Découvert en 1924 à l’archipel de Mingan par le frère Marie-Victorin, le chardon de Mingan ou chardon écailleux est une espèce menacée au Québec en vertu de la
Loi sur les espèces menacées ou vulnérables. Le chardon de Mingan se trouve au Québec dans la région de la réserve de parc national de l’Archipel-de-Mingan ainsi que dans une zone restreinte à l’extrême sud de l’Alberta et de la Colombie-Britannique.

L’espèce est étudiée à la réserve de parc depuis 1995 et les projections démographiques confirment sa précarité. Des mesures de rétablissement sont en place depuis 2001 afin d’augmenter le nombre de plantes dans les colonies les plus précaires et des efforts d’éducation du public ont été réalisés.

Protéger une espèce est un travail d’équipe et la collaboration de tous les utilisateurs du parc est essentielle à la réussite du projet

Qu’est-ce que le chardon de Mingan?

Chaque été, entre 2 et 23 plantes seulement produisent des fleurs. En 2005, il y en avait seulement six dans tout le parc.
Chardon de Mingan

Le chardon de Mingan (Cirsium scariosum), aussi nommé chardon écailleux, est une plante rare faisant partie de la famille des astéracées.

Il est difficile à distinguer des autres espèces jusqu’à ce qu’il fleurisse, car il demeure plusieurs années sous forme de rosette au niveau du sol. Il grandit généralement d’un été à l’autre et atteint un diamètre variant de 0,7 à 111 cm. Entre l’âge de 4 et 19 ans, le chardon de Mingan fleurit une seule fois vers la mi-juillet et meurt. À ce stade, il possède une tige (entre 2,6 et 99,5 cm de haut) terminée par un groupe de capitules de couleur pourpre pâle à rosé.

Chaque « fleur » est en réalité un capitule composé d’une multitude de petites fleurs.

Une fois matures, les graines surmontées de leurs aigrettes tombent près du plant. Les graines constituent leur seul mode de reproduction.

Où vit le chardon de Mingan?

Petite rosette de chardon écailleux et son étiquette d’identification. (l’étiquette mesure environ 8cm). Chardon de Mingan avec étiquette d’identification.

L’hypothèse la plus probable pour expliquer la répartition géographique du chardon écailleux est qu’il serait un vestige de la flore de l’Ouest s’étant établie dans la région à la suite de la dernière glaciation.

Au Québec, le chardon de Mingan se trouve uniquement dans la région de la réserve de parc national de l’Archipel-de-Mingan où il croît principalement le long du littoral de quatre des îles de la réserve de parc. Ailleurs au Canada, l'espèce occupe une toute petite zone du sud de l'Alberta et de la Colombie-Britannique, il est présent entre autres dans le parc national des Lacs Waterton. Les deux aires de répartition sont donc séparées par quelque 3500 km.

Quel est le statut du chardon de Mingan?

En 1924, le frère Marie-Victorin a identifié pour la première fois l’espèce au Québec : « La découverte la plus spectaculaire de nos explorations de l’Anticosti-Minganie est, sans conteste, celle du chardon de Mingan. »

Le chardon de Mingan est désigné menacé au Québec (en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables). Les plus récentes projections démographiques confirment la précarité du chardon de Mingan à la réserve de parc national de l’Archipel-de-Mingan. L’espèce y fait l’objet d’un suivi annuel précis depuis 1995.

Pourquoi le chardon de Mingan est-il en danger?

Le chardon de Mingan est en danger parce qu’à peine 2 à 23 individus fleurissent annuellement, limitant ainsi la venue de nouveaux plants. En 2011, le recensement effectué dans l’archipel de Mingan a permis de dénombrer quelque 1700 plants répartis en 8 colonies, dont 4 colonies étaient trop petites pour survivre.

Plante en fleurs avec filets servant à la récolte des graines.
Chardon de Mingan.

Divers facteurs de perturbations tels que les marées de tempête, la sécheresse, la progression de la forêt, le faible couvert de neige, le broutage par les lièvres, les fourmilières et le piétinement par les randonneurs affectent le chardon de Mingan.

En plus d’être isolées physiquement les unes des autres parce qu’elles se situent sur quatre îles différentes, les 8 colonies de chardon de Mingan se situent à 3500 km de leurs plus « proches parents » de l’Ouest canadien!!!

Pourquoi préserver le chardon de Mingan?

Il est important de préserver le chardon de Mingan, car bien que le nombre total de plants ait augmenté au fil des ans, les données de 2012 montraient que quatre des huit colonies étaient considérées trop petites pour survivre à long terme.

Le chardon de Mingan a l’avantage d’avoir préservé un bagage génétique distinct de ceux qu’on retrouve dans l’Ouest canadien, car ces derniers se sont hybridés au fil des ans avec d’autres espèces de chardon.

Cette espèce indigène a également une valeur culturelle et historique régionale et a suscité l’intérêt de nombreux botanistes.

Que fait Parcs Canada pour sauver le chardon de Mingan?

Suivi des populations

De 1995 à 2005, un suivi très précis a été mis en place pour évaluer et prédire les tendances démographiques du chardon de Mingan à la réserve de parc national de l’Archipel-de-Mingan. Des informations importantes sur la biologie de l’espèce et la dynamique de la population ont ainsi été récoltées. En 2006, le chardon de Mingan a été intégré au suivi des plantes rares de la réserve de parc dans le cadre du programme de surveillance de l’intégrité écologique pour le milieu côtier. Les individus de chaque colonie continuent donc d’être dénombrés.

Rétablissement

Grâce au FREP, un programme de rétablissement a débuté en 2001 afin d'augmenter le nombre de plantes des colonies les plus précaires. Après la pollinisation, des filets sont installés sur les fleurs afin de récolter les graines. Celles-ci sont ensuite comptées et ensemencées dans leur colonie d'origine. Au total, 7837graines ont été semées de 2001 à 2012 avec un taux de germination de 44%. De tous les plants issus des ensemencements, 747 étaient encore présents en 2012. Deux de ces plants ont fleuri en 2008. Le projet se déroule bien, mais l'absence de plantes en fleurs dans certaines colonies retarde l'atteinte des objectifs.

Membres du club Jardinons à l'école de l'École Lestrat montrant deux rosettes de leur jardin expérimental. Membres du club Jardinons à l’école de l’École Lestrat montrant deux rosettes de leur jardin expérimental.

Éducation

Des actions ont donc été entreprises afin de sensibiliser et d’informer les gens sur le chardon de Mingan. Voici les plus importantes :

En Minganie :

  • Présentation à la population et à la société d’horticulture Les Flores-Alliés de la Minganie 
  • Rencontre d’intervenants touristiques 
  • Implication des gens lors des travaux de terrain 
  • Communiqués à la télévision communautaire 
  • Envoi d’un feuillet postal 
  • Résumé des travaux dans le journal du parc 
  • Présentation aux classes de 3ème à 6ème année 
  • Ensemencement dans le jardin expérimental et suivi des rosettes

Auprès du grand public :

  • Production d’un feuillet éducatif, d’un signet et d’une carte postale 
  • Installation de balises et de panneaux autour de certaines colonies 
  • Implantation d’une colonie et d’un panneau d’interprétation à la marina 
  • Reportage à l’émission « La semaine verte »  
  • Divers articles dans les revues et journaux 
  • Production d’une affiche 
  • Production d’une bannière éducative itinérante

Ces activités ont permis de susciter l’intérêt des gens et d’obtenir leur collaboration.

Balises entourant une colonie de chardon écailleux et panneau de signalisation humoristique Balises entourant une colonie de chardon écailleux et panneau de signalisation humoristique.

Comment puis-je aider?

Il est important de continuer les efforts de rétablissement, de conservation et de sensibilisation afin de sauvegarder cette espèce rare et menacée. Comme les rosettes sont très difficiles à voir, vous pouvez contribuer à protéger le chardon en prenant quelques précautions lors de vos déplacements dans la réserve de parc :

Panneau de signalisation humoristique Panneau de signalisation humoristique.
  • Marcher sur le littoral, dans la zone sans végétation
  • Éviter les secteurs balisés, ou identifiés avec des étiquettes métalliques
  • Éviter de chercher les colonies; observer plutôt le chardon à la marina ou à l’école Lestrat.

Votre collaboration est gage de réussite pour la survie de cette ressource unique!