Anguille juvénile (civelle pigmentée) au parc national Fundy
Anguille juvénile (civelle pigmentée) au parc national Fundy
© Parcs Canada
Anguille argentée, ruisseau Dickson, parc national Fundy
Anguille argentée, ruisseau Dickson, parc national Fundy
© Parcs Canada

Parcs Canada travaille à la protection de l'intégrité écologique de nos parcs nationaux et a la responsabilité de protéger et de conserver les espèces en péril. Ses efforts en vue du rétablissement de plusieurs espèces ont été fructueux. En 2006, après un déclin dramatique de près de 99 % du stock d'anguilles d'Amérique (Anguilla rostrata) du lac Ontario et du cours supérieur du fleuve Saint-Laurent, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a évalué l'espèce et l'a désignée « espèce préoccupante ».

Dans le Canada atlantique, l'anguille d'Amérique se trouve dans sept parcs nationaux et a une valeur culturelle considérable pour les collectivités autochtones. Les déclins récents dans d'autres régions et la possibilité que l'espèce devienne en péril ont incité Parcs Canada à collaborer avec les collectivités autochtones et d'autres partenaires à un projet pluriannuel d'évaluation du statut de l'anguille d'Amérique dans le Canada atlantique et de sensibilisation des Canadiens à cette espèce fascinante.

C'est quoi?

Les anguilles adultes, qu'on appelle « anguilles jaunes », ont le dos vert olive et les flancs et le ventre vert pâle ou jaunes. Les femelles adultes mesurent en général de 60 à 90 cm, tandis que les mâles adultes mesurent normalement de 35 à 40 cm. Les nageoires dorsale et anale sont longues et se prolongent en nageoire caudale. Deux petites nageoires pectorales se trouvent derrière les branchies. Les individus reproducteurs (sexuellement matures) sont brun foncé ou noirs sur le dessus et argent sur le dessous, d'où leur nom d'« anguilles argentées ». À ce dernier stade du cycle vital, les yeux grossissent, les individus cessent de se nourrir et le système digestif dégénère pour permettre aux organes reproducteurs de croître. Les nageoires pectorales grandissent également afin de favoriser la nage vers la mer en vue de la fraye.

Ça se trouve où?

Aire de répartition

L'aire de répartition de l'anguille d'Amérique s'étend depuis le nord de l'Amérique du Sud jusqu'au Groenland. Dans le Canada atlantique, elle fréquente les milieux dulcicoles (eau douce), de même que les estuaires et les zones littorales (près des côtes) marines reliées à l'océan Atlantique jusqu'au nord du centre du Labrador. On associe cette vaste répartition d'une seule population à la panmixie, notion signifiant que tous les membres d'une même espèce s'accouplent au hasard au sein d'une seule population reproductrice.

Aire de répartition
Aire de répartition
© Parcs Canada

Reproduction et cycle vital

Bien que les anguilles d'Amérique adultes vivent dans une aire géographique très vaste, elles frayent toutes au même endroit : la mer des Sargasses, grande zone de l'Atlantique située à l'est des Bermudes. On croit qu'une femelle peut pondre jusqu'à 20 à 30 millions d'œufs. Une fois écloses, les larves, appelées leptocéphales, peuvent dériver pendant des mois au gré des courants du Gulf Stream avant de se rendre vers les zones littorales. Lorsqu'elles atteignent les côtes de l'Amérique du Nord, les larves mesurent de 5 à 7 cm et ont amorcé le stade vital suivant, soit celui des civelles transparentes; elles sont alors, comme l'indique leur nom, complètement transparentes. Une fois dans les estuaires d'eau douce (où les cours d'eau rencontrent la mer), les civelles commencent à se colorer et à se transformer en civelles pigmentées. Elles s'établissent alors dans les baies côtières ou les estuaires, ou migrent vers les cours d'eau, les étangs et les lacs d'eau douce. Au stade adulte, elles se métamorphosent ensuite en anguilles jaunes, puis, 4 à 25 années plus tard, en anguilles argentées. À ce dernier stade, les individus retournent dans la mer des Sargasses pour y frayer et mourir. La plus vieille anguille gardée en captivité a vécu 88 ans.

Reproduction et cycle vital
Reproduction et cycle vital
© Ministère des richesses naturelles de l'Ontario

Habitat

L'anguille d'Amérique est catadrome, c'est-à-dire que les juvéniles et les adultes vivent en eau douce, mais que les individus sexuellement matures frayent dans l'océan. Les anguilles jaunes occupent tous les types de milieux dulcicoles accessibles, y compris les estuaires et les baies protégées. À mesure qu'ils se transforment en anguilles jaunes, les individus adultes se déplacent souvent entre l'eau salée et l'eau douce, fréquentant ainsi les estuaires et les baies durant l'été, puis remontant les cours d'eau et les lacs durant l'hiver. Les anguilles s'enfouissent dans la boue le jour l'été et toute la journée l'hiver.

Alimentation

Les larves d'anguilles ne semblent pas avoir un système digestif fonctionnel et se nourrissent donc probablement en absorbant des nutriments dissous. Les anguilles jaunes de petite taille mangent des invertébrés, et les individus plus gros, principalement des poissons. Dès la métamorphose en anguilles argentées et le retour vers la mer commencés, les anguilles cessent de se nourrir pour conserver leur énergie et leurs ressources en vue du développement des organes sexuels.

Importance de l'espèce pour les Autochtones

Pour les Mi'kmaq, les Wolastoqiyik et les Passamaquoddy, l'anguille d'Amérique (« Katew ») est un être spirituel. On la retrouve dans les légendes des Mi'kmaq. Outre sa signification spirituelle, l'espèce a été, et est toujours, une source importante de nourriture aux propriétés médicinales. Elle représente aussi un symbole cérémoniel. Par le passé, la Katew était un aliment de base pendant toute l'année, mais surtout au début de l'hiver et au printemps, lorsque les conditions environnementales empêchaient les Mi'kmaq de pêcher d'autres poissons. Une des propriétés médicinales de l'anguille lui provient de sa peau, qui a la capacité unique de s'étirer considérablement sans se déchirer. On utilisait donc souvent la peau d'anguille pour bander les membres blessés. Les Mi'kmaq appliquaient également de la peau d'anguille sur leur peau pour soulager les crampes, les rhumatismes, les maux de tête et les blessures. La Katew servait aussi aux ornements décoratifs tels que des attaches pour cheveux, lesquelles, selon la légende « Sakklo'pi'k », étaient fabriquées de peau d'anguille, de piquants de porc-épic et de babiche.

Pourquoi est-elle en danger?

Ces dernières années, la population d'anguilles d'Amérique a décliné de 99 % dans le lac Ontario et le cours supérieur du Saint-Laurent. Les barrages hydroélectriques sont considérés comme la principale menace pour l'espèce, car ils empêchent de nombreuses civelles pigmentées d'accéder aux Grands Lacs et entravent la migration d'anguilles argentées vers leur lieu de frai. Parmi les autres menaces figurent la surpêche, la perte d'habitat et un parasite envahissant de la vessie natatoire. Les larves d'anguilles d'Amérique ont beaucoup de prédateurs aquatiques. Les prédateurs des adultes, moins nombreux, sont notamment les balbuzards pêcheurs, les mouettes et goélands.

Le parasite de la vessie natatoire Anguillicoloides crassus est une menace relativement nouvelle des anguilles d'Amérique dans le Canada atlantique. Ce parasite envahissant a étendu de manière constante son aire de répartition vers le nord, à partir du Texas. Il se propagerait très facilement d'une anguille à l'autre. L'A. crassus infecte la vessie natatoire, pouvant causer ainsi une irritation et/ou une inflammation de cet organe et entraîner des problèmes de flottabilité. Les effets ultimes chez l'hôte ne sont pas connus, et l'on étudie actuellement le parasite pour déterminer son rôle dans le déclin de la population d'anguilles d'Amérique.

Que fait Parcs Canada

Comme toutes les anguilles d'Amérique font partie d'une unique grande population reproductrice, on craint de plus en plus, dans le Canada atlantique, que le déclin dramatique du stock du lac Ontario soit précurseur d'une baisse des stocks dans l'ensemble de l'aire de répartition. Toutefois, jusqu'à maintenant, de tels déclins n'ont pas été observés dans le Canada atlantique. Les données de base sur l'abondance des anguilles d'Amérique dans l'ensemble du Canada atlantique étant limitées, il est nécessaire de commencer à recueillir des données dans toute la région pour évaluer adéquatement la situation de l'espèce.

On trouve l'espèce dans sept parcs nationaux du Canada atlantique, depuis le littoral ouest de Terre-Neuve jusqu'au sud de la Nouvelle-Écosse ainsi que dans le golfe du Saint-Laurent et la baie de Fundy. Cette répartition étendue offre une excellente possibilité de collaboration. Parcs Canada travaille donc avec de multiples partenaires, dont des collectivités autochtones, d'autres ministères fédéraux et des universités, à évaluer la situation du stock d'anguilles d'Amérique du Canada atlantique. Avec ses partenaires, Parcs Canada a lancé un projet multilatéral couvrant plusieurs parcs afin :

  • de mieux comprendre la biologie des anguilles dans les cours d'eau (habitat, répartition et cycle vital) grâce à une combinaison de savoir traditionnel autochtone (STA) et d'études scientifiques, qui fournit des données de base essentielles;
  • de renforcer les partenariats avec les collectivités des Premières Nations et de les aider à participer à la fois à l'apport de STA et à la collecte de données scientifiques;
  • d'améliorer les connaissances des Canadiens sur cette espèce extraordinaire par l'intermédiaire de son cycle vital fascinant et de les encourager à protéger l'espèce et à collaborer à la collecte de données scientifiques.

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