La recherche archéologique subaquatique des navire perdus de Franklin : le lieu historique national du HMS Erebus et du HMS Terror

Histoires du Passage du Nord-Ouest

Franklin au cœur de l’actualité

Affiche historique Affiche historique
© Parcs Canada

L’intérêt que portent actuellement les Canadiens à la découverte des épaves des navires HMS Erebus et HMS Terror illustre bien toute la curiosité que suscite depuis longtemps le sort de l’expédition Franklin, lancée en 1845. Entre 1848 et 1854, plus de 30 expéditions participent aux efforts de recherche officiels dans l’Arctique, dont 12 expéditions d’importance en 1850. À l’époque, nombreux sont ceux qui se portent volontaires pour partir à la recherche des navires disparus, peut être par goût de l’aventure, mais sans doute aussi en raison de l’importante récompense offerte par l’Amirauté britannique et lady Jane Franklin pour la découverte de l’expédition perdue, et de la récompense supplémentaire offerte à quiconque parviendrait à découvrir le passage du Nord Ouest. Le grand public suit avec une profonde fascination l’évolution des recherches par l’entremise des journaux de la Grande Bretagne, de l’Amérique du Nord britannique, des États Unis et d’ailleurs.

Bien que le départ de Franklin et de ses deux navires n’est pas passé complètement inaperçu, ce n’est que lorsqu’on constate que l’expédition n’est pas rentrée à la date prévue que l’histoire a commencé à attirer l’attention et à susciter l’intérêt du public. À partir de 1848 et pendant plus de six années, le sort du commandant Franklin fait constamment la manchette des journaux des grandes villes canadiennes, notamment à Halifax, à Québec, à Montréal et à Toronto. Les journaux alimentent l’intérêt du public en publiant toute information liée de près ou de loin aux recherches. Dans les années qui suivent la disparition de l’expédition, on publie aux côtés des dernières nouvelles sur les efforts de recherche de vieilles lettres inédites rédigées par Franklin et d’autres membres d’équipage, dans lesquelles ces derniers relatent les diverses étapes de l’expédition. En avril 1857, la Quebec Gazette publie un extrait de la correspondance de Franklin intitulé « La dernière lettre de sir John Franklin ». La lettre, rédigée au Groenland et datée du 11 juillet 1845, décrit la mission chrétienne établie sur l’île Whale Fish, dans la baie de Disco. Deux semaines après avoir écrit la lettre à l’intention de sa sœur, Franklin profite d’une rencontre avec des chasseurs de baleines pour envoyer sa lettre à terre. Les chasseurs, qui ont croisé les navires HMS Erebus et HMS Terror près du Groenland, seraient les derniers Européens à avoir vu l’équipage de Franklin. Un extrait d’une lettre rédigée par le père Taché, un missionnaire canadien établi à l’île à la Crosse [hyperlien vers le lieu historique national de l’Île à la Crosse], un village aujourd’hui situé dans le Nord de la Saskatchewan, est publié par la Quebec Gazette en 1848. Dans sa lettre, le père raconte que les coups de canon qui s’étaient fait entendre dans le Nord du Canada pendant les hivers de 1846 et de 1847 représentaient en fait, selon lui, des signaux de détresse envoyés par les navires de l’expédition Franklin. Selon la Gazette, ces événements concordent avec le témoignage de groupes inuits qui affirment avoir entendu des coups de canon et vu deux « grands canots » dans le Nord au même moment.

Article du journal Dans une lettre envoyée au rédacteur en chef du London Times le 11 octobre 1851, C.R. Weld, membre de la Royal Society, une société savante consacrée à la découverte scientifique, présente des renseignements qui discréditent l’authenticité du ballon trouvé par Mme Russel dans son jardin.
© Parcs Canada
Image d'un message dans une bouteille Une des propositions présentées à l'Amirauté et visant à s'assurer que les messages dans les bouteilles provenaient effectivement de navires de la Marine royale, voulait qu'on fournisse des gravures sur cuivre pouvant être insérées dans les bouteilles jetées à la mer à destination de l'Angleterre. Chaque gravure serait propre à un navire, permettant à l'Amirauté d'identifier plus facilement sa provenance. (Source: « Letter from Major Bentham containing Suggestions for depositing Notices. »Arctic Papers, volume III, (Londres : George Edward Eyre et William Spottiswoode,1954).
© Parcs Canada

En Grande Bretagne, les rumeurs concernant le sort de l’expédition Franklin fusent de toute part. Les journaux reçoivent des tonnes de témoignages de personnes qui prétendent avoir eu une apparition de Franklin ou reçu une communication de sa part sous une forme ou une autre. Cependant, on se rend compte que la vaste majorité de ces témoignages ne représentent que des canulars. À titre d’exemple, le London Times rapporte en 1851 qu’une femme a vu un ballon de communication rempli de gaz s’écraser dans son jardin. À cette époque, il arrivait effectivement que le gouvernement lance des ballons auxquels on avait fixé de petites notes comprenant des messages que l’on désirait transmettre sur de longues distances. Le ballon en question comprenait une note sur laquelle figuraient apparemment les coordonnées de Franklin et de son équipage. Comme il était difficile de se procurer ces ballons, le message semblait crédible et les journaux se sont rapidement intéressés à l’affaire. Des journalistes ont interviewé la femme qui avait fait la découverte, Mme Russel, de même que son serviteur, Edward Edmunds. La question de l’authenticité du ballon a fait l’objet d’un débat dans une série de lettres envoyées au rédacteur en chef du journal [voir illustration] et l’affaire a continué d’attirer l’attention outre mer pendant un certain temps, jusqu’à ce que le gouvernement britannique lui enlève toute crédibilité en confirmant que ni l’expédition Franklin ni aucune expédition subséquente n’était équipée de ballons de communication. Dans une lettre envoyée au rédacteur en chef du London Times le 11 octobre 1851, C.R. Weld, membre de la Royal Society, une société savante consacrée à la découverte scientifique, présente des renseignements qui discréditent l’authenticité du ballon trouvé par Mme Russel dans son jardin.

De même, en septembre 1853, le Globe de Toronto rapporte qu’une femme a trouvé sur la côte irlandaise une bouteille dans laquelle était inséré un message. Ce message, supposément rédigé de la main même de Franklin, indiquait que le commandant était retenu prisonnier par des Autochtones sur une île de l’Arctique. Le journaliste qui s’intéresse à l’affaire prend soin de précéder son article de l’avertissement suivant : « Il s’agit fort probablement encore de l’un de ces canulars de mauvais goût ou faux témoignages qui ont si souvent été rendus publics dans l’affaire Franklin. » Il semble d’abord que les autorités admettent l’authenticité de la lettre et de son écriture, mais l’affaire n’a finalement pas de suite.

En plus des articles de journaux, les conférences publiques sur l’exploration de l’Arctique deviennent très populaires. Certaines de ces conférences sont organisées par des groupes comme la London Geographical Society, le Mechanics’ Institute de Toronto ou la Geographical and Statistical Society de New York, qui invitent différents scientifiques, philosophes et membres des équipes de recherche à s’exprimer devant le public. La Quebec Gazette rapporte en mars 1854 qu’un certain M. Harrington a présenté une théorie selon laquelle les deux pôles de la Terre représentaient « les deux parties du globe les plus chaudes », comme le prouvaient apparemment les aurores boréales [lien vers l’histoire sur la mer polaire]. M. Harrington assurait que sir John Franklin « se trouvait peut être dans un climat idéal, mais qu’il ne pouvait rentrer à bon port sans carburant et sans la possibilité de créer de la vapeur, étant donné qu’un fort vent souffle constamment vers le pôle Nord pour alimenter le gigantesque feu qui se trouve à cet endroit. » Les événements de ce genre sont courus dans les années qui suivent la disparition de Franklin, car le public aime écouter les marins, les chercheurs et les scientifiques qui rentrent de leur expédition de recherche et qui ne demandent qu’à présenter leurs théories sur le sort de l’expédition perdue.

Que ce soit par l’entremise de journaux ou de conférences publiques, l’expédition Franklin capte l’intérêt du grand public, qui est fasciné par le mystère de sa disparition, un mystère qui n’a d’ailleurs toujours pas été entièrement résolu à ce jour. Cet intérêt soutenu envers Franklin, ses hommes et ses navires se traduit dans la culture populaire actuelle, notamment dans des chansons comme « The Ballad of John Rae » de Tiller’s Folly et la célèbre pièce « Northwest Passage » de Stan Rogers, de même que dans de nombreux livres et articles qui continuent de paraître sur le sujet de nos jours. Tant de questions demeurent au sujet de cette page de l’histoire du Canada, mais certaines d’entres elles trouveront peut être une réponse à la suite de l’expédition entreprise cet été par Parcs Canada