 Ortona, Italie, 30 décembre 1943. © Bibliothèque et Archives Canada, Terry F. Rowe, PA-114032 |
L'une des images qui viennent à l'esprit quand on pense aux Canadiens pendant la Seconde Guerre mondiale est celle de soldats célébrant Noël dans une église bombardée dans la ville d'Ortona, sur la côte adriatique de l'Italie. Le 25 décembre 1943, par petits groupes, les soldats rampèrent derrière les lignes sur quelques centaines de mètres jusqu'à l'église Santa Maria di Constantinopoli, dans les faubourgs de la ville. Là, ils eurent droit à un dîner de Noël complet, tandis que l'un d'eux jouait des airs de Noël à l'orgue. Après le repas, les soldats reprirent la tuerie. En 1998, durant la période de Noël, un groupe d'anciens combattants canadiens devait recréer ce tableau bizarre à l'endroit même où il s'était déroulé. Cependant, à la différence de ce qui s'était passé 55 ans plus tôt, aucun combat n'eut lieu. À la place, d'anciens soldats allemands vinrent partager le repas de leurs ennemis d'autrefois.
La marche vers Ortona avait été ardue. Après avoir pris d'assaut la partie continentale de l'Italie à Reggio di Calabria, le 3 septembre 1943, les Canadiens membres des forces alliées avaient entrepris leur longue marche vers le nord à travers un terrain accidenté, facile à défendre. Pendant trois mois, ils avaient répété l'expérience sicilienne - de petites unités lancées à la poursuite des Allemands en terrain montagneux tandis que ceux-ci battaient en retraite vers le nord en pratiquant la tactique de la terre brûlée.
Les Canadiens prirent la tête de l'avance alliée le long de la côte adriatique en décembre. Leur objectif était Pescara et la route principale menant à Rome. Toutefois, entre eux et cet objectif se trouvaient plusieurs vallées fluviales profondes que les pluies d'automne et la présence de troupes allemandes retranchées dans les ravins et à Ortona rendaient presque infranchissables.
La bataille d'Ortona est devenue une légende dans l'histoire militaire du Canada. Elle s'est déroulée en trois actes. Dans le premier, fantassins et chars d'assaut ont établi une tête de pont sur le Moro, à quelques kilomètres au sud d'Ortona. Dans le deuxième, qui a duré toute une semaine, ils ont traversé un plateau et un second ravin profond. Dans le dernier, de petits groupes de soldats ont nettoyé Ortona, piazza par piazza, rue par rue, maison par maison, jusqu'à ce les Allemands se retirent deux jours après Noël.
Autres liens:
Le commandant de la 1re Division canadienne d'infanterie, le major-général Christopher Vokes, dira plus tard que les batailles précédentes avaient été un jeu d'enfant en comparaison. Une marche censée prendre une journée s'était transformée en un cauchemar de trois semaines. Dans la brume et la confusion, surgissaient parfois des occasions de sortir de l'impasse que les dures réalités du combat rendaient insaisissables. Un à un, les hommes sombrèrent dans un abîme d'obscurité, de froid, de pluie, de boue et d'épuisement total.
La Croix de Victoria décernée au capitaine Paul Triquet du Royal 22e Régiment pour son courage personnel témoigne éloquemment des exploits collectifs de tous ceux qui ont souffert et enduré. Les Canadiens ont payé un prix élevé. Plus de 2 000 d'entre eux furent tués, blessés ou portés disparus et 1 600 autres furent hospitalisés pour cause de maladie.
Si la bataille d'Ortona est mémorable pour le Canada, ce n'est pas tellement à cause de son importance militaire, mais parce que son souvenir rend hommage aux hommes qui y ont pris part et aux femmes qui se sont portées volontaires pour les soigner malgré les obus. L'âpreté des combats ne fut rachetée que par le courage et l'endurance de ces Canadiens ordinaires qui ont accompli des choses extraordinaires lorsque le hasard en a fait pendant quelque temps des soldats.