Expéditions de Parcs Canada dans l'Arctique 2011

Site paléoesquimau

Découverte de nouveaux vestiges dans un site archéologique

Couteau de quartz datant vraisemblablement du Paléoesquimau. Couteau de quartz datant vraisemblablement du Paléoesquimau.
© Parcs Canada / E. Eastaugh, UWO

Le 21 juillet 2010, une équipe de Parcs Canada amorçait un voyage de reconnaissance archéologique de 10 jours au parc national Aulavik en vue de localiser l’épave du HMS Investigator et de documenter et cartographier les sites terrestres associés à l’expédition du capitaine Robert McClure. Les archéologues connaissaient l’existence d’un site inuit thuléen au sud de la cache de McClure et y avaient prévu une courte visite, bien que cela ne faisait pas partie des objectifs premiers de leur voyage. Ils ne s’attendaient toutefois pas à y faire de nouvelles trouvailles archéologiques importantes qui amélioreraient considérablement notre compréhension de l’histoire humaine dans cette région de l’Arctique canadien.

Amoncellement de pierres, faisant possiblement partie d’un ensemble de cercles de tente; élément consigné par H. Cary, Parcs Canada. Amoncellement de pierres, faisant possiblement partie d’un ensemble de cercles de tente; élément consigné par H. Cary, Parcs Canada.
© Parcs Canada / E. Eastaugh, UWO

Le site archéologique en question a été découvert en 1997 par Yvonne Rowland, de Parcs Canada, puis sommairement étudié la même année par Stephen Savauge, dans le cadre d’un inventaire des sites du parc national Aulavik. Faute de temps, on n’avait alors pu consigner que des observations initiales sommaires, mais la présence d’os de baleine avait amené M. Savauge à conclure qu’il s’agissait d’un site ayant été occupé par les Thuléens, ancêtres immédiats des Inuits. M. Savauge avait notamment remarqué les vestiges de deux maisons et plusieurs amoncellements de blocs rocheux, dont les Thuléens se servaient pour cacher de la viande.

Lorsque des archéologues de Parcs Canada et de l’Université Western Ontario se sont rendus sur les lieux pour y jeter un second regard, le 28 juillet 2010, ils y ont non seulement retrouvé les maisons et les caches de pierre, mais y ont également découvert de nombreux autres vestiges non répertoriés lors de la première visite, par exemple des outils de pierre, des accumulations d’éclats de pierre produits par la fabrication d’outils, des ossements de mammifères marins et terrestres et des bois de caribou sculptés. Ils ont aussi observé des pierres disposées en cercles et marquant probablement l’emplacement d’anciennes tentes dont la structure aurait été fabriquée avec des côtes de baleines. Le travail effectué par les archéologues, quoique relativement limité, laisse entrevoir un potentiel extraordinaire en vue de fouilles futures. Le site est décidément plus vaste et plus complexe et a été fréquenté plus longtemps que ce qui avait été estimé au départ.

Grosse cache de pierres probablement construite par des Inuits. On aperçoit à l’horizon la plateforme Gryfalcon Bluff – silhouette caractéristique de la baie Mercy. Grosse cache de pierres probablement construite par des Inuit. On aperçoit à l’horizon la plateforme Gryfalcon Bluff – silhouette caractéristique de la baie Mercy.
© Parcs Canada / H. Cary

Par exemple, les résultats de la datation au carbone 14 réalisée sur les quelques échantillons d’os de mammifères terrestres que l’équipe a ramenés au laboratoire se sont révélés passablement surprenants. Il s’avère que tous les échantillons datent de bien avant l’époque thuléenne, le plus vieux remontant à 700 ans avant J. C. Cela signifie que le site aurait été occupé vers le milieu du Paléoesquimau, soit durant la période où des humains se sont installés pour la première fois dans l’archipel Arctique, après avoir migré de la Sibérie et de l’Alaska. Il s’agit du premier site paléoesquimau découvert dans cette région et témoignant de l’utilisation d’os de baleine, alors des recherches plus approfondies s’imposent. Les Inuits thuléens, quant à eux, qui ont fréquenté le site plus tard, étaient de grands chasseurs de baleine, et ont d’ailleurs laissé des traces de leurs activités ailleurs sur le site. Pour cette année, l’objectif sera de cartographier et de photographier tous les éléments en détail, puis d’utiliser les données recueillies pour amorcer la distinction des éléments appartenant à l’une ou l’autre des périodes.

Ce site paléoesquimau se trouve à environ 10 km au sud de l’épave du HMS Investigator, sur les rives de la baie Mercy, et constitue probablement l’un des sites archéologiques les plus riches du parc national Aulavik. Il pourrait notamment nous livrer des renseignements précieux sur le mode de vie des premiers habitants de l’Arctique canadien.