Expéditions 2010 dans l'Arctique

Notes prises sur le terrain

Mise à jour : Projet de redécouverte du HMS Investigator

août 2010

Henry Cary
unité de gestion de l'Arctique Ouest
Parcs Canada

Le projet a commencé le 19 juillet. Ce jour-là, nous avons quitté Inuvik à bord de deux avions Twin Otter remplis d'équipement et de carburant pour nous rendre à Polar Bear Cabin, dans la partie nord de l'île Banks. En dépit du brouillard et de la pluie verglaçante, les deux avions ont atterri de façon sécuritaire sur cette bande de terre éloignée. Aidé de Blake Bartzen (Service canadien de la faune) et de Chris Hunter (Parcs Canada), j'ai déchargé l'équipement en prévision du départ pour la baie Mercy le 22 juillet. Heureusement, ce jour-là, le ciel à Inuvik et sur l'île Banks était dégagé, et il faisait chaud; nous n'avons donc eu aucun problème à atterrir à Polar Bear Cabin avec toute l'équipe d'archéologie. Là, nous avons été accueillis par Brian Healey, le pilote de l'entreprise Canadian Helicopters qui a effectué des vols d'une durée de dix heures trente minutes pour nous transporter, ainsi que notre équipe et de l'eau fraîche, jusqu'à la baie Mercy.

Nous avons passé la plus grande partie de la première journée à établir le camp à la baie Mercy, mais, le jour suivant, nous avons pu utiliser la plage de temps prévue pour utiliser un hélicoptère pour prendre des photographies aériennes des dépôts. Avant le vol, nous avons établi un certain nombre de points de repère terrestres qui serviront de points de référence pour la création d'une mosaïque de photos de l'ensemble du site. Brian était également disponible le jour suivant, et John Lucas, Edward Eastaugh, Letitia Pokiak et moi-même avons survolé le fond de la baie Mercy, où se trouve un site autochtone riche en artéfacts, découvert en 1996. La première fois que nous avons vu le site à partir des airs, nous avions l'impression que la plus grande partie du site consistait en un affleurement naturel composé de gros rochers, mais dès que nous nous y sommes rendus à pied, nous avons vu de grandes habitations et caches, entourées d'os blanchis d'animaux, notamment d'oies, de caribous, de bœufs musqués et même de phoques et de baleines. En examinant l'endroit attentivement, nous avons trouvé une collection impressionnante d'outillage lithique, comme un racleur, des fragments de pointe de projectile et un grand « biface » en quartzite qui était utilisé comme couteau ou pointe de lance. Tous les outils témoignaient d'un grand savoir-faire, même s'ils étaient faits de quartzite, une pierre difficile à tailler en outils. Nous nous sommes ensuite rendus en avion jusqu'à l'île Mottley, où des cartes dressées par des membres de l'équipage du HMS Investigator indiquaient la présence de « restes esquimaux ». Nous avons parcouru l'île en entier à pied, mais les seuls signes de présence humaine que nous avons trouvés sur cette île étaient des fragments de bois dispersés que des Inuits du cuivre avaient probablement récupérés de l'Investigator. Peu après notre retour au camp, l'équipe d'archéologie subaquatique nous a annoncé qu'elle avait trouvé l'Investigator debout et en bon état, non loin de la rive. Après seulement trois jours, le projet donnait déjà de bons résultats.

Henry Cary enregistre des données sur les débris de charbon de la cache du Capitaine McClure
Henry Cary enregistre des données sur les débris de charbon de la cache du Capitaine McClure
© Parcs Canada

Afin de ne pas être en reste, l'équipe d'archéologie terrestre, composée de John, de Joe, de Mervin, de Letitia et de moi-même, décide de participer à l'étude géophysique, menée par Edward Eastaugh. Après avoir passé deux jours à effectuer des levés de la partie nord du dépôt, Ed repère trois anomalies dans les résultats, toutes de la même taille et orientées d'est en ouest. Nous nous sommes rendus jusqu'aux anomalies à pied et avons constaté qu'il s'agissait de trois monticules bas où se trouvent fort probablement les tombes des trois matelots morts sur l'Investigator en 1853. Appliquer des principes de géophysique dans une région aussi septentrionale représentait un risque, mais la technologie a rapidement fait ses preuves en nous permettant de découvrir des caractéristiques qui avaient échappé aux visiteurs de cet endroit depuis le début du XXe siècle. Nous avons aussi pu tirer profit de la nouvelle traduction que le Dr Hans Rollmann (Université Memorial) a faite d'un journal abandonné par le traducteur inuit de l'Investigator, Johann Miertsching. Dans la traduction anglaise originale, Miertsching mentionne que les marins ont été enterrés « sur la rive ». Par contre, dans sa traduction, Rollmann rend cette même expression par « sur la terre », ce qui explique l'étendue de la zone couverte dans le levé géophysique d'Ed.

Pendant que ces travaux étaient en cours, l'équipe d'archéologie terrestre s'affairait à cartographier les découvertes au sol faites au dépôt, un exercice qui nous a permis de faire des découvertes étonnantes. Au lieu d'être constitués de douves de tonneaux dispersées sur une vaste étendue, les vestiges du dépôt étaient regroupés en cinq domaines d'activités différents. Près de la plage se trouvaient presque exclusivement les vestiges de petits bateaux qui avaient tous été démantelés par les Inuits du cuivre qui en récupéraient les clous, alors que le reste du site était jonché d'artéfacts dont on avait jamais remarqué la présence auparavant. Fins observateurs, Mervin Joe, Joe Kudlak, John Lucas, Jonathan Moore et Letitia Pokiak ont relevé des dépôts de chevrotines, d'amorces à percussions en cuivre, de boutons et même un fragment de la coque du bateau qui avait été estampillé d'un code alphabétique indiquant l'endroit où le bateau avait été construit. Avant que tous les artéfacts soient recueillis aux fins de conservation et de réalisation d'études supplémentaires, l'équipe les a photographiés et a effectué des levés à l'aide d'un instrument précis de télémétrie laser appelé Total Station. Cet instrument permet de créer un fichier numérique qui contient tous les emplacements d'artéfact, ainsi que des levés topographiques, et qui peut être manié de manière à créer une carte numérique tridimensionnelle du site.

Nous avons finalement terminé d'effectuer le levé des derniers artéfacts à 12 h 30, le 2 août. Durant les deux derniers jours, nos travaux étaient constamment interrompus par des coups de vent violents, une pluie battante et de hautes vagues qui menaçaient de faire tomber nos tentes et de les remplir d'eau de mer. Le 3 août, malgré un ciel nuageux et un peu de neige, la visibilité et le plafond étaient suffisamment bons pour que Brian puisse se rendre à la baie Mercy et pour que nous puissions entreprendre notre vol de retour vers Polar Bear Cabin. Il faisait également mauvais temps à Polar Bear Cabin, et l'arrivée du Twin Otter, qui devait venir nous chercher, en provenance de Inuvik, a été reportée au lendemain. Quand l'avion a finalement quitté Polar Bear Cabin, nous étions encore enveloppés de brouillard, ce qui a forcé les pilotes à voler plus près du sol et à ne pas effectuer un atterrissage nécessaire au ravitaillement en carburant à Sachs Harbour. Heureusement, le ciel était dégagé à Uluhaktok, sur l'île Victoria, et nous avons pu y atterrir pour effectuer le ravitaillement en carburant avant de poursuivre notre vol vers Inuvik. Il aura fallu trois jours avant que le Twin Otter puisse se rendre à Polar Bear Cabin pour ramasser l'équipement que nous y avions laissé.