Quest-ce que la tortue mouchetée?

Tortue mouchetée se chauffant au soleil sur la rive d'un cours d'eau

La tortue mouchetée est une tortue d'eau douce de taille moyenne. Les adultes ont une carapace vert foncé, fortement bombée et mouchetée de jaune. Le plastron est jaune et tacheté de noir. La peau est noire et écailleuse, et la tortue se distingue facilement par sa gorge jaune caractéristique.

Les tortues mouchetées ont divers habitats saisonniers. En été, elles préfèrent les zones marécageuses, envahies par la végétation, les étendues d'eau calme comme les lacs peu profonds, les marécages, les cours d'eau et rivières au débit peu rapide. Dans cet habitat, elles peuvent trouver constamment de quoi se nourrir, et elles restent cachées à leurs prédateurs.

Habitat de la tortue mouchetée : un cours d'eau qui traverse un marais
Habitat de la tortue mouchetée : un cours d'eau qui traverse un marais

En hiver, les tortues préfèrent les cours d'eau aux rives escarpées, aux eaux profondes et en mouvement constant. Elles passent aussi l'hiver dans de petits étangs alimentés par des sources. Elles gardent le rectum dans l'eau et s'en servent pour les échanges gazeux (respiration).

En Nouvelle-Écosse, les tortues mouchetées ont tendance à se nourrir à tous les niveaux de la chaîne alimentaire. Elles consomment des plantes aquatiques, des insectes, des têtards et des petits poissons.

Où la tortue mouchetée vit-elle?

On trouve les tortues mouchetées regroupées en petites poches dans l'ensemble de leur aire de répartition. Leur principal territoire est le sud des Grands Lacs, depuis l'extrême sud du Québec et de l'Ontario jusqu'au centre du Nebraska, vers le sud et l'ouest, et jusqu'en Ohio, vers l'est. En dehors de cette aire, il y a plusieurs petites populations, et les plus isolées se trouvent dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse

On observe trois sous-populations distinctes de tortues mouchetées sur un territoire de 30 kilomètres, dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. La plus importante de ces populations habite dans le parc national et lieu historique national du Canada Kejimkujik. Les deux autres populations se trouvent au lac McGowan et à New Elm, respectivement à 15 et à 25 kilomètres à l'extérieur du parc. On estime que ces trois petites populations de la Nouvelle-Écosse totalisent seulement 300 adultes.

Quel est l'état de la tortue mouchetée en Nouvelle-Écosse?

Tortue mouchetée nageant à travers les feuilles de nénuphar

Le COSEPAC place la population néo-écossaise de tortues mouchetées parmi les espèces menacées. Elle est donc protégée en vertu d'une loi fédérale, la Loi sur les espèces en péril. La tortue mouchetée est également protégée en vertu d'une loi provinciale, l' Endangered Species Act, aux termes de laquelle elle est considérée comme en danger.

Le classement est différent parce que chaque ordre de gouvernement applique aux espèces ses propres critères en s'appuyant sur ses priorités à lui.

En quoi la tortues mouchetées de la Nouvelle-Écosse si particulière?

Tortues venant d'éclore près de la cavité du nid

En Nouvelle-Écosse, la tortue mouchetée est un de nos « vestiges du sud », car la population est réduite, isolée et située à l'extrémité nord-est de son aire de répartition. Ce reptile, et d'autres vestiges d'espèces du sud, comme l'hydrocotyle à ombelle, la couleuvre rayée et le petit polatouche, s'est déplacé vers le nord pendant une période chaude vers la fin de la dernière période glaciaire. Lorsque le climat a évolué pour devenir ce qu'il est aujourd'hui, seul le sud-ouest de la province est resté assez chaud pour que ces espèces survivent.

La tortue mouchetée peut vivre plus de 80 ans. En Nouvelle-Écosse, cette tortue d'une grande longévité n'atteint la maturité sexuelle qu'entre 18 et 24 ans. Elle est la dernière à arriver à la maturité dans l'aire de l'espèce. D'autres populations qui vivent tout près, comme au Maine ou encore dans le sud de l'Ontario et du Québec sont matures plus jeunes, entre 14 et 20 ans.

En réalité, la population néo-écossaise se compose de trois sous-populations (Kejimkujik, McGowan, New Elm) qui se distinguent génétiquement les unes des autres. Les trois sous-populations ne semblent pas se mélanger. Des différences de comportement ont aussi été observées entre ces populations.

Pourquoi la tortue mouchetée est-elle en danger?

Ruisseau où abondent les nénuphars

À l'extérieur du parc national et lieu historique national Kejimkujik, la plus lourde menace qui pèse sur la tortue mouchetée est la disparition de son habitat. Le développement humain et l'industrie (barrages, exploitation forestière, agriculture, routes, maisons de villégiature et lotissements résidentiels) risquent de détruire et de morceler des habitats importants pour cette espèce.

Les tortues mouchetées utilisent leur habitat de façons très particulières, ce qui les rend extrêmement vulnérables au changement. Elles vivent dans des cours d'eau tourbeux ayant un lent débit. Les aires de nidification doivent être dégagées ou orientées vers le sud et avoir une base de gravier. En hiver les tortues se rassemblent dans des aires réduites. Elles retournent tous les ans aux mêmes endroits pour pondre et hiverner.

À la différence de certaines autres tortues d'eau douce, les tortues mouchetées peuvent avaler en ayant la tête hors de l'eau ou dans l'eau.

Ces aires peuvent être peu nombreuses ou utilisées par un grand nombre de tortues, et elles sont suffisamment petites pour être détruites accidentellement. Si cela se produisait, le préjudice pourrait être grave pour la population de la Nouvelle-Écosse.

Les femelles qui nidifient à l'intérieur des terres, souvent au bord des routes, risquent d'être tuées par des véhicules, mais, pour les petits qui sortent de ces nids au bord des routes, le risque est pire encore, car les conducteurs ne peuvent les voir.

Le raton laveur - le principal prédateur des tortues

Les nids sont enfouis dans le sol et peuvent être détruits par les véhicules, les travaux d'excavation, les inondations et les prédateurs. Les ratons laveurs sont le principal prédateur de l'espèce, dont ils mangent les jeunes et les œufs. Les ordures laissées par les humains attirent les ratons laveurs, dont le nombre augmente dans le parc. Plus il y a de ratons laveurs, plus les tortues sont menacées.

Exclos de nid inondé par la marée haute

À cause de l'instabilité de la température pendant l'été, un moins grand nombre de jeunes survivent, car ils ont besoin d'une chaleur suffisante pour se développer pleinement. De plus, les inondations naturelles de l'automne et les inondations contrôlées pour la production d'hydroélectricité peuvent menacer la survie dans les nids situés près de l'eau.

Un autre sujet d'inquiétude est la faible proportion des juvéniles et des jeunes adultes dans la population. Cela veut dire qu'un moins grand nombre de tortues atteignent l'âge de se reproduire. Les relevés montrent que la majorité des tortues ont plus de 30 ans. Ces dernières années, cependant, le taux de survie des jeunes semble s'être amélioré grâce à une gestion active, mais il est vrai également que les méthodes d'observation sont meilleures.

Que fait Parcs Canada pour aider à sauver la tortue mouchetée?

Pour protéger la tortue mouchetée, le parc national et lieu historique national Kejimkujik participe à des mesures de rétablissement, des recherches, des activités d'information et des partenariats.

Mesures de rétablissement

Bénévoles qui vérifient les exclos de nids

La protection assurée par Kejimkujik a été essentielle à la préservation de la population de tortues mouchetées de la Nouvelle-Écosse. L'ensemble de l'habitat de cette espèce dans le parc a droit à la meilleure protection possible. Dans les zones visées par une protection spéciale, il ne peut y avoir aucun aménagement ni activité de loisirs. Un important sentier qui traversait autrefois une plage de nidification fréquentée a été déplacé de façon que les femelles puissent nidifier sans être dérangée.

Tout au long de juin, le personnel, les chercheurs et les bénévoles du parc surveillent toutes les aires de nidification connues à Kejimkujik, au lac McGowan et à New Elm. Ils observent les femelles adultes qui nidifient pour repérer les endroits où elles pondent. Après la ponte, les lieux sont recouverts d'un treillis pour assurer une protection contre les prédateurs.

À l'automne, les jeunes éclosent, et il faut les libérer de l'enceinte. Les nids font l'objet d'une vérification quotidienne, les jeunes sont comptés, mesurés, marqués et relâchés.

Un nouveau-né «&nbbranché » muni d'un émetteur radio

Il est arrivé plusieurs fois que le personnel et les chercheurs « donnent un coup de pouce » aux jeunes tortues. Ils les ont gardées pendant l'hiver, leur ont dispensé des soins, les ont nourries et les ont gardées au chaud. La plupart des jeunes ont doublé de taille pendant cette période. Une fois libérées, elles ont eu un taux de survie très élevé, et il a été facile de suivre leurs déplacements par radio, parce que leur taille plus importante permettait de fixer un émetteur.

Les visiteurs du parc et les habitants de l'endroit ont été renseignés sur l'importance de cette tortue rare et invités, s'ils en voyaient une quelque part, à le signaler au personnel et aux chercheurs du parc. Ces résultats ont été obtenus en grande partie grâce à une campagne d'affiches lancée par l'équipe de rétablissement de la tortue mouchetée pour repérer les lieux fréquentés par cette espèce.

Un marais - le parfait habitat de la tortue

Les efforts de liaison avec la collectivité déployés par l'équipe de rétablissement ont été reconnus : la Bowater Mersey Paper Company Ltd. a désigné le lac McGowan comme « Unique Area » au printemps 2003 pour protéger cette tortue et son habitat.

Recherche

Un garde de parc prend des notes concernant une tortue

Les recherches et les observations qui se font à Kejimkujik font progresser notre compréhension de la biologie de cette tortue et des moyens que Parcs Canada peut prendre pour aider à protéger l'espèce.

Le personnel et les chercheurs du parc observent et enregistrent le nombre de tortues et leurs déplacements au moyen d'un système de « marquage et recapture » qui permet d'identifier chaque individu. Des études radiotélémétriques ont également aidé à préciser les lieux où se rendent ces reptiles, les habitats qu'ils fréquentent tout l'été et les lieux de nidification et d'hivernage.

Avec la collaboration de l'Université Acadia et du Centre d'études géographiques, un certain nombre d'études sur le terrain sont réalisées à l'intérieur comme à l'extérieur du parc. On espère, au moyen de ces études, trouver un plus grand nombre de tortues et parvenir à mieux comprendre la nature des habitats dont a besoin chacune des trois sous-populations et les différences de comportement qui les distinguent.

Chercheur qui observe le nid d'une tortue mouchetée femelle

Les chercheurs, les bénévoles et le personnel du parc étudient le comportement et la survie des petits qui éclosent et des jeunes dans chacune des trois sous-populations. Au moyen de ces études, on espère aussi trouver quels habitats les jeunes tortues préfèrent. Les recherches permettront aussi de dire si les sous-populations sont en croissance.

D'autres études porteront sur la diversité génétique des tortues de la Nouvelle-Écosse et leur adaptation aux changements de l'environnement. Cette information sera importante pour protéger les tortues mouchetées et leur habitat à l'avenir.

Éducation populaire

A park interpreter talks about Blanding's turtles using a model

Les interprètes de Parcs Canada suscitent l'intérêt des visiteurs en proposant des programmes guidés à Kejimkujik au sujet de l'histoire naturelle, de l'habitat et de la protection de la tortue mouchetée. Il y a par exemple des excursions guidées, des parcours en canoë et des représentations théâtrales. Le but visé est de faire comprendre et respecter l'espèce.

Kejimkujik offre aussi une information variée, par des représentations théâtrales, des panneaux d'interprétation, des vidéos, des sites Web et des brochures, afin de faciliter l'acquisition de connaissances sur la tortue mouchetée et d'autres espèces en péril dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Des programmes sont également proposés aux écoles locales pour aider les élèves à mieux comprendre les espèces en péril et les inquiétudes au sujet de leur survie et leur expliquer ce qu'ils peuvent faire pour aider cette cause.

Le personnel du parc et les membres de l'équipe de rétablissement ont travaillé avec des propriétaires fonciers et des responsables de l'aménagement du territoire lors de rencontres communautaires et de journées spéciales pour aider à renseigner la collectivité locale sur la tortue mouchetée et son mode de vie.

Les tortues mouchetées ont un plastron (dessous) muni d'une « porte ». C'est dire qu'elles peuvent retirer la tête et les pattes à l'intérieur de la coquille et ramener le plastron vers la carapace (dessus). Elles referment ainsi partiellement leur coquille. En ce sens, elles sont semblables aux tortues-boîtes, qui peuvent se renfermer complètement.

Travail avec les partenaires

L'équipe de rétablissement de la tortue mouchetée a mis à jour le plan national de rétablissement de la population néo-écossaise de tortue mouchetée ( Emydoidea blandingii ) et elle a élaboré un plan d'action sur les communications. Ces plans recommandent des mesures en vue d'améliorer la préservation, le rétablissement et la gestion de cette espèce. Ils énumèrent et définissent des stratégies de protection des tortues mouchetées à l'intérieur et à l'extérieur du parc.

Parcs Canada est membre de l'équipe de rétablissement, qui regroupe divers représentants :

  • Université Acadia
  • Bowater Mersey Paper Company Limited
  • Université Dalhousie
  • Nova Scotia Power Incorporated
  • Ministère des Ressources naturelles de la Nouvelle-Écosse
  • Musée d'histoire naturelle de la Nouvelle-Écosse
  • Particuliers

Parcs Canada et l'équipe de rétablissement travaillent également avec un certain nombre d'autres partenaires pour rétablir la tortue mouchetée :

  • Centre d'études géographiques
  • Centre de données sur la conservation du Canada Atlantique
  • Musées locaux
  • Propriétaires fonciers
  • Bénévoles
  • Membres intéressés du public

Comment puis-je aider?

Exclos de nids sur la plage

Si vous visitez le parc national et lieu historique national du Canada Kejimkujik :

  • Évitez de déranger les exclos des nids de tortue.
  • Respectez les plages et les berges des lacs qui ont été fermées, près du terrain de camping.
  • Si vous apercevez une tortue mouchetée, ne la touchez pas et ne la dérangez pas. Observez-la plutôt en restant à distance et signalez ce que vous avez vu au personnel de Parcs Canada.
  • Ne laissez pas de déchets sur place. Les ratons laveurs sont attirés par les ordures. Plus nombreux seront les ratons laveurs attirés dans le parc, plus ces prédateurs mangeront de tortues et détruiront de nids.
  • Soyez bénévole pour les recherches sur la tortue mouchetée, l'observation et le recouvrement des nids à l'intérieur du parc.
  • Participez aux programmes d'interprétation du parc pour mieux vous renseigner sur la tortue mouchetée et sur ce que vous pouvez faire pour aider.
Tortue femelle qui se déplace sur la plage

Si vous êtes à l'extérieur de Kejimkujik :

  • Évitez de déranger les exclos des nids de tortue.
  • Si vous apercevez une tortue mouchetée, ne la touchez pas et ne la dérangez pas . Toutefois, si une tortue se trouve sur la route, il est bon de la déplacer dans le sens de son trajet.
  • Pendant la saison de la nidification, en juin, conduisez prudemment pour éviter de tuer des tortues qui essaient de faire leur nid en bordure des routes.
  • Faites en sorte que votre terrain ne soit pas dangereux pour la faune. Évitez les pesticides chimiques et laissez les rivages des lacs et les terres humides dans leur état naturel.