Expéditions 2010 dans l'Arctique

La quête de 1850 pour les navires Franklin

Groupe de traîneaux quittant le HMS Investigator
Groupe de traîneaux quittant le HMS Investigator dans la baie Mercy, le 15 avril 1853.
Bibliothèque et Archives Canada, no d'acc 1970-188-1945 Collection de Canadiana W.H. Coverdale Parks

En 1847, on craignait que Sir John Franklin et son expédition de 1845 vers le passage du Nord-Ouest aient connu une fin tragique; c'est pourquoi la Grande-Bretagne et les États-Unis avaient déclenché de multiples efforts de sauvetage. Parmi ces missions, on note celle de la Marine royale en janvier 1850, qui rassemblait le capitaine de la Marine royale Robert John LeMesurier McClure et son bâtiment de 66 hommes, le HMS Investigator, avec le capitaine Richard Collinson du HMS Enterprise.

La première découverte de McClure a été la « terre de Baring », mais à mesure qu'il longeait son littoral sud et est par le détroit de Prince-de-Galles, McClure s'est vite rendu compte que ces rivages faisaient partie des « terres de Banks » qu'avait notées l'expédition Parry de 1819-1820. Lorsque McClure a finalement aperçu la silhouette de l'île Melville au nord, il a réalisé qu'il apercevait le dernier chaînon du passage du Nord-Ouest. Toutefois, avant qu'il puisse être le premier à naviguer le passage, le HMS Investigator a été pris dans les glaces impénétrables et forcé ainsi à passer l'hiver dans les eaux du détroit de Prince-de-Galles. Une fois libéré, McClure abandonna à peu de choses près la recherche du Franklin mais tenta de traverser de nouveau le passage. Le HMS Investigator fut de nouveau confronté aux glaces. Par conséquent, espérant trouver un lieu sûr pour ancrer son bateau à l'approche de l'hiver, McClure dirigea son bateau dans une grande baie vers le littoral nord de l'île de Banks. Dans un élan d'optimisme, McClure baptisa les environs « Bay of Mercy », que l'on peut traduire librement par « baie de la clémence ».

Capitaine Robert J Le Messier McClure
Capitaine Robert J Le Messier McClure
Bibliothèque et Archives Canada/ R9266-1040 Collection de Canadiana Peter Winkworth

Les conditions de survie dans la baie Mercy sont relativement confortables, jusqu'à l'été 1852, où les glaces persistent. La situation de l'équipage devient alors critique jusqu'au printemps de 1853. Le scorbut touche plusieurs membres de l'équipage, trois en sont décédés qui sont inhumés sur l'île, et les rations de nourriture manquaient. Avant de se décider à abandonner le navire, McClure fait transférer du matériel du bateau sur la terre ferme, il entreprend ensuite d'évacuer l'équipage sur la glace vers le HMS Resolute. Après le retour du capitaine McClure et de l'équipage en Angleterre, le HMS Investigator et ses provisions sont découvertes par des groupes Inuits dits du cuivre qui voyagent vers l'île Banks pour y chasser et pêcher. Dans les années suivantes, des Inuit de l'île Victoria font des visites annuelles au site de la baie Mercy pour récupérer le métal et le bois entreposé dans la cache; ils pourraient avoir utilisé du matériel provenant directement du HMS Investigator.

Malgré l'importance du HMS Investigator dans l'histoire européenne des expéditions arctiques et dans l'histoire culturelle inuite, on connaît très peu de choses sur les sites terrestres associés à l'expédition, ou sur la position finale du navire. Depuis les années 1980, des archéologues ont visité des sites terrestres, mais la situation éloignée de la baie Mercy avait jusqu'alors empêché la conduite d'études approfondies et de faire des relevés des caractéristiques du site. Dans les années 1990, Parcs Canada a établi un programme de surveillance pour préserver ce qu'il reste de la cache, mais ce programme s'appuyait sur les visites rapides et ne s'attardait qu'aux éléments les plus visibles. Quant à l'épave, on n'avait pas pu confirmer sa présence depuis les récits de Krabbé, datant de mai 1854.