Une interprétation : 1600-1975


UNE MAIN-D’OEUVRE ISSUE DES GROUPES ETHNOCULTURELS

La classe ouvrière canadienne devient de plus en plus diversifiée au cours des deux cents dernières années. Jusqu’en 1800, elle se compose surtout de travailleurs d’origines française et britannique (Anglais et Écossais) et de membres de minorités comme les Allemands et les Canadiens d'origine africaine. Après 1800, elle devient l'une de celles qui comptent le plus d’ethnies au monde, grâce à trois grandes vagues d’immigration, au début du XIXe siècle, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle et après 1945. Ces changements ont pour effet d’enrichir et de diversifier la classe ouvrière mais entraînent également des problèmes de syndicalisation et d’unification.

Le premier grand changement se fait sentir avec l’arrivée de nombreux immigrants irlandais entre 1820 et 1850. Fuyant une situation économique désastreuse dans leur pays d’origine,

Ouvrier chinois au Victoria Rice Mills, Victoria, C. B., v. 1889
Ouvrier chinois au Victoria Rice Mills, Victoria, C. B., v. 1889
© Bibliothèque et Archives Canada [BAC], PA-118156
bon nombre d’entre eux se font embaucher comme manoeuvres sur les quais et pour la réalisation d’ouvrages publics. Leur arrivée permet la construction de canaux, premiers ouvrages publics d’importance du XIXe siècle. Les Irlandais constituent un élément explosif dans les rangs des salariés : non syndiqués, ils ne craignent pas de s’élever contre l’autorité. Leur présence contribue également à la hiérarchisation des travailleurs fondée sur les compétences et l’ethnicité, où les travailleurs britanniques qualifiés occupent un échelon supérieur quant au revenu et au prestige, et les travailleurs irlandais non qualifiés, un échelon inférieur.

L’immigration se poursuit plus lentement après 1850 jusqu’au début d’une deuxième grande vague vers la fin du siècle. Dans les années 1880, les travailleurs chinois arrivent au Canada pour construire le chemin de fer du Canadien Pacifique. Puis, entre 1896 et 1913, plus de deux millions de personnes fuient la crise économique et sociale en Europe pour s’installer dans l’Ouest et dans les centres urbains du Canada.

Japonais soudant des boîtes de conserves une deuxième fois après la première cuisson à la conserverie Imperial Cannery de Steveston, C. B., 1913
Japonais soudant des boîtes de conserves une deuxième fois après la première cuisson à la conserverie Imperial Cannery de Steveston, C. B., 1913
© Vancouver Public Library, Special Collections, VPL 2088
Ces immigrants, qui contribuent à l’essor industriel du pays, sont un riche groupe hétérogène constitué non seulement de Britanniques, mais aussi de nouveaux venus du continent européen tels les Polonais, les Italiens, les Ukrainiens, les Slaves, les Hongrois, les Finlandais et de nombreux autres. Dans l’Ouest canadien nouvellement colonisé, ils constituent le gros de la classe ouvrière. Il en résulte un large éventail de traditions culturelles présentes dans les métropoles, Toronto et Montréal, et dans les villes et voisinages ouvriers de tout le pays, particulièrement dans les Prairies. La diversité des antécédents complique l’unification de la main-d’oeuvre. La langue et les traditions sociales séparent les groupes. Les types d’emplois et la rémunération les séparent également, les Britanniques occupant surtout les postes les mieux rémunérés. Certains groupes n’ont aucune expérience de la résistance organisée. D’autres, les Finlandais par exemple, ont de solides traditions de socialisme ouvrier qu’ils appliquent aux problèmes canadiens. Malgré ces divisions, les mineurs et d’autres ouvriers de villes à industrie unique se trouvent beaucoup de points communs et développent un fort sentiment de solidarité ouvrière et un grand militantisme.

À partir de 1945, une troisième vague d’immigration se fait sentir. Au départ, les nouveaux venus arrivent surtout d’Europe et on observe de forts contingents d’Italiens et d’autres habitants du sud de l’Europe. Après 1967, toutefois, avec l’élimination des restrictions

Japonaises, avec leurs bébés au dos, remplissant des boîtes de conserves de saumon à la conserverie Imperial Cannery de Steveston, C. B., 1913
Japonaises, avec leurs bébés au dos, remplissant des boîtes de conserves de saumon à la conserverie Imperial Cannery de Steveston, C. B., 1913
© Vancouver Public Library, Special Collections, VPL 2071
en matière d’immigration fondées sur l’ethnicité et la nationalité, les immigrants viennent de nombreuses autres régions du monde, notamment les Antilles, l’Inde, le Pakistan, la Chine et d’autres régions d’Asie et d’Afrique. Bon nombre de ces personnes joignent les rangs de la classe ouvrière. Dès 1961, un travailleur canadien sur cinq est né à l’extérieur du pays. Aujourd’hui, la classe ouvrière canadienne est devenue l’une de celles qui compte le plus d’ethnies au monde. Bien que la diversité des talents caractérise les nouveaux venus, les problèmes de hiérarchie ethnique fondée sur les revenus et le statut ne manquent pas de s’amplifier tout comme la difficulté d’unifier les divers groupes de travailleurs.


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