés à l'histoire au temps des brigades des fourrures et des postes de traite : les coureurs de bois de la Nouvelle-France, les voyageurs de la Compagnie du Nord-Ouest et les hommes qui naviguaient sur les barges d'York de la Compagnie de la Baie d'Hudson, soit les Radisson, de Groseilliers, La Vérendrye, Anthony Henday, Frobisher, Peter Pond, Alexander Mackenzie et David Thompson, pour ne nommer que ceux-là. De nombreux noms d'entités géographiques émanent de cette époque, notamment des noms de villes (Edmonton et Churchill), de cours d'eau (Fraser, Mackenzie et Thompson) et de lieux (Portage la Prairie, col Howse et, bien sûr, Rocky Mountain House).
En réalité, la traite des fourrures était avant tout une initiative économique, un commerce, et qui plus est, un commerce très profitable. Les échanges reposaient sur le rapport mutuellement avantageux entre la demande de fourrures en Europe (particulièrement le castor) et la demande de produits européens au Canada. Tant et aussi longtemps que les Européens demandèrent des fourrures en grande quantité, le commerce avec l'Amérique du Nord s'accrut et prospéra. De nombreux hommes firent fortune dans le commerce des fourrures, et Montréal devint l'axe du commerce des fourrures au Canada, s'imposant, par l'entremise de ce fructueux négoce, comme centre économique de la région du Saint-Laurent et des Grands Lacs.
Les profits liés au commerce des fourrures en Amérique du Nord faisaient l'envie des empires européens. À une certaine époque, les Hollandais, les Anglais et les Français s'en disputaient le contrôle sur la côte nord-est du continent. Les Anglais avaient déjà leurs forts de la Compagnie de la Baie d'Hudson, dans la baie du même nom. Les Hollandais furent chassés de la région de New-York en 1674, laissant ainsi aux commerçants anglais et français le soin de s'approprier, au nom de leurs pays respectifs, le contrôle de la traite des fourrures. Les Anglais prirent finalement possession de la Nouvelle-France, mais se trouvèrent bientôt aux prises avec un autre adversaire, un pays tout jeune, les États-Unis d'Amérique. Au cours du siècle suivant, c'est surtout la présence des négociants en fourrures britanniques et canadiens dans l'Ouest du Canada qui protégea ce territoire peu habité des poussées agressives de la république américaine.
Le commerce des fourrures a également joué un rôle très important dans l'exploration. En fait, ces deux activités ont été intimement liées. Grâce aux négociants de la Nouvelle-France, qui voyagèrent vers l'ouest jusqu'aux Grands Lacs, et aux employés de la Compagnie du Nord-Ouest, qui se rendirent jusqu'à l'Arctique et au Pacifique, le commerce des fourrures a donné accès à ce vaste territoire jusqu'alors inexploré qu'est le Canada. La rivalité commerciale incita les aventuriers à se rendre dans des régions inconnues, à la recherche de fourrures ou de routes commerciales. Jusqu'à la Confédération, c'est presque entièrement aux hommes associés à la traite des fourrures que nous devons l'exploration et l'établissement des cartes de l'Ouest canadien.
L'héritage du commerce des fourrures est donc ambivalent. Il ne faut toutefois pas oublier qu'il a rendu possibles la découverte et la protection d'un immense territoire bordé par trois océans, démontrant ainsi qu'il était possible de vaincre de grandes distances. Son expansion a en effet permis d'ouvrir l'accès à un réseau de cours d'eau dans l'axe est-ouest du Canada, l'autoroute du commerce des fourrures vers l'Ouest, de révéler les régions inexplorées du nord du continent et de préparer le terrain pour la Confédération.