Le scientifique Marlow Pellatt de Parcs Canada et son équipe étudient la capacité de la zostère et des marais salés à absorber le dioxyde de carbone, l’un des principaux gaz à effet de serre.


Dr. Marlow Pellatt avec deux étudiants diplômés Stephen Chastain et Victoria Postlethwaite

Lorsque l’on se promène dans ce parc côtier, notre regard est constamment aimanté par le ciel et l’horizon pour admirer les aigles qui planent, les imposantes épinettes de Sitka ou encore cet immense océan scintillant.

Mais pour le moment, Marlow Pellatt n’a d’yeux que pour la boue et la zostère qui sont à ses pieds.

M. Pellatt, un écologiste côtier pour Parcs Canada, étudie les herbiers de zostère et les marais salés de la réserve du parc. Ces écosystèmes aquatiques peu profonds possèdent une propriété exceptionnelle : ils peuvent absorber le dioxyde de carbone, l’un des principaux gaz à effet de serre à l’origine du changement climatique.

Saviez-vous que?

Les scientifiques estiment que ces écosystèmes peuvent retenir 3 à 5 fois plus de carbone que les forêts (les « puits de carbone » traditionnels).

La matière végétale stocke le carbone alors que les écosystèmes aquatiques le séquestrent dans les sédiments. Selon une estimation récente, un simple hectare de marais salés peut contenir la quantité de carbone émise par 488 voitures en une année.

Non seulement ces écosystèmes sont capables d’extraire le gaz carbonique de l’air, mais ils le conservent aussi durablement sous terre en toute sécurité, pendant une durée supérieure à celle des forêts matures.

« Un marais salé est capable d’accumuler des sédiments pendant des milliers d’années, et il semblerait que la zostère aussi » explique M. Pellatt.

Cartographie des habitats côtiers marins

Un effort international

Les recherches de M. Pellatt s’inscrivent dans un effort international de recherche et de préservation de ces régions côtières. La Commission de coopération environnementale supervise une initiative commune sur le « carbone bleu » (le carbone stocké dans les écosystèmes marins) entre le Canada, les États-Unis et le Mexique.

Stephen Chastain et Aimee McGowen, deux étudiants diplômés, prélèvent des échantillons d’algues dans la baie Grice de la réserve de parc national Pacific Rim.

Cette initiative s’intéresse aux marais salés, aux marécages côtiers, aux algues (dont la zostère) et aux mangroves.

L’une des tâches de M. Pellatt consiste à déterminer si les écosystèmes de la côte nord peuvent absorber autant de carbone que la zostère et les marais à mangrove de la zone sud. « Nous voulons vérifier si les chiffres corroborent les estimations réalisées dans les régions tropicales », déclare-t-il.

Il a établi son secteur de recherche dans la baie Grice, à l’intérieur du parc, un lieu idéal selon lui : « les vagues ne viennent pas balayer le terrain ». La première étape consiste à cartographier la zone à l’aide de drones, d’appareils photographiques sous-marins et d’un système de localisation GPS. Dans le cadre de cette première étape, il faut également effectuer des prélèvements d’échantillon (en plongeant un tube dans le sédiment et la matière végétale pour en extraire un échantillon).

La deuxième étape se déroule dans le laboratoire, où l’équipe de M. Pellat brûle à haute température les échantillons prélevés et s’appuie sur l’analyse élémentaire pour mesurer le carbone présent dans les sédiments. Ils ont recours à des techniques de datation isotopique pour déterminer la quantité de carbone stockée dans ces échantillons au fil du temps.

Les chercheurs utilisent ensuite les données cartographiques pour estimer la quantité de gaz carbonique stockée dans l’ensemble du secteur.

Le travail qu’effectue M. Pellat est une raison supplémentaire de préserver ces habitats côtiers marins.

Si nous parvenons à évaluer la quantité de gaz carbonique qui est relâchée dans l’air lorsque la capacité de stockage des écosystèmes est atteinte, nous devrons probablement nous comporter avec plus de prudence.

M. Pellatt, écologiste côtier
Parcs Canada


M. Pellatt, écologiste côtier

Ces écosystèmes permettent non seulement d’améliorer l’intégrité écologique du parc, mais ils jouent également un rôle clé pour affronter le changement climatique. « Si en plus de nos découvertes nous pouvions trouver une solution pour stocker le carbone, tout le monde y gagnerait », ajoute M. Pellatt.