
Le lieu historique national du Canada du Premier-Puits-de-Pétrole-de-l’Ouest-Canadien est situé dans le parc national des Lacs-Waterton, en Alberta.
À la fin du XIXe siècle, les lacs Waterton se trouvent au cœur d’un tourbillon d’activité en raison de la découverte de suintements et de petites réserves de pétrole. L’exploration de premiers gisements dans le secteur suscite un grand enthousiasme et des plans sont élaborés en vue de poursuivre le forage, mais sans grand succès.
En 1889, Allan Poyntz (A.P.) Patrick, arpenteur-géomètre de Calgary, est le premier à demander qu’on lui accorde une concession pétrolière dans le secteur du ruisseau Cameron. Cependant, puisqu’il ne possède pas l’imposant financement nécessaire à l’exploitation de sa concession, il doit abandonner ses prétentions. Deux riches hommes d’affaires de Calgary, George P. Leeson et John Lineham, entendent parler de ces réserves pétrolières et obtiennent une concession minière près du ruisseau Oil en 1897. Les deux entrepreneurs, reconnaissant les efforts déployés précédemment par M. Patrick, fondent avec lui, en 1901, la Rocky Mountain Development Company Ltd.
La Rocky Mountain Development Company Ltd. est créée dans le but d’exploiter les riches gisements de pétrole découverts au ruisseau Cameron, et la priorité est donc de faire venir de Petrolia, en Ontario, un appareil de forage par procédé canadien.
L’appareil est envoyé à Fort Macleod par train, mais le reste du trajet jusqu’à la concession minière s’avère tout un obstacle étant donné le poids à transporter en terrain accidenté. Les pistes originales, adaptées au passage de chevaux, doivent être élargies. Il faut aménager des chemins parmi les broussailles et construire des ponts pour aider les attelages à tirer leur lourde charge dans la boue épaisse des contreforts.
La préparation du site de forage est rendue plus pénible encore par la détérioration des conditions climatiques. Les pièces d’équipement sont chargées sur des traîneaux, mais le froid, la glace et le risque d’avalanche compliquent leur transport depuis Fort Macleod; il faut compter plus d’une semaine de transport dans des conditions dangereuses pour parvenir jusqu’au site de forage.
Le 1er novembre 1901, la Rocky Mountain Development Company Ltd. entreprend le forage. Les travaux avancent lentement : le procédé canadien consiste à forer par chocs et le trépan doit être retiré et affuté fréquemment. Chaque fois que l’appareil de forage est retiré du puits, on y verse de l’eau et on en retire les boues pour enlever les déblais. Il s’agit d’un processus ardu et un mois de labeur acharné permet de progresser d’à peine 100 m lorsque tout va bien.

Bien que des traces de pétrole apparaissent dès le début des travaux, ce n’est que le 21 septembre 1902, à 311 m de profondeur, que l’on atteint un écoulement constant. Cette réserve de pétrole n’est toujours pas suffisante pour en justifier l’exploitation commerciale, bien qu’on en extraie apparemment 300 barils par jour. La poursuite du forage ne permet pas d’obtenir un écoulement plus important et les premières quantités de pétrole sont en grande partie perdues puisque l’entreprise n’est pas en mesure d’obturer le puits. De plus, s’il a été ardu d’apporter sur place l’équipement de forage, il est tout aussi difficile de transporter le pétrole à partir du camp.
Les quantités de pétrole brut découvertes, bien que peu importantes, suffisent à justifier que l’on baptise le « puits de la découverte no 1 », premier site de forage dont sont extraites des quantités commercialisables de pétrole. La réussite des travaux permet à MM. Patrick, Lineham et Leeson d’acheter ou d’obtenir six lots du gouvernement fédéral; ils contrôlent ainsi une bande de terres de 10 km de longueur sur 800 m de largeur le long du ruisseau. Leur découverte suscite de l’intérêt dans tout le pays et peu de temps après, le Chemin de fer Canadien Pacifique envoie des arpenteurs dans la région de Waterton afin d’étudier la possibilité de prolonger la voie ferrée vers le sud à partir de Fort Macleod.
En octobre 1902, le cuvelage du puits est endommagé et du gravier tombe dans le trou, coinçant l’appareil de forage. Alors que l’on tente de retirer le trépan, la chaudière éclate, ce qui met fin aux activités pour l’hiver et entraîne par la suite l’abandon du puits, les outils et les tuyaux ayant été perdus ou endommagés dans la tête de puits.
Refusant de capituler, MM. Patrick, Lineham et Leeson entreprennent de forer deux nouveaux puits, dont la production s’avère très décevante. En 1904, ils retournent au puits de la découverte no 1 et nettoient les débris abandonnés sur place deux ans plus tôt. Ils réussissent à extraire environ 8 000 barils de pétrole avant que l’équipement reste pris une fois de plus, sonnant le glas du puits. En 1905, aucun des trois puits n’ayant produit une quantité intéressante de pétrole, la Rocky Mountain Development Company Ltd. quitte la région de Waterton pour de bon.
Encore aujourd’hui, les outils de forage demeurent coincés dans le puits au lieu historique national. Un monument auquel sont intégrés des outils de forage a été conçu tout spécialement pour le lieu historique et aménagé au-dessus du puits en 1968.

Fait éclair :
M. Lineham possédait deux ranchs au sud de Calgary. Comble de l’ironie, l’un d’eux était situé à Turner Valley et seule la rivière le séparait de l’endroit où fut creusé le puits Royalite no 1, à Black Diamond, premier puits de la province à avoir produit du pétrole en bonne quantité.
Fait éclair :
MM. Leeson et Lineham ont collaboré à de nombreuses entreprises au fil des ans, non seulement dans le cadre de la Rocky Mountain Development Company Ltd., mais aussi par la construction de l’immeuble Leeson and Lineham Block, à Calgary. Cette impressionnante construction de grès et de brique sert toujours de point de repère aujourd’hui sur l’avenue Stephen.
Dormaar, Dr. Johan and Watt, Robert A., “Oil City: Black Gold in Waterton Park,” Lethbridge Historical Society, Lethbridge, Alberta, 2007