La recherche archéologique subaquatique des navire perdus de Franklin : le lieu historique national du HMS Erebus et du HMS Terror

Histoires du Passage du Nord-Ouest

Les caches : police d’assurance de l’Arctique

Au cours de l’été 2010, une équipe d’archéologues de Parcs Canada a eu un aperçu de ce que devait être la vie dans l’Arctique à bord d’un navire au milieu du XIXe siècle lors de l’exploration du site d’une cache à la baie Mercy, sur l’île Banks, dans l’Extrême Arctique. La cache contenait des provisions laissées par le commandant Robert John McClure (promu plus tard capitaine, puis fait chevalier) et ses hommes affamés, qui ont dû abandonner leur navire prisonnier des glaces, le HMS Investigator, en 1853. D’autres provisions ont ensuite été ajoutées par le lieutenant Frederick Krabbé, qui a poursuivi le déchargement de l’Investigator au cours d’une brève visite, en 1854.

Les caches ne sont pas uniques à l’Arctique. Depuis des milliers d’années, des voyageurs de partout dans le monde laissent derrière eux des provisions pour le voyage de retour ou pour d’autres voyageurs qui passeront par le même chemin. Bon nombre des expéditions de recherche menées au XIXe siècle pour retrouver Franklin et son équipage ont laissé derrière elles des caches remplies de nourriture, de combustible, de vêtements et même de petits bateaux.

Dans l’Arctique canadien, les membres d’expéditions construisaient souvent, à côté d’une cache, un cairn constitué d’une petite tour ou d’un mât fait à partir de tonneaux, et les plaçaient de manière à ce que les navires de passage les repèrent facilement. Certains dépôts incluaient une structure, comme une maison en pierre ou une simple cabane en bois. De nombreux articles étaient entreposés à ces endroits, en particulier de la nourriture en conserve et du charbon pour le chauffage ou pour alimenter des appareils à vapeur. On y trouvait aussi couramment de la poudre noire et des balles de mousquets, des vêtements, des rivets et des clous ainsi que des bouteilles de vin ou d’alcool. Les caches jouaient un rôle majeur dans la sécurité des expéditions et subvenaient aux besoins en cas de problème. La cache de Fury Beach, par exemple, a permis de sauver d’une mort certaine l’expédition de John Ross en 1832. Après que leur navire, le Victory, se soit échoué, Ross et son équipage ont passé trois hivers sur la rive est de l’île Somerset. Ils ont finalement dû abandonner le Victory et se déplacer vers le nord jusqu’à Fury Beach, là où des provisions et de petits bateaux avaient été laissés par l’expédition de Parry. Les provisions que contenait cette cache ont permis à l’équipage de passer un quatrième hiver dans l’Arctique, avant d’être secouru le printemps suivant.

Le commandant McClure a laissé derrière lui deux caches pendant son expédition à la recherche de Franklin. En 1851, tandis qu’il était prisonnier des glaces dans le détroit du Prince de Galles, au sud de l’île Banks, il en a laissé une sur l’une des îles Princess Royal. Cette cache contenait « trois mois d’approvisionnements pour tout l’équipage », une assurance de survie dans l’éventualité où le navire serait broyé par les glaces. McClure destinait aussi cette cache aux survivants de l’expédition de Franklin, s’ils venaient à passer par là. Elle contenait une note implorant de n’utiliser les provisions qu’en situation d’extrême urgence.

La deuxième cache a été laissée à la baie Mercy, sur la côte est de l’île, lorsque le HMS Investigator s’est à nouveau retrouvé prisonnier des glaces. Après avoir été secouru par les hommes du HMS Resolute, qui passaient l’hiver tout juste à l’est de l’île Melville, l’équipage de l’Investigator a abandonné son navire, non sans avoir d’abord débarqué un grand nombre de provisions. Ce dépôt était marqué par un cairn en roche construit sur la pointe Providence, un peu plus au nord, que l’on pouvait apercevoir du détroit de Banks (aujourd’hui le détroit de M’Clure). Il contenait un message que le médecin de marine Alexander Armstrong décrit comme « un récit de notre séjour dans la baie et de l’abandon de notre navire ». Lorsque le lieutenant Krabbé du HMS Intrepid est retourné à l’endroit où avait été abandonné l’Investigator pour évaluer l’état du navire, en 1854, il a constaté que l’eau s’y était infiltrée et a décidé de descendre à terre une partie des provisions restantes. Il a pris soin d’inventorier le dépôt laissé sur la rive qui, à ce moment là, contenait une très grande quantité de matériel.

La cache de McClure dans le PN Aulavik La cache de McClure dans le PN Aulavik. Des douves de tonneaux sont dispersées à l’avant-plan et l’amas de charbon laissé par McClure se trouve du côté droit. À l’arrière-plan, on aperçoit l’hélicoptère de l’équipe et la tente du campement sur les rives de la baie Mercy.
© Parcs Canada

En 2010, les archéologues ont examiné les inventaires de McClure et de Krabbé et ont constaté que de nombreux articles avaient disparu. Comme dans de nombreuses autres caches de l’Arctique, les Inuits ont pris des articles pour leur usage personnel. Parmi les articles les plus précieux, il y avait les clous en fer et le cuivre de la petite embarcation de l’Investigator ainsi que les frettes des tonneaux de provision en bois. Les frettes étaient utilisées pour fabriquer des couteaux et d’autres outils, tandis que les clous étaient probablement utilisés comme forets, ou encore pour confectionner des hameçons et entailler du bois et des os. Des bouteilles en vitre ont aussi été prises, mais d’autres articles comme des semelles de bottes en cuir et des plombs de fusil ont été laissés derrière. Pendant au moins une génération, les matériaux du HMS Investigator sont restés très précieux aux yeux de bandes d’Inuits du cuivre, qui parcouraient de grandes distances pour en récupérer. Des articles provenant de la baie Mercy ont aussi été découverts à des centaines de kilomètres du site.

Les articles restés à la baie Mercy ont été inventoriés par l‘équipe de Parcs Canada en 2010, et aideront les chercheurs à en savoir plus sur les Inuits et sur les expéditions en Arctique entreprises par les Européens. Au cours de l’expédition archéologique de 2011, on espère en apprendre davantage sur la cache ainsi que sur le HMS Investigator et son équipage.