Les visages de l’histoire du fort Langley

Construit en 1827, le fort Langley était un poste de traite des fourrures de la Compagnie de la Baie d’Hudson. En bordure du fleuve Fraser, il faisait autrefois partie d’une voie commerciale de l’Empire britannique située en plein cœur d’une vaste population d’Autochtones.

Des partenaires commerciaux et conjugaux

Le fort Langley attirait les Autochtones qui venaient y échanger des fourrures et du poisson contre des couvertures et d’autres articles. Histoire de bien asseoir sa position, la Compagnie de la Baie d’Hudson encourageait ses hommes à épouser des femmes autochtones. Ces alliances lui donnèrent accès aux réseaux de troc autochtones, et c’est ainsi que le fort prospéra. Aux familles autochtones, ces alliances donnaient accès aux ressources européennes qui se vendaient au fort.

Un compromis : de l’argent en moins, un monopole en plus

Le gouverneur de la Compagnie de la Baie d’Hudson, George Simpson, était aux prises avec un problème : il voulait les fourrures des peuples autochtones du littoral, mais les Américains aussi. L’utilité d’un poste de traite permanent (le fort Langley) ou d’un poste itinérant (le S.S. Beaver) ne pesait pas dans la balance pour les avides commerçants autochtones. Ce qu’ils voulaient, c’était faire la meilleure affaire. Quelle fut la solution de Simpson? Il baissa les prix, de manière radicale. La Compagnie perdit de l’argent, mais s’empara du marché.

Plus qu’un poste de traite de fourrures

Alors que la Compagnie de la Baie d’Hudson était en quête de fourrures, les Kwantlens avaient, eux, d’autres idées d’affaires. Le chef Whattlekainum pressa les commerçants de la Compagnie d’accepter du saumon et des canneberges. Peu de temps après, on se mit à expédier du saumon salé à Hawaii et des canneberges, en Californie.

Ces nouveaux produits posaient des problèmes d’entreposage et d’expédition. William Cromarty, Peopeo et d’autres tonneliers fabriquèrent des barils en bois pour exporter ces marchandises, ce à quoi le fort doit en partie sa réussite.

Des ouvriers autochtones furent embauchés pour travailler à la ferme du fort Langley. Le fort Langley commença à non seulement subvenir à ses propres besoins alimentaires et à approvisionner d’autres postes, mais il exporta également des fruits et légumes en Alaska, pour la Compagnie russe d’Amérique. Grâce à ce contrat particulier, la Compagnie de la Baie d’Hudson obtint le monopole du commerce côtier.

Fort Langley : au nord de la frontière

En 1846 fut délimitée la frontière avec les États-Unis. Maintenant qu’une frontière était tracée, la Compagnie de la Baie d’Hudson devait garder ses biens d’échange en territoire britannique, au nord de la frontière. Le fort Langley occupait un endroit stratégique idéal : il constituait le lien entre les postes de la Compagnie situés dans l’intérieur et l’océan Pacifique (et, en fin de compte, l’Angleterre). Les brigades de fourrures se mirent à faire l’aller-retour, livrant des fourrures au fort Langley et en repartant, chargés d’articles d’échange et de provisions destinés aux postes éloignés.

Des concessions, une colonie, un pays

« De l’or! » En 1858, la découverte de ce minerai scintillant dans le fleuve Fraser changea tout. De modeste poste de traite et d’approvisionnement, le fort Langley fut propulsé au cœur d’une ruée vers l’or alors que 30 000 mineurs y affluèrent.

Craignant une prise de contrôle par les Américains de ce territoire riche en ressources, le gouvernement britannique voulut agir rapidement. Ici même, le 19 novembre 1858, le gouverneur nouvellement assermenté, James Douglas, proclama la colonie de la Colombie-Britannique.

Huit ans plus tard, en 1866, la colonie de la Colombie-Britannique fusionna avec la colonie de l’île de Vancouver, et Victoria devint la capitale. Puis, en 1871, la Colombie-Britannique devint une province du Canada.

Le fort Langley : un volet du patrimoine du Canada

Au fil du temps, le fort Langley vit ses activités diminuer tandis que la Colombie-Britannique prenait de l’expansion et évoluait. En reconnaissance de son importance pour l’histoire du Canada, le fort Langley fut désigné lieu historique national en 1923. En 1931, le seul bâtiment original encore debout fut ouvert au public.

À partir des années 50, de nombreux bâtiments ont été ajoutés afin de redonner au fort son cachet d’origine. Aujourd’hui, le lieu historique national fait partie d’un réseau national d’aires protégées et gérées par Parcs Canada. Les parcs nationaux, les lieux historiques nationaux et les aires marines nationales de conservation du Canada contribuent à relater l’histoire de notre pays.