Secrétariat des affaires autochtones (SAA)

Travailler Ensemble : Nos Histoires

Meilleures pratiques et leçons retenues en engagement autochtone

Message de Stewart King, aîné de la Première nation Wasauksing et membre du Comité consultatif autochtone de Parcs Canada

Stewart King (Aka Zhengos, Megizi odoodem) Première nation Wasauksing Membre du Comité consultatif autochtone de Parcs Canada Parry Sound, Ontario Stewart King (Aka Zhengos, Megizi odoodem) Première nation Wasauksing Membre du Comité consultatif autochtone de Parcs Canada Parry Sound, Ontario
© Parcs Canada / Kaitlin King

Le long d’un nouveau tronçon d’autoroute, des graffitis récents masquent, endommagent et défigurent les rochers et les falaises qui font écran. Les eaux vertes et limpides de la baie Georgienne, que l’on pouvait boire autrefois sans crainte, sont accompagnées aujourd’hui d’une affiche qui nous met en garde et nous interdit même de le faire. Malgré tout, cette eau est toujours pompée dans d’imposants systèmes de transmission, au service de l’industrie et d’une population en augmentation constante. À plus forte raison, il est de plus en plus évident qu’une véritable réflexion concernant l’utilisation de l’eau et la protection des ressources naturelles et foncières qui restent s’impose de nos jours en Amérique du Nord.

L’Île-de-la-Tortue, baptisée ainsi par les premiers habitants de cette contrée, est considérée comme un lieu sacré, un sanctuaire et un endroit de recueillement par tous ceux et celles qui vivent en étroite communion avec la nature. Le récit de nos origines mentionne le lien qui nous unit à cette terre, au monde végétal et à tous les êtres vivants qui s’y trouvent. Dès le départ, nous avons su qu’il fallait prendre soin de tout ce qui nous avait été confié, et qu’en retour, « l’univers » pourrait subvenir à nos besoins notre vie durant. Notre peuple pouvait communiquer avec tous les êtres vivants, sur le plan physique et spirituel, dans une langue bien spécifique.

Les frontières naturelles de l’Île-de-la-Tortue ont été établies et planifiées soigneusement par le Créateur, comme vous pourrez le constater en prenant conscience des différentes communautés et cultures autochtones autour de vous. Ce lien de fusion que celles-ci ont avec la terre demeure inchangé depuis plus d’un millénaire, car il n’y a pas d’autre endroit au monde où elles voudraient habiter. La chasse et la pêche font partie intégrante de leur mode de vie, les plantes médicinales qu’elles ont su apprivoiser depuis des temps immémoriaux remplacent la médecine traditionnelle et les hôpitaux. La faculté de compréhension, la sagesse et l’apprentissage transmis par les Aînés leur ont permis de traverser les époques et nombre de situations difficiles. Les innombrables rivières, ruisseaux et lacs ont été d’un précieux secours à bien des égards, et à maintes reprises.

Sept régions distinctes, chacune témoin du patrimoine linguistique de nos peuples, peuvent servir à définir, et délimiter, le point de vue qu’ont les peuples autochtones en ce qui a trait à la terre. Il s’agit des régions arctiques, des montagnes, des régions côtières d’eau salée, des vastes plaines, des terres humides, des régions des grands lacs et des forêts, et des régions désertiques. Les frontières artificielles que l’on retrouve sur les cartes géographiques de nos jours n’ont aucune résonance dans nos cultures, de même que les noms, les étiquettes et les titres que l’on associe à l’Île-de-la-Tortue et à ses premiers habitants.

Le quotidien dans les régions arctiques impose des changements particuliers en ce qui a trait au régime alimentaire et à l’apprentissage de l’autonomie fonctionnelle de nos frères qui vivent dans ces contrées. Nous sommes béats d’admiration devant la beauté naturelle des nombreuses espèces d’oiseaux, du magnifique ours polaire, des narvals et des bélugas qui nagent dans les eaux turquoise. Des eaux douces, glacées et limpides, à l’abri des déchets organiques qui envahissent les rivages rocheux. Nous avons beaucoup d’admiration pour les habiletés de chasse des habitants des régions chaudes et désertiques, sans armes à feu; la culture de melons et d’agrumes depuis des générations dans des lieux où l’on prétend maintenant que cela est impossible. Le printemps au début mars est synonyme de beauté et de renouveau, sous un ciel clair d’un bleu vif, les sables chauds du désert, un soleil ardent et le parfum des fleurs de cactus transporté par la brise légère.

Témoins des hauteurs enivrantes des sommets montagneux enneigés et des glaciers rocheux sur lesquels le temps n’a pas d’emprise, des moutons à longues cornes, des ours et des antilopes se nourrissent à même les collines gazonnées baignées de soleil et balayées par le vent. Nous avons aussi beaucoup d’admiration pour les habiletés en matière de pêche et de navigation des communautés des régions côtières d’eau salée; des embarcations dont la conception a été adaptée aux conditions de navigation imprévisibles et parfois dangereuses; des connaissances essentielles relatives aux marées, aux vagues, aux courants marins et aux retours de vague souvent imprévisibles, à l’état de la glace et aux prédateurs sous-marins; ces chasseurs à l’affût du bison et du caribou qui connaissent à fond les méandres du territoire, autant que les plantes médicinales qu’on peut y trouver. Nous restons bouche bée devant les magnifiques aurores boréales, un phénomène spectaculaire.

Nous avons vu les marécages verts débordant d’algues, les terres humides remplies d’alligators, de serpents et de moustiques, et nous savons qu’il serait impossible d’y vivre, nous des régions des grands lacs. La région des grands lacs et des forêts vit au rythme des quatre saisons; le temps des récoltes et de la cueillette, le moment de l’année où nous nous tournons vers le Créateur pour le remercier de cette abondance. N’oublions pas les vastes plaines et les ornières laissées par les convois de chariots sur ce territoire que nos frères et sœurs Métis ont adopté. Des trous à canon ont été creusés dans le sable en guise de fortifications. Des mitrailleuses d’une autre époque ont craché quantité de balles enfouies dans les entrailles de vieux bâtiments. Témoins du passé qui a marqué ce territoire auquel nous devons faire écho.

Si nous nous proclamons les gardiens de cette terre que nous prétendons aimer par-dessus tout, il est indispensable de connaître et de mettre en pratique notre culture, notre histoire, notre langue et nos valeurs traditionnelles. L’héritage des Aînés ne doit pas être pris à la légère, au contraire, nous devons lui accorder l’importance qui lui revient. Ceux et celles qui ont une connaissance approfondie de notre peuple et de notre territoire doivent être respectés et faire partie intégrante de nos vies. Faisons appel à nos jeunes dont l’espoir, la vitalité et la vision contemporaine nous permettront d’aller de l’avant grâce à nos efforts communs.

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