graphique de programme sur le dendroctone du pin
Tout sur le scolyte

L'amour chez les scolytes

Comment les mâles et les femelles dendroctones du pin s’y prennent-ils pour se retrouver dans une forêt de pins de plusieurs centaines de kilomètres carrés? Ils utilisent des signaux chimiques et sonores pour s’attirer l’un vers l’autre.

Un puissant parfum : ou comment les scolytes utilisent l’odeur pour attirer leur partenaire
Les scolytes possèdent un langage chimique sophistiqué qui leur permet de communiquer entre eux. Les produits chimiques utilisés sont connus sous le nom de phéromones. À partir de son arbre hôte, un dendroctone du pin peut émettre soit une phéromone « agrégative » qui attire les autres scolytes vers son arbre, soit une hormone anti-agrégative qui neutralise la phéromone agrégative et qui évite ainsi d’aboutir à une situation où un trop grand nombre de scolytes se retrouveraient sur le même arbre et y entreraient en compétition pour les ressources.

Quelle est la différence entre une hormone et une phéromone?
Les hormones sont des produits chimiques que le corps sécrète à l’intérieur de l’organisme tandis que les phéromones sont des produits chimiques que le corps excrète pour communiquer avec d’autres organismes.

Comment les scolytes utilisent-ils le son pour communiquer entre eux?
Les scolytes frottent certaines parties de leurs corps entre elles pour produire des sons. Les dendroctones du pin possèdent sur leur abdomen une sorte de « grattoir » qu’ils frottent contre une surface cannelée située sous leur élytre gauche pour émettre un son – une stridulation – qui est inaudible pour l’homme. Une fois la femelle scolyte parvenue sur un pin hôte adéquat, elle commence à striduler et à produire des phéromones agrégatives afin d’attirer d’autres scolytes célibataires, mâles et femelles. De nouvelles femelles arrivent et font de même tout en perçant leur tunnel dans l’arbre. Lorsque les mâles arrivent sur l’arbre, ils pénètrent dans les galeries percées par les femelles et commencent alors à striduler pour annoncer leur arrivée à ces dernières et pour avertir les autres mâles que la femelle présente dans la galerie qu’ils occupent est « prise ». À ce stade, la femelle arrête de produire des phéromones agrégatives et commence à produire des phéromones anti-agrégatives pour décourager la venue de scolytes supplémentaires.

grattoir
(A) Grattoir
© Malcolm M. Furniss
surface cannelée
(B) Surface cannelée
© Malcolm M. Furniss
Les scolytes du genre Dendroctonus, y compris le Dendroctone du pin, communiquent au moyen de sons qu’ils produisent en frottant une sorte de râpe (A) située sur leur abdomen contre une surface rugueuse (B) située sur la face interne de leurs élytres. Les sons aigus produits jouent un rôle dans la parade nuptiale. Cette photographie montre les organes engendrant cette stridulation chez une espèce voisine, le Dendroctone du Douglas.

Pourquoi les dendroctones du pin utilisent-ils des phéromones agrégatives?
Les phéromones agrégatives aident les scolytes à coordonner l’attaque simultanée d’un grand nombre d’individus sur un seul arbre hôte. Si une femelle scolyte attaquait seule un arbre sain, elle succomberait probablement aux mécanismes de défense de l’arbre qui l’emprisonnerait dans sa résine . Par contre, si un grand nombre de scolytes attaquent un arbre en même temps, en y déposant de plus le champignon du bleuissement, ils ont alors plus de chances de saturer le système de défense de l’arbre et de parvenir à se reproduire.

Y a de l’amour dans l’air : ou comment les microclimats affectent la communication entre les scolytes
Les scolytes utilisant des phéromones pour communiquer, leur communication est nécessairement affectée par le microclimat ou la micrométéorologie qui prédomine autour de l’arbre hôte. Ce microclimat varie en fonction de l’éloignement des autres pins, et plus précisément en fonction des variables suivantes :

  • Température et lumière : Plus espacés sont les arbres, plus grande est la quantité de lumière qui tombe sur l’espace qui les sépare et plus haute est la température du sol autour des arbres. Des études ont montré que les dendroctones du pin sont plus susceptibles de choisir et d’attaquer un arbre dans un environnement frais et ombragé, comme on en rencontre dans les boisés de pins typiques. Ils ont cependant tendance à rechercher des hôtes dans les boisés moins denses, plus éclairés et plus chaud. Plus longtemps les scolytes restent en l’air, plus ils ont de chances de se faire dévorer par un prédateur ou de ne disposer que d’une très faible réserve d’énergie lorsqu’ils finissent par se poser et coloniser un arbre.
     
  • Vent : Plus le boisé est espacé, plus le vent peut le balayer et ainsi perturber les messages chimiques que tentent de s’échanger les scolytes, en dispersant leurs phéromones. De plus, les dendroctones du pin volent plus lentement et ont plus de difficultés à garder leur cap lorsque le vent est fort.

Le microclimat peut non seulement être affecté par la densité des pins mais aussi par d’autres facteurs comme les tendances météorologiques (p. ex. un réchauffement général), la fumée des incendies, l’humidité du sol et d’autres plantes forestières.