La braya de Fernald est une plante qui ne pousse nulle part ailleurs que sur l’île de Terre Neuve. Elle est remarquablement bien adaptée aux sols calcaires et aux grands froids. Cette espèce est menacée par la perte de son habitat.

Qu’est-ce que la braya de Fernald ?

Gros plan d’une braya de Fernald en fleurs.
Braya de Fernald.

La braya de Fernald porte le nom d’un ancien professeur de botanique de l’Université de Harvard, aux États-Unis. Dans les années 1920, Merritt Lyndon Fernald a fait connaître à la communauté scientifique la végétation particulière des landes calcaires de la péninsule Great Northern. Il a eu une grande influence sur le travail de botanistes canadiens, par exemple le frère Marie-Victorin au Québec. Les documents qu’il a écrits sont encore utiles aujourd’hui, et plusieurs plantes portent son nom.

La braya de Fernald est une plante vivace de la famille de la moutarde. Elle ne mesure que quelques centimètres de haut (1 à 7 cm).

Ses petites fleurs blanches s’élèvent en grappes au bout d’une tige qui part directement du sol. Ses feuilles charnues ressemblent à des spatules allongées et sont disposées en cercle (rosette) à la base de la plante. Chaque feuille mesure de 1 à 4 cm de long et de 1 à 3 mm de large. La braya de Fernald possède de longues racines, capables de se contracter pour la retenir fermement au sol. Ceci est important car le sol où cette plante pousse est graveleux et lâche : il est donc fortement remué par les cycles de gel et de dégel au début et à la fin de chaque hiver. Sans cette adaptation, la petite plante serait soulevée hors de terre à cause du gel.

Cette plante vit plusieurs années. Elle produit de petites graines rondes que le vent disperse sur de courtes distances.

La braya de Fernald est remarquable car :

  • Elle pousse dans les sols calcaires, minces et graveleux, qui sont remués par de nombreux cycles de gel et de dégel.
  • Elle peut pousser dans les sols perturbés.
  • Elle résiste à des vents violents, à des extrêmes de températures, à la sécheresse et à l’inondation.

Bref, elle réussit à s’établir dans les landes calcaires de l’île de Terre-Neuve : peu de plantes sont capables de résister à de telles conditions!

Où vit la braya de Fernald ?

Végétation typique des landes calcaires : arbres rabougris sculptés par le vent et petites plantes au sol. On voit beaucoup de surface de gravier.
Végétation typique des landes calcaires de Terre-Neuve.

La braya de Fernald est une espèce endémique à l’île de Terre-Neuve, c’est-à-dire qu’on ne la trouve nulle part ailleurs au monde. Elle vit à l’extrémité nord-ouest de l’île, au bout de la grande péninsule Great Northern.

Selon les estimés de l’été 2000, la population mondiale de braya de Fernald était de 3500 plants, distribués sur 14 petites landes calcaires. Ces landes étaient réparties sur une bande de terre d’environ 300 km le long de la côte Ouest de Terre-Neuve, du lieu historique national de Port au Choix au sud jusqu’à la réserve écologique de Burnt Cape au nord.

Parmi les 9 populations de braya de Fernald qui avaient été localisées par Fernald au début du 20e siècle, seulement 3 ont été retrouvées en 2000. Le lieu historique national du Canada Port au Choix est un des endroits où pousse la braya de Fernald. On y trouve une population d’environ 300 à 400 plants. La population la plus proche se trouve à environ 100 km au nord.

Quel est le statut de la braya de Fernald ?

La braya de Fernald partage son habitat avec une autre plante qui lui ressemble beaucoup, la braya de Long. La braya de Long est une espèce en voie de disparition, c’est-à-dire qu’elle risque de disparaître très bientôt de la surface de la planète si les humains continuent à perturber son habitat.

En 1997, le Comité sur la situation des espèces en péril (COSEPAC) a placé la braya de Fernald sur la liste des espèces menacées au Canada.

Elle est donc protégée au niveau fédéral par la Loi sur les espèces en péril.

En 2002, cette plante a été placée sous la protection de la loi sur les espèces en péril de la province de Terre-Neuve (Newfoundland’s Endangered Species Act).

Il est illégal d’abîmer cette plante. Il faut éviter de la cueillir, de la piétiner ou de l’endommager de quelque façon que ce soit.

Pourquoi la braya de Fernald est-elle en danger?

La perte d’habitat est le principal danger qui guette la braya de Fernald. Les activités humaines en sont la cause :

  • L’exploitation de carrières a détruit de grandes surfaces de landes calcaires. Cela demeure la principale menace à la survie de l’espèce.
  • La construction de routes a détruit un bon pourcentage des terrains de landes calcaires au cours des 20 dernières années.
  • La circulation de véhicules hors-route abîme les plantes et compacte le gravier calcaire : le sol devient alors inutilisable pour beaucoup de plantes.

Ces activités n’affectent pas que la braya de Fernald, elles nuisent aussi à plusieurs autres éléments de son écosystème.

Les landes calcaires de l’île de Terre-Neuve.
Les landes calcaires représentent 1% du territoire de l’île de Terre-Neuve. Elles se trouvent le long de la côte Ouest de la «Great Northern Peninsula», dans la portion nord-ouest de l’île de Terre-Neuve. La braya de Fernald ne se trouve qu’à 14 endroits le long de cette côte.

La braya de Fernald est aussi menacée par certains insectes et escargots herbivores. Par exemple, chaque été, un papillon de nuit exotique est transporté par le vent depuis les États-Unis jusque sur l’île de Terre-neuve : sa chenille peut causer des dommages importants dans les petites populations de braya.

Pourquoi protéger la braya de Fernald?

L’exploitation des carrières et la construction de routes sont une menace réelle pour cette espèce. Cependant, puisque la braya pousse bien dans les terrains perturbés, il peut arriver qu’elle s’implante dans une portion abandonnée d’une carrière ou sur le gravier bordant les routes et les aéroports! Ces nouveaux sites peuvent être endommagés par l’exploitation de la carrière, par le nivellement ou par une circulation trop intense.

Il y a plusieurs raisons de préserver une plante comme la braya de Fernald :

  • Elle contribue à la biodiversité de la planète. Le bagage génétique de cette plante est particulier et ne se trouve nulle part ailleurs.
  • Elle fait partie d’un groupe de plantes rares, adaptées à des milieux extrêmes.
  • Elle est parmi les quelques plantes capables de coloniser les sols calcaires dénudés.
  • Elle embellit les landes calcaires.
  • Elle est une source de fascination pour les amants de la nature.

Avant que la braya de Fernald ne soit désignée comme espèce menacée, peu de gens se rendaient compte de la fragilité de son habitat et de l’étendue des dommages qu’il avait subi au cours des 25 dernieres années.

Grâce à cette reconnaissance officielle, les gens de Terre-Neuve ont mis sur pied le Programme d’intendance de l’habitat des landes calcaires (Limestone Barrens Habitat Stewardship Program). Aujourd’hui, ce sont donc tous les éléments de cet écosystème qui profitent des efforts de rétablissement de la braya.

Que fait Parcs Canada pour aider à sauver la braya de Fernald ?

Parcs Canada fait partie de l’Équipe de rétablissement de la flore rare de terrains dénudés calcareux. Cette équipe est composée de représentants des gouvernements fédéral et provincial, du monde universitaire et de personnes intéressées du grand public. Cette équipe travaille à la protection des plantes des landes calcaires, comme la braya de Fernald, et de leur habitat.

Parcs Canda et ses partenaires de l’équipe de rétablissement :

Gros plan d’une braya de Fernald avec une étiquette plantée dans le sol et avec le bout d’un doigt. La plante est petite : elle couvre l’équivalent d’environ cinq fois l’ongle de l’index.
Des étiquettes servent de point de repère pour retrouver les plants d’une visite à l’autre, afin d’en suivre l’évolution.
  • surveillent les populations de braya et leur santé ;
  • étudient les besoins écologiques de la braya ;
  • évaluent les effets de la prédation et des maladies sur les populations de braya et testent des méthodes pour les protéger ;
  • appuient le jardin botanique de l’Université Memorial pour développer des techniques de culture de la braya et pour créer une banque de spécimens ailleurs que dans leur milieu naturel ;
  • comparent les brayas des différentes populations afin de vérifier s’il y a des différences physiques entre elles ;
  • ajoutent des semences de braya à la « banque canadienne de graines » (Canadian Seed Bank).

Avec ses partenaires pour l’intendance des habitats, Parcs Canada :

  • Deux scientifiques utilisent un cadre posé sur le sol afin de faciliter l’inventaire des plants de braya de Fernald. Le terrain est très dénudé : il a l’apparence d’un champs de gravier.
    Des scientifiques font l’inventaire des populations de braya de Fernald.
    réalise des activités d’interprétation et d’éducation du public au lieu historique de Port au Choix ;
  • supporte les activités de sensibilisation faites par les jeunes d’une «Équipe verte» à Port au Choix ;
  • communique avec un comité de pêcheurs pour gérer l’accès aux landes calcaires de Port au Choix ;
  • appuie les efforts pour conclure une entente d’intendance avec la municipalité de Port au Choix ;
  • aide à développer des produits éducatifs à propos des landes calcaires (affiches, brochures, site Internet, rencontres et projet artistique) ;
  • a produit des panneaux d’interprétation des landes calcaires pour le lieu national historique de Port au Choix (géologie, climat, végétation et où trouver d’autres landes calcaires).

Comment puis-je aider?

Le saviez-vous?
Les landes calcaires de Terre-Neuve forment un écosystème si particulier que des botanistes du monde entier s’y intéressent. Leur localisation géographique, leur géologie et leur climat en font un endroit très spécial. Parmi les 271 plantes rares de l’île de Terre-Neuve, 114 poussent sur les landes de la péninsule Great Northern. Trois de ces plantes, comme la braya de Fernald, ne se retrouvent nulle part ailleurs au monde.

Que vous habitiez l’île de Terre-Neuve ou que vous soyez de passage, vous pouvez aider à préserver la braya de Fernald !

  • Apprenez-en plus à propos des landes calcaires et de leur végétation.
  • Protégez l’habitat en évitant d’empiler des matériaux comme du bois, des filets de pêche ou des déchets sur les landes calcaires.
  • Restez sur les pistes désignées lorsque vous conduisez des véhicules tout-terrain ou autres véhicules hors-piste, et évitez les endroits où des panneaux indiquent la présence de plantes rares.
  • Faites attention aux plantes lorsque vous marchez dans les landes calcaires (à Port au Choix et aux autres sites, restez dans les sentiers balisés, ne cueillez pas de plantes, ne laissez pas de déchets dans la nature).
  • Laissez les plantes dans leur habitat naturel : plusieurs ont des racines profondes, elles poussent très lentement et la plupart d’entre elles ne survivront pas à la transplantation.
  • Dites aux autres combien les landes calcaires sont spéciales.

Vous pouvez aussi appuyer les organisations qui réalisent des activités de sauvegarde et de rétablissement de la braya de Fernald et des landes calcaires, par exemple :

  • le programme d’intendance de l’habitat des landes calcaires (Limestone Barrens Habitat Stewardship Program);
  • les «équipes vertes» locales (depuis 2001, ces équipes formées de 4 jeunes par localité réalisent des projets environnementaux tout en accumulant de l’expérience de travail);
  • ou d’autres organisations de conservation.