Au moyen d'une méthode d'identification génétique appelée « Barcode of Life » (code à barres de la vie), des chercheurs effectuent un inventaire de la diversité des insectes dans les parcs nationaux.

Les visiteurs des parcs nationaux du Canada font souvent tout ce qu’ils peuvent pour entrevoir la « mégafaune charismatique » comme les baleines, les wapitis, les caribous et les bisons. Et ils font également tout ce qu’ils peuvent pour éviter la minifaune qui s’active près du sol — coléoptères, fourmis, mouches, araignées, guêpes, acariens, et ainsi de suite.

Mais ces créatures ont une grande vertu pour les scientifiques : elles sont très nombreuses et donc faciles à échantillonner. Et, collectivement, elles peuvent nous dire beaucoup au sujet de l'état de l'écosystème.

« Il est difficile de se faire une idée de la biodiversité à partir de la mégafaune », dit Stephen McCanny, gestionnaire, Surveillance et information en matière d’écologie, auprès de Parcs Canada. « Mais les insectes peuvent réellement nous donner une idée de la richesse de nos parcs. »

Cette richesse est familière à n'importe quel campeur. « Lorsque vous dressez une tente », observe M. McCanny, « les insectes arrivent. » Et, essentiellement, cela résume la méthode utilisée pour cet inventaire majeur de Parcs Canada. Les employés, les volontaires et les scientifiques installent des pièges à insectes de marque Malaise — de simples structures semblables à des tentes, inventées par le biologiste suédois René Malaise — dans 43 des 46 parcs nationaux du Canada.

Le programme Malaise des parcs nationaux canadiens, comme il a été appelé, était une collaboration entre Parcs Canada et le Centre for Biodiversity Genomics de Guelph.

« Pouvez vous recueillir des insectes pour nous? »

Les employés Parcs Canada Terry Kalluk et Maryse Mahy avec un piège Malaise au park national Sirmilik au Nunavut.

Le programme, qui a duré de 2012 à 2014, a permis d'échantillonner la diversité des insectes dans tous les habitats à l'échelle du pays. Pour compléter le piège Malaise, les participants à l'inventaire ont utilisé divers autres pièges simples — comme des récipients remplis d'eau savonneuse.

Comme dit M. McCanny, la directive donnée aux participants à l'inventaire était très explicite : « Pouvez vous recueillir des insectes pour nous? »

Et des insectes, ils en ont trouvés. À la fin du programme, les volontaires, les scientifiques et les employés de Parcs Canada avaient recueilli plus de 725 000 spécimens.

Mais attraper des insectes était seulement la première étape. Les chercheurs devaient ensuite les classer en espèces distinctes, ce qui n'est pas facile, compte tenu de l'énorme embranchement diversifié des Arthropodes (auquel les insectes appartiennent). C'est là où le Centre for Biodiversity Genomics de Guelph est entré en jeu. Le Centre se spécialise dans une méthode très précise d'identification génétique des insectes, appelée le « Barcode of Life » (code à barres de la vie.

Mise au point par le scientifique Paul Hébert, de l'Université de Guelph, cette méthode se concentre sur une certaine section d'un gène spécimen qui, comme le code à barres sur les produits des magasins, a une séquence pour chaque espèce. Les chercheurs peuvent ensuite entrer la séquence dans une base de données afin d'identifier l'espèce.

Après avoir analysé l'ADN des insectes des parcs du Canada, les chercheurs ont découvert certaines tendances très intéressantes.

Savez-vous?

Dans certains parcs, dit M. McCanny, la richesse des espèces était comparable à celle des tropiques. Le Parc national des Mille Îles de l'Ontario, par exemple, avait 3 795 types d'arthropodes — le nombre le plus élevé de tous les parcs.

Les écosystèmes qui ont davantage d'espèces sont mieux en mesure de réagir aux chocs et aux perturbations comme ceux qui sont causés par le changement climatique.

Un piège Malaise pour attraper des insectes (photo: Guelph Centre for Biodiversity Genomics)

Comme on pourrait s'y attendre, les parcs qui étaient proches les uns des autres avaient une composition d'espèces semblable. Gros Morne et Terra Nova, par exemple — qui sont situés à une distance de 301 kilomètres l'un par rapport à l'autre à Terre Neuve — avaient 938 types d'arthropodes en commun. Il s'agissait de la proportion d'espèces communes la plus élevée pour n'importe quels deux parcs.

Mais il y avait des exceptions intéressantes à cette règle de similarité géographique. La Réserve de parc national de l'Île de Sable, une barre de sable située à environ 300 kilomètres au large de Halifax, avait le plus grand nombre d'espèces d'insectes en commun avec le Parc national Wood Buffalo, qui chevauche la frontière entre l'Alberta et les Territoires du Nord Ouest.

M. McCanny croit que ce résultat étonnant peut être attribuable à des conditions environnementales similaires dans les deux parcs — un habitat sablonneux ouvert, par exemple.

Il a bon espoir que l'inventaire — à la fois rentable et exhaustif — sera répété à l'avenir, afin de raffiner notre sens de la biodiversité du Canada. « Pour moi, c'est là quelque chose que n'importe quel parc peut faire », dit il.

Il s'agit d'un ajout puissant à la série d'outils de surveillance que Parcs Canada utilise pour évaluer la santé de nos aires protégées.