La lutte contre les espèces invasives dans les écosystèmes à chênes de Garry

Un des écosystèmes les plus rares et les plus diversifiés du Canada est en péril, mais la remise en état d'un habitat unique va bon train grâce à l'aide fournie par Parcs Canada et des bénévoles

Formant une mosaïque de boisés, de près, de prairies et de peuplements épars typiques de la forêt de transition, les écosystèmes à chênes de Garry sont importants en raison non seulement de leur grande beauté, mais aussi de leur diversité biologique. Des milliers d'espèces d'insectes, de végétaux et d'animaux vivent dans ces écosystèmes, en particulier le chêne de Garry, seul chêne indigène de la Colombie-Britannique.

Or, ces écosystèmes sont en péril, tout comme bon nombre de plantes et d'animaux qui dépendent de cet habitat unique. Ils abritent en effet plus de 100 espèces en péril. Parmi ces espèces, 23 sont menacées ou en voie de disparition dans toute leur aire de répartition et 21 figurent sur la liste des espèces en péril au Canada dressée par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC).

Au Canada, les écosystèmes à chênes de Garry n'existent que dans la partie sud de l'île de Vancouver et dans les îles Gulf voisines; par ailleurs, l'on trouve aussi deux petits peuplements dans la vallée du Fraser. Dans cette région, la majeure partie des écosystèmes a été déboisée et transformée en terres agricoles ou en zones résidentielles et industrielles. Plus de 95 p. 100 du couvert végétal original est ainsi déjà perdu. L'empiètement des banlieues et des espèces invasives continue de menacer ce qui reste de cet habitat diversifié. Dans le lieu historique national du Canada Fort Rodd Hill, un espace de 54 hectares comprenant un grand écosystème à chênes de Garry, des plantes non indigènes introduites autrefois dans les jardins constituent maintenant plus de 40 p. 100 de la végétation, ce qui compromet sérieusement le maintien de l'intégrité écologique. Les thyméléacées, le genêt à balai et d'autres espèces invasives étouffent les plantes indigènes auxquelles ils disputent l'espace, la lumière, l'eau et les éléments nutritifs.

Forêt de chênes Garry
Forêt de chênes Garry
© Parcs Canada / M. Fairbarns / 2002

Les employés de Parcs Canada et des bénévoles ont conjugué leurs efforts pour enrayer cette marée. Depuis 2002, avec des fonds fournis par le Programme des espèces en péril de l'Agence, on a mis en œuvre un programme de lutte contre les espèces invasives à Fort Rodd Hill. Des membres de la population locale, des étudiants d'université et des scouts ont épaulé le personnel du parc pour couper, arracher et enlever les plantes invasives de l'endroit. Les employés et les bénévoles ont ainsi retiré 9,5 tonnes de ces plantes dans la seule année 2003. En 2004, les employés ont démantelé des bosquets impénétrables d'arbustes invasifs pour relier entre eux de magnifiques segments de l'habitat du chêne de Garry. On a clôturé un emplacement nouvellement dégagé de 1,3 hectare pour protéger de jeunes plants contre les lapins et les chevreuils. On fait pousser à Fort Rodd Hill, dans des serres, des graines de plantes indigènes, et l'on transplantera les jeunes plants dans l'endroit clôturé pour rétablir la couverture végétale originale.

Tout en remettant le lieu en état, Parcs Canada éduque la population et la sensibilise à ces rares écosystèmes. En 2004, l'Agence a érigé à Fort Rodd Hill un grand panneau d'interprétation en couleurs qui renseigne les visiteurs sur les écosystèmes à chênes de Garry. Il s'agit du premier panneau du genre installé dans un endroit essentiellement consacré à l'histoire militaire. On doit éviter que ces écosystèmes soient relégués à l'histoire : avec l'aide de Parcs Canada et de bénévoles dévoués à la cause, ils peuvent continuer à faire partie de notre présent et de notre passé.

Résultats


Bénévoles arrachant des espèces envahissantes
Bénévoles arrachant des espèces envahissantes
© Parcs Canada / C. Webb / 2004
  • Les employés du lieu historique et les botanistes de Garry Oak Ecosystems Recovery Team ont dressé un inventaire des espèces végétales de Fort Rodd Hill en 2002; ils en ont répertorié 336. Sept de ces espèces étaient rares et deux, en péril à l'échelle nationale.
     
  • La balsamorhize deltoïde avait été vue pour la dernière fois dans les années 1960, mais on l'a redécouverte à Fort Rodd Hill en 2002. On a recueilli des graines que l'on fait pousser en serre en vue de les transplanter ultérieurement, ce qui aidera cette espèce en voie de disparition à survivre.
     
  • À Fort Rodd Hill, les employés et les bénévoles poursuivent leur travail visant à supprimer les espèces invasives. En 2003, plus de 80 bénévoles ont fourni 543 heures de travail. À l'été 2004, environ 12,5 tonnes de plantes appartenant à des espèces invasives avaient été enlevées du lieu.
     
  • La réserve de parc national du Canada des Îles-Gulf a été créée en 2003, ce qui a aidé davantage à protéger les écosystèmes à chênes de Garry.