La recherche archéologique subaquatique des navire perdus de Franklin : le lieu historique national du HMS Erebus et du HMS Terror

Histoires du Passage du Nord-Ouest

La recherche de l’expédition de Franklin des années 1850

En 1847, la crainte que sir John Franklin et son expédition de 1845 vers le passage du Nord Ouest aient connu une fin tragique pousse la Grande Bretagne et les États Unis à déployer une série d’efforts de sauvetage, dont la mission de la Royal Navy qui, en janvier 1850, envoie deux navires, placés sous le commandement du capitaine Richard Collinson : le HMS Enterprise, piloté par Collinson lui même, et le HMS Investigator, avec 66 hommes à son bord, confié au commandant Robert John LeMesurier McClure. Leur mission consistait à chercher Franklin en passant par l’ouest, ce qui signifie qu’ils devaient tout d’abord contourner l’Amérique du Sud avant d’atteindre les côtes de l’Alaska. Les deux navires traversent ainsi l’Atlantique jusqu’au détroit de Magellan, où ils se séparent.

Après une escale à Hawaii pour s’y ravitailler, McClure approche la région ouest de l’Arctique par le détroit de Béring et, en continuant vers le nord, parvient à ce qu’il appelle la « terre de Baring ». Mais à mesure qu’il en longe les littoraux sud et est dans le détroit du Prince-de-Galles, il se rend compte que ce sont en fait les littoraux des « terres de Banks », relevées lors de l’expédition de sir Edward Parry, qui avait atteint l’île Melville en 1819. Lorsque McClure aperçoit la silhouette de l’île Melville, au nord, il se rend compte qu’il s’agit de la dernière étape vers le fameux passage du Nord Ouest.

Toutefois, avant de pouvoir être le premier à franchir triomphalement le passage, l’Investigator est freiné par des glaces impénétrables et doit hiverner dans le détroit du Prince-de-Galles parmi les glaces dérivantes. Une fois le navire libéré des glaces, le capitaine McClure tente de franchir le passage de nouveau, cette fois en contournant l’île Banks vers la route par le Nord Ouest. Cependant, l’Investigator se retrouve à nouveau prisonnier des glaces, et tandis qu’il vogue sur un chenal libre près des côtes et que le soir tombe sur un ciel brumeux, le navire s’enfonce malencontreusement au fond d’une grande baie, sur le versant nord de l’île Banks. Voulant éviter d’hiverner à nouveau en eaux libres, McClure décide de profiter de la protection qu’offre la baie et d’y passer l’hiver au lieu de pousser plus avant. Il baptise cette baie la « baie Mercy » (grâce), en raison du refuge qu’elle offrait contre les forces destructrices de la banquise.

Le premier hiver dans la baie Mercy se déroule dans un confort relatif. Une expédition en traîneau traverse le détroit de Banks (maintenant appelé détroit de McClure), jusqu’à l’île Melville à plus de 260 kilomètres et, au printemps 1852, laisse un message au rocher Parry, dans le havre Winter. L’été de 1852 ne suffit pas à faire céder les glaces; la situation devient de plus en plus alarmante pour l’équipage. Affamés et pleurant une première victime du scorbut, les marins de l’Investigator sont secourus en traîneau, en avril 1853, par l’équipage du HMS Resolute, un autre navire de la Royal Navy, qui avait trouvé le message laissé au rocher Parry. Deux autres hommes succombent avant que McClure ne donne l’ordre d’abandonner le navire. Le capitaine demande à ses hommes de débarquer des vivres sur le rivage avant d’évacuer les lieux en franchissant les glaces jusqu’à l’île Melville.

Ce n’est qu’en 1854 que McClure et son équipage rentrent finalement en Angleterre, après un quatrième hiver dans les glaces de l’Arctique, cette fois en compagnie de l’équipage du Resolute. Les hommes avaient été transportés par traîneau jusqu’à l’île Beechey, où ils montèrent à bord d’un autre navire qui les ramena à la maison, en septembre 1854. McClure et ses hommes furent les premiers à faire le tour de l’Amérique du Nord en navire et purent ainsi toucher les dix mille livres (environ un million de dollars aujourd’hui) versées par l’Amirauté pour avoir trouvé le passage du Nord Ouest, et ce, même si une partie du trajet avait été effectuée en traîneau. Au printemps 1854, avant que McClure et son équipage ne rentrent en Angleterre, le lieutenant Frederick Krabbé, qui hivernait aussi à l’île Melville, navigua jusqu’à la baie Mercy pour évaluer l’état du HMS Investigator. Constatant que le navire s’en allait lentement par le fond, il récupéra le plus de vivres possible.

Peu de temps après le retour en Angleterre de McClure et de ses hommes, en 1854, les vestiges de l’expédition de McClure abandonnés à la baie Mercy sont découverts par des groupes d’Inuits du cuivre se rendant à l’île Banks. Au cours des années qui suivront, les Inuits se rendront annuellement à la baie Mercy pour récupérer le métal et le bois de la cache, et peut être même utiliser des matériaux de l’Investigator lui même.

Malgré l’importance de l’Investigator sur le plan de l’exploration polaire européenne et de l’histoire culturelle des Inuits, jusqu’à tout récemment, on en savait peu sur les points de débarquement de l’expédition ou sur la dernière position du navire. Des archéologues commencèrent à visiter les points de débarquement au cours des années 1950, mais l’éloignement de la baie Mercy les empêcha de mener des recherches approfondies et de cartographier les éléments caractéristiques des lieux. À la fin des années 1990, Parcs Canada établit un programme de surveillance pour ce qu’il restait de la cache, mais ce programme était fondé sur de brèves visites et ne portait que sur les caractéristiques les plus visibles. Jusqu’à sa découverte, l’été dernier, aucun Européen n’avait vu le navire depuis 1854.