Une interprétation : 1600-1975


QUELQUES PERSONNES, LIEUX ET ÉVÉNEMENTS D’IMPORTANCE HISTORIQUE NATIONALE ASSOCIÉS À L’HISTOIRE DES TRAVAILLEURS CANADIENS

La Commission des lieux et monuments historiques du Canada a recommandé qu’un certain nombre de personnes, lieux et événements associés à des aspects particuliers de l’histoire des travailleurs soient désignés pour leur importance historique nationale. En voici quelques-uns.

PERSONNES

Sir William Ford Coaker (1871-1938)
M. Coaker se fait le défenseur des travailleurs de Terre-Neuve au début du XXe siècle. Il défend surtout les pêcheurs, les chasseurs de phoques et les bûcherons contre la domination économique des grands hommes d’affaires et commerçants de St. John’s. Certains de ses partisans sont des salariés et d’autres sont propriétaires de leurs propres moyens de production, notamment des bateaux de pêche, mais tous sont désavantagés dans un marché contrôlé par les commerçants. En 1908, M. Coaker crée la Fishermen’s Protective Union qui défend les intérêts des pêcheurs jusqu’en 1960. Il met aussi sur pied des commerces gérés par le syndicat, un parti politique, un journal et une communauté modèle à Port Union, où, dans les années 1920, les pêcheurs sont relativement indépendants des commerçants de St. John’s. M. Coaker se lance en politique pour poursuivre ses objectifs et siège au cabinet de la colonie de 1917 et à celui de 1919.

James Shaver Woodsworth (1874-1942)
Militant et ministre méthodiste, M. Woodsworth souhaite que le royaume de Dieu se réalise sur terre. Frappé d’horreur par le sort des occupants des taudis du secteur ouvrier

James Shaver Woodsworth
James Shaver Woodsworth
© Bibliothèque et Archives Canada [BAC], C-57365
de Winnipeg au début du XXe siècle, il devient un partisan énergique des syndicats, des négociations collectives et du socialisme démocratique. En 1919, il appuie la grève générale de Winnipeg, qui paralyse la ville; les ouvriers en grève demandent la reconnaissance de leurs droits à la négociation et l’amélioration de leur rémunération et de leurs conditions de travail. M. Woodsworth est accusé d’écrits diffamatoires séditieux après avoir fait paraître des articles critiquant l’arrestation des chefs syndicaux et l’agression des manifestants paisibles par les policiers. Grâce à sa notoriété, il est élu à la Chambre des communes en 1921 où il défend ouvriers, agriculteurs et socialistes jusqu’à sa mort. En 1933, il devient le premier chef de la Fédération du commonwealth coopératif, le précurseur du NPD, et l’un des tiers partis les plus efficaces de la politique fédérale du Canada.

LIEUX

Arrondissement historique de Port Union
Située sur la côte nord est de Terre Neuve, Port Union est la seule ville du Canada à avoir été créée par un syndicat. Des pêcheurs s'établissent dans cette ville fondée en 1916 par William Ford Coaker et la Fishermen's Protective Union afin d’arracher leur autonomie commerciale des mains des commerçants de St. John's et ainsi améliorer leur qualité de vie. La ville devient rapidement un centre commercial et industriel prospère doté d’installations comparables à celles de St. John's. Son plan initial et beaucoup de ses bâtiments sont demeurés intacts et témoignent du caractère innovateur de cette organisation communautaire dont le but était l’amélioration du sort des travailleurs et des travailleuses.

ÉVÉNEMENTS (ET PHÉNOMÈNES)

Ouvriers d'origine chinoise ayant bâti le chemin de fer du Canadien Pacifique
Les immigrants chinois jouent un rôle clé dans la construction du Canadien Pacifique, le « chemin de fer national » du Canada. Au début des années 1880, des milliers d’ouvriers arrivent de Chine afin de prendre part à la construction d’un chemin de fer dans les montagnes de la Colombie-Britannique. Environ les trois quarts des hommes affectés au tronçon reliant le Pacifique et Craigellachie en Colombie-Britannique sont des Chinois. Bien qu’ils soient d’excellents travailleurs, ils reçoivent un dollar par jour, soit la moitié de la rémunération des travailleurs blancs, en raison des comportements discriminatoires de l’époque. Des centaines meurent des suites de maladies ou d’accidents, parce que le travail est dangereux et les conditions de vie atroces. Certains restent au Canada à la fin des travaux et jettent les fondements de la communauté chinoise de la Colombie-Britannique.

Grève générale de Winnipeg
La grève générale de Winnipeg qui dure six semaines, en mai et juin 1919, constitue l'affrontement syndical le plus notoire de l'histoire du Canada. Cet événement pivot oppose la classe ouvrière de Winnipeg aux banquiers,

La foule tentant de renverser un tramway durant la grève générale de Winnipeg, 21 juin 1919
La foule tentant de renverser un tramway durant la grève générale de Winnipeg, 21 juin 1919
© Bibliothèque et Archives Canada [BAC], C-034024
hommes d’affaires et personnages influents de cette ville. Les grévistes paralysent la ville et prennent le contrôle des services essentiels. Cette grève vise au départ à appuyer les travailleurs des métiers de la construction et de la métallurgie en quête d’une rémunération et de conditions de vie meilleures, mais elle témoigne aussi des frustrations de l’ensemble de la classe ouvrière. Le mécontentement s’amplifie pendant la Première Guerre mondiale alors que le salaire des ouvriers accuse un retard certain par rapport au taux d’inflation et aux profits des entreprises. Dès la fin de la guerre, un vent de révolte souffle sur le Canada et sur d’autres pays où les travailleurs exigent une société plus juste. Au Canada, le One Big Union, en cours de formation, cherche à révolutionner l’état des choses par le biais d’arrêts de travail majeurs. Craignant que la grève de Winnipeg ne marque le début d’une insurrection, les administrations fédérale, provinciale et municipale décident de l’étouffer. Les policiers appréhendent les chefs de grève et assaillent les manifestants. Une nouvelle loi fédérale est adoptée pour faciliter les arrestations pour infraction séditieuse. En dépit du fait que la grève ait été réprimée, elle demeure un point tournant de l’histoire du mouvement ouvrier au Canada. Elle signale au Canada la montée du syndicalisme et la participation accrue des chefs syndicaux à la politique municipale, provinciale et fédérale.

La marche sur Ottawa
La marche sur Ottawa est un événement déterminant de la Grande Crise des années 1930, époque où une bonne partie de la classe ouvrière était sans emploi et indigente. En 1935, plus d’un millier de chômeurs en colère quittent les camps de secours fédéraux en Colombie-Britannique et se dirigent vers Ottawa à bord de wagons couverts pour exiger travail et salaire. À mesure que la marche progresse vers l’est,

Des protestataires en route vers Ottawa, lors de la marche sur Ottawa, en 1935
Des protestataires en route vers Ottawa, lors de la marche sur Ottawa, en 1935
© Bibliothèque et Archives Canada [BAC], C-029399
d’autres indigents grossissent les rangs des mécontents jusqu’à ce que le gouvernement fédéral s’en alarme. La manifestation prend fin à Regina lorsque les entreprises ferroviaires, à l’instigation du Premier ministre R.B. Bennett, interdisent l’accès aux trains. Sur les ordres de Bennett, la GRC appréhende les chefs, provoquant l’émeute de Regina au cours de laquelle un policier perd la vie. Le drame de la marche constitue un témoignage éloquent des frustrations des chômeurs et de l’échec de la politique fédérale consistant à confiner les hommes célibataires dans des camps afin de réprimer les révoltes. Cet incident incite plutôt le gouvernement fédéral à adopter une politique plus souple envers les travailleurs et à prévoir un « filet de sécurité sociale » pour les protéger en temps de crise.

Les porteurs noirs et leurs activités syndicales
Les porteurs des chemins de fer ont joué un rôle de premier plan dans la lutte des Noirs pour faire reconnaître leurs droits au Canada. Vers les années 1880, la plupart des porteurs sont des Canadiens d'origine africaine qui deviennent rapidement les chefs de leur communauté. Les porteurs sont toutefois exclus des autres catégories d’emploi et obligés de travailler dans des conditions difficiles. En 1918, ils commencent à s’organiser. Par le biais de leurs syndicats, comme l’Order of Sleeping Car Porters et la Fraternité des porteurs de wagons-dortoirs, ils luttent pour obtenir leur reconnaissance dans des mouvements syndicaux dominés par les Blancs et pour avoir un meilleur traitement de la part de leurs employeurs. Vers 1920, la Fraternité canadienne des employés des chemins de fer et autres transports cède aux pressions exercées par les porteurs et devient le premier syndicat canadien à accepter des Noirs. Après la Seconde Guerre mondiale, les porteurs font progresser la plus vaste campagne des droits de l’homme au Canada, notamment parce qu’ils réussissent à mettre fin à la discrimination en matière d’emploi dans les entreprises ferroviaires.

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