La recherche archéologique subaquatique des navire perdus de Franklin : le lieu historique national du HMS Erebus et du HMS Terror

Expédition dans le détroit de Victoria

Cet été, un nombre sans précédent d'organismes des secteurs public, privé et sans but lucratif collaboreront pour mener une série de projets de recherche complémentaires dans l'Arctique canadien. La recherche d'artefacts provenant de l'Expédition de 1845 conduite par Sir John Franklin suscitera certainement l'intérêt du grand public. Toutefois, ce qui représentera peut-être la plus grande valeur dans l'ensemble de ce projet, ce sera la mine d'information scientifique importante qui sera recueillie dans la région la plus éloignée du Canada. En travaillant ensemble et en déployant les plus récentes technologies, les partenaires approfondiront notre compréhension de l'Arctique, et du travail dans l'Arctique, d'une manière économique, efficace et productive. Le projet apportera également des avantages concrets aux collectivités du Nord.

Depuis plus de 150 ans, les expéditions envoyées dans l'Arctique canadien dans le but d'en apprendre plus sur le sort subi par l'expédition Franklin ont permis d'accroître nos connaissances de l'un des environnements les plus éloignés et les plus impitoyables au monde. L'Expédition de 2014 dans le détroit de Victoria est la plus ambitieuse réalisée jusqu'à maintenant, alors qu'un plus grand nombre de partenaires et de technologies complexes seront réunis dans le but d'essayer d'atteindre un certain nombre d'objectifs stratégiques. L'utilisation de plateformes multiples est susceptible d'accroître de façon considérable la superficie de fond marin cartographiée au cours de l'été. Si les conditions des glaces et atmosphériques le permettent, l'équipe pourrait dépasser de beaucoup la superficie de plancher océanique balayée et cartographiée par les expéditions précédentes.

Quatre navires serviront de plateformes principales, le navire de la Garde côtière canadienne Sir Wilfrid Laurier, le NCSM Kingston de la Marine royale canadienne, le navire de recherche Martin Bergmann de l'Arctic Research Foundation et le One Ocean Voyager de One Ocean Expeditions. De plus, d'autres navires (deux embarcations canadiennes pour relevés hydrographiques, le CSL Kinglett et CSL Gannet, et le navire de recherche Investigator de Parcs Canada), ainsi que des véhicules sous-marins autonomes et téléguidés, seront utilisés. Ensemble, ces plateformes, ces navires et ces véhicules permettront aux équipes de déployer un sonar multifaisceaux à haute résolution et un sonar à balayage latéral dans un effort orchestré avec soin afin de procéder à des relevés et de cartographier le fond marin tout en recherchant des preuves de la présence des navires perdus de Franklin.

Quatre thèmes généraux expriment efficacement l'Expédition de 2014 dans le détroit de Victoria.

1) Histoire du Canada

L'exploration du Nord est aussi importante et pertinente aujourd'hui qu'elle ne l'était lorsque Franklin a pris la mer en 1845.

Afin de soutenir l'honneur de la Couronne britannique, la mission de Franklin consistait à découvrir un passage navigable vers l'Ouest en passant par les eaux inconnues de l'Arctique et à le cartographier. Même s'il a fallu attendre encore plusieurs décennies avant que le Canada ne devienne un pays, le courage et l'esprit d'aventure de Franklin et de son équipage ont continué de stimuler l'imagination de gens partout dans le monde. Le voyage a également contribué à établir la réputation précoce du Canada en tant que terre nordique et sauvage : un paysage accidenté de glace et de froid, et habités par des personnes intrépides et aventureuses. Les dossiers historiques et les preuves archéologiques révèlent d'autres renseignements sur les premières relations entre les explorateurs anglais, les Inuits et les Autochtones.

Tandis que les technologies et les techniques de survie se sont perfectionnées au fil du temps, l'Arctique canadien reste un milieu difficile et une région relativement inconnue. Un plus grand nombre de navires parcourent la région qu'auparavant, malgré le manque de relevés hydrographiques et de cartes marines au-delà des principaux couloirs de navigation. Le passage du Nord-Ouest reste séduisant pour les compagnies de navigation, car il offre une route plus courte entre l'Europe et l'Extrême-Orient que celles actuellement utilisées. En septembre 2013, un navire de 225 mètres, renforcé pour la navigation dans les glaces, a été le premier vraquier à emprunter le passage du Nord-Ouest à des fins commerciales. Toutefois, la plupart des eaux arctiques sur lesquelles a navigué Franklin n'ont pas encore fait l'objet de levés et n'ont pas été cartographiées. L'augmentation de la circulation maritime confirme l'importance d'avoir des relevés hydrographiques et des cartes marines modernes afin de réduire le risque d'échouages, de pertes de vie ou de dommages à l'environnement.

Le Nord promet de jouer un rôle encore plus important dans l'histoire du Canada au cours des prochaines décennies. La demande internationale de ressources, combinée aux nouvelles technologies qui rendent l'exploitation responsable de ces ressources plus réalisable que jamais, continue d'attirer l'attention des investisseurs du monde entier. Les habitants du Nord, y compris les peuples autochtones, qui composent la majorité de la population de deux des trois territoires, ont un plus grand mot à dire dans ces projets qu'ils ne l'avaient auparavant, et ce, en raison d'une série d'accords de transfert d'attribution et de revendications territoriales. Et dans le cadre de sa Stratégie pour le Nord, le gouvernement du Canada continue d'exercer la souveraineté du Canada sur l'Arctique et fait des investissements ciblés dans le développement social et économique, y compris des projets en vue de construire une station de recherche permanente dans l'Arctique ainsi qu'un port en eaux profondes.

L'expédition dans le détroit de Victoria parle du passé et de l'avenir du Nord, et met les deux éléments en perspective. La récupération d'artefacts de l'expédition Franklin jette une nouvelle lumière sur la recherche du passage du Nord-Ouest, sur l'environnement de l'Arctique et sur les premiers contacts entre les Inuits et les Européens. Au cours de l'Expédition de 2014, l'équipe archéologique du Nunavut procédera à la réinhumation de restes humains et effectuera des relevés et des analyses supplémentaires des sites.

La Société géographique royale du Canada (SGRC) jouera un rôle de premier plan pour créer des liens entre le projet du détroit de Victoria et la population canadienne et les passionnés de géographie à travers le monde. En tant que centre d'exploration du Canada et de principal promoteur de la littératie géographique au pays, la SGRC informera et éduquera la population canadienne au sujet de l'expédition de cette année, sur la façon dont le projet crée de nouvelle possibilités de résoudre ce grand mystère canadien, et sur comment les recherches pour trouver les navires perdus de Franklin ont eu un impact sur notre patrimoine et notre histoire du Nord communs.

Pour atteindre cet objectif, la SGRC créera et administrera un site Web riche et interactif où se trouveront des cartes, des renseignements sur tous les partenaires et les défis logistiques, le journal de bord du capitaine et bien d'autres choses encore. La SGRC tirera également profit de ses propriétés médiatiques, y compris le magazine Canadian Geographic et Géographica, pour aider à tracer le trajet de l'expédition et partager les résultats avec son important lectorat. De plus, par l'entremise de son programme national d'éducation, CG Éducation, la SGRC tirera profit de son réseau de plus de 11 000 enseignants, en concevant du matériel éducatif en trois langues (français, anglais et Inuktitut) et des activités portant sur l'expédition, l'histoire de la recherche des navires de Franklin et sur l'histoire, plus étendue, de l'Arctique canadien, afin qu'il soit partagé dans les classes d'un océan à l'autre.

Avec l'appui solide de ses partenaires, notamment la W. Garfield Weston Foundation, One Ocean Expeditions, Shell Canada et l'Arctic Research Foundation, la SGRC concevra et distribuera un programme éducatif amélioré aux écoles canadiennes, afin que les enseignants et les élèves puissent développer une base de connaissances et un engagement renforcés envers l'Arctique et la façon dont il a façonné l'histoire du Canada.

2) Sûreté et sécurité

Région vaste et éloignée au rude climat, l'Arctique canadien est dangereux et fragile. La capacité de naviguer sur ces eaux est essentielle sur les plans de la sûreté et de la sécurité, et le projet de cet été contribuera à l'atteinte de cet objectif. Les données hydrographiques et sur le fond marin recueillies au cours de l'été par le Service hydrographique du Canada (SHC, qui fait partie de Pêches et Océans Canada) élargiront de façon considérable nos connaissances des dangers maritimes et contribueront à maintenir et à élargir les voies navigables. Le SHC utilisera les données pour créer et publier des cartes de navigation dont les navigateurs ont besoin pour naviguer sur les eaux de l'Arctique de la manière la plus sécuritaire possible.

Chaque année, les brise-glaces de la Garde côtière canadienne, y compris le navire de la Garde côtière canadienne Sir Wilfrid Laurier, naviguent sur les eaux de l'Arctique afin d'assurer l'entretien des aides maritimes à la navigation (balises, bouées et autres appareils) et d'escorter les navires commerciaux et les autres navires lorsqu'ils font appel à eux. Les navires de la Garde côtière canadienne offrent des services de déglaçage et de gestion des glaces, maintiennent des chenaux de navigation commerciale, appuient la recherche et le sauvetage en milieu marin, et dirigent ou surveillent les interventions en cas de pollution.

Plusieurs navires, y compris le NCSM Kingston et le navire de la Garde côtière canadienne Sir Wilfrid Laurier, patrouillent les eaux de l'Arctique une partie de l'été. Ces sorties en mer, ainsi que les exercices et les opérations militaires régulières, contribuent à étendre la capacité du Canada à protéger le Nord et à y patrouiller.

3) Recherche et technologie dans l'Arctique

La recherche dans l'Arctique

Généreux promoteur de la recherche scientifique dans le Nord, la W. Garfield Weston Foundation est un précieux partenaire du projet mené dans le détroit de Victoria. Élément déclencheur pour la participation de ce partenariat dans la recherche de cet été, la fondation collaborera avec la Société géographique royale canadienne afin d'appuyer la recherche de première ligne, et de créer et de distribuer du matériel éducatif qui apportera des récits sur le Nord canadien aux élèves de l'ensemble du pays. Au cours des dernières années, la fondation a contribué à combler les lacunes sur le plan de la recherche axée sur la découverte dans le Nord et est maintenant, au Canada, l'un des plus grands promoteurs privés de la recherche sur le Nord. La fondation remet de prestigieux prix et des bourses aux scientifiques canadiens et permet aux stations de recherche du Nord d'offrir un soutien essentiel à la recherche opérationnelle.

La technologie

Le Canada continue de démontrer son innovation et de concevoir des outils, des techniques et la capacité nécessaires pour recueillir, interpréter et appliquer le savoir à propos de l'Arctique.

Recherche et développement pour la défense Canada (RDDC), un organisme du ministère de la Défense nationale, participe à certaines des nouvelles technologies qui seront utilisées dans l'expédition de cette année. L'Arctic Explorer, par exemple, est un véhicule sous-marin autonome fabriqué par l'International Submarine Engineering Ltd de Port Coquitlam, en Colombie-Britannique. Il est équipé d'un sonar à ouverture synthétique à grande résolution, fabriqué par Kraken Sonar Systems Inc., de St. John's, à Terre-Neuve et Labrador, et d'un système de radioralliement acoustique fabriqué par Omnitech Incorporated, de Dartmouth, en Nouvelle‑Écosse. Cette nouvelle technologie s'ajoute aux réalisations du Canada dans les domaines de la glaciologie, du mouvement des glaces et de la navigation. Cette année, RDDC effectuera une série d'expériences sur le rendement des technologies d'imagerie sonar dans l'eau à des températures extrêmement basses.

Plusieurs autres organismes appuieront le projet mené dans le détroit de Victoria en offrant les données scientifiques nécessaires. Le célèbre satellite RADARSAT-2 de l'Agence spatiale canadienne fournira l'imagerie par satellite des régions, ce qui permettra à un autre partenaire, le Service canadien des glaces, d'analyser le type, l'étendue et le mouvement de la glace de mer. L'Agence spatiale canadienne fournira également d'autres données et analyses par satellite, y compris l'imagerie optique du littoral non cartographié.

4) Appuyer les collectivités du Nord

La collaboration avec les collectivités du Nord est une autre facette importante du projet mené dans le détroit de Victoria. Bon nombre des partenaires travailleront avec les collectivités du Nord afin de répondre à leurs besoins locaux.

Certains partenaires contribueront directement. Par exemple, l'Arctic Research Foundation (ARF) procède actuellement à la construction et à l'équipement d'un studio d'artistes spécialisé à Cambridge Bay. Chaque année, la fondation hiverne son navire à Cambridge Bay, ce qui lui permet d'être l'un des premiers à pouvoir se rendre dans les autres collectivités de l'Arctique lorsque la glace commence à se briser. Au cours des dernières années, l'ARF a aidé les Inuits à procéder à l'extraction et au transport de la saponite locale, la substance de prédilection de nombreux sculpteurs.

Cette année, l'Arctic Research Foundation appuiera également un projet de recherche dirigé par l'Université Queen's visant à étudier la faisabilité d'une pêcherie commerciale exploitée par les Inuits et basée à Gjoa Haven. Le projet, connu sous le nom de programme de pêche exploratoire du golfe Reine-Maud, promet de produire de nouvelles connaissances sur les poissons de la région ainsi que sur l'incidence des pratiques actuelles de la pêche de subsistance et la pêche commerciale éventuelle.

Une autre composante curieuse du projet mené dans le détroit de Victoria implique l'organisme One Ocean Expeditions. Voyagiste privé canadien fondé en 2007, One Ocean offre plusieurs croisières dans l'Arctique chaque été sur un bateau scientifique européen loué. One Ocean remplace l'équipement scientifique par des canots pneumatiques (Zodiac) et des kayaks, embauche des scientifiques, des éducateurs et des guides expérimentés, y compris des stagiaires du Nunavut Arctic College, et amène des groupes pouvant atteindre jusqu'à 95 passagers pour un voyage unique dans le Nord. Les voyages se font d'un point à un autre, les passagers sont amenés dans des collectivités comportant des pistes d'atterrissage, comme Resolute Bay, puis transportés par traversier jusqu'au navire. Les excursions de One Ocean font de nombreux arrêts et génèrent des revenus importants pour les collectivités locales.

Pour le projet mené dans le détroit de Victoria, One Ocean servira de plateforme pendant dix jours et appuiera les opérations du bateau de plongée et du véhicule sous-marin autonome de Parcs Canada, ainsi que du véhicule sous-marin autonome de RDDC et des autres équipements et équipages.