En juin 1996, le boulevard Saint-Laurent, à Montréal, aussi connu sous le nom de la « Main » fut désigné lieu historique national par le gouvernement du Canada commémorant ainsi ce lieu privilégié par les immigrants à leur arrivée à Montréal.
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Vue aérienne du boulevard Saint-Laurent
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© Aline Gubbay, 1989
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Selon les lignes directrices de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada, un arrondissement d'importance historique nationale consiste en « un groupe de bâtiments, de structures et d'espaces ouverts, présentant des liens exceptionnellement étroits avec des individus, des événements ou des thèmes d'importance historique nationale ». Cet ensemble « possède en outre une unité historique » ; les éléments discordants y sont rares et les caractéristiques historiques prédominent par rapport aux environs immédiats ». Le boulevard Saint-Laurent, appelé traditionnellement rue Saint-Laurent et, plus familièrement, la « Main », répond à ces critères. Sous le thème de l'histoire des communautés ethnoculturelles, le boulevard Saint-Laurent est un lieu merveilleusement associé à l'établissement et au développement de communautés ethnoculturelles, reflet microscopique de la société canadienne. Le boulevard Saint-Laurent est aussi un lieu fort ancien et d'une grande richesse historique, inséré dans une trame urbaine bien conservée et bien adaptée aux communautés ethnoculturelles. Comme le disent les auteurs des
Nuits de la « Main », André Bourassa et Jean-Marc Larue, le boulevard Saint-Laurent possède sa spécificité « avec ses odeurs et ses couleurs caractéristiques, sa fébrilité continuelle et sa population cosmopolite; avec, aussi, cette dimension un peu magique, un peu mystérieuse mais bien palpable, qui fascine ».
Cette magie et ce mystère ont inspiré un très grand nombre d'écrivains, de poètes et de cinéastes. Leur fascination trouve aussi son expression dans l'imaginaire collectif canadien. Pour bien des Canadiens, le boulevard Saint-Laurent, c'est la voie d'entrée de nombreux immigrants naturalisés ou de fraîche date, de Canadiens enfants d'immigrants et de leurs ancêtres ou de membres de leur famille. C'est aussi le monde décrit et popularisé par Mordecai Richler et Michel Tremblay, tous deux très connus à travers le Canada, le premier dépeignant dans
The Apprenticeship of Duddy Kravitz la vie quotidienne des Juifs sur la rue Saint-Laurent près de Fairmount, et le second immortalisant dans
Sainte-Carmen de la « Main » la vie des petites gens et du milieu des cabarets de la « Main ». C'est tout autant le monde où, sitôt quitté, l'on veut revenir, comme le dit la célèbre chanson de Sass Jordan, « Going
Back Again ».
Dans l'imaginaire collectif montréalais, le boulevard Saint-Laurent, c'est le couloir des immigrants, le tailleur juif ou italien, les restaurants chinois ou grecs, les multiples petits commerces de détail exotiques. C'est aussi le monde du spectacle, du théâtre des variétés aux clubs de nuit, du burlesque et du vaudeville au théâtre de répertoire ou d'avant-garde. C'est en outre les bars, les salles de billard, les restaurants, des lieux célèbres, comme la charcuterie Schwartz, où l'on vend le meilleur
smoked meat en ville, ou encore le
Montreal Pool Room, pour les meilleurs
hot dogs en ville. Le boulevard Saint-Laurent, c'est encore, selon les époques et les secteurs, le boulevard « dangereux » avec ses salles de jeux clandestines et ses spectacles de type érotique pour une clientèle des plus hétéroclite.
Dans l'imaginaire collectif des immigrants, le boulevard Saint-Laurent représente les compatriotes, le lieu de travail et les institutions communautaires qui leur sont familières. C'est aussi le cosmopolitisme, qui les séduit et les rassure.
Vous savez ici, sur la Main, il y a des gens de partout qui parlent espagnol. Il y a des Juifs de l'Amérique du Sud, des Philippins, des Indiens de Colombie, des Britanniques d'Argentine, des Cubains du Chili, toutes sortes de monde. J'ai un ami chinois qui a vécu presque toute sa vie en Bolivie. Il parle chinois avec l'accent espagnol et espagnol avec l'intonation chinoise. Il parle à peine anglais ou français.i. [Traduit par Parcs Canada]
Le boulevard Saint-Laurent, c'est encore un monde nouveau à découvrir, de nouvelles façons de vivre et de faire, comme l'exprime le commentaire observateur du journaliste du Keneder Odler, Israël Medresh :
Vendredi soir, les nouveaux arrivants avaient pris l'habitude de se promener le long des grands magasins. Les marchandises étalées dans les vitrines les impressionnaient fortement. Déambulant devant un commerce de vêtements ils examinaient avec une vive curiosité les complets exhibés... Dans l'Ancien Monde, même les hommes à l'aise ne portaient pas de complets aussi élégantsii.
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Le commencement du boulevard Saint- Laurent
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© Parcs Canada/ G. Fulton, 1996
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Ces imaginaires collectifs traduisent assez bien la réalité du boulevard Saint-Laurent, où paradoxes et antagonismes vivent en parfaite harmonie. La marginalité sur la « Main » n'est pas une affaire de mode, mais une façon d'être, qui s'exprime de trois manières différentes mais interdépendantes. Ainsi, le boulevard Saint-Laurent, c'est d'abord une artère commerciale : les petites boutiques d'artisans et de gens de métiers spécialisés des tout débuts, puis les entreprises commerciales et financières de la bourgeoisie laissant place peu à peu aux manufactures et aux petits et grands commerces de gros et de détail. C'est encore le lieu de la culture, du loisir et du divertissement, le lieu du showbusiness par excellence. Le boulevard Saint-Laurent, c'est enfin, au fil du temps, un important lieu pour les immigrants, qui s'y engouffrent et s'y déplacent au rythme du développement démographique et économique de l'artère.