
Dans les siècles qui ont suivi les premiers contacts des Européens avec l’Amérique du Nord et ses peuples autochtones, la migration et l’établissement des nouveaux venus de tous les coins de la planète ont fait naître l’image populaire selon laquelle le Canada est « un pays d’immigrants ». Pourtant, malgré le rôle prépondérant joué par des groupes culturels distincts dans l’évolution des institutions et des valeurs canadiennes, leurs contributions – en tant que colons, travailleurs, soldats, éducateurs, entrepreneurs, politiciens, artistes, chefs communautaires et organisateurs – sont en grande partie passées inaperçues dans l’histoire « officielle » du Canada. Dans une large mesure, les récits de l’édification de la nation et de l’immigration au Canada ont été axés sur les décisions stratégiques des gouvernements successifs ou sur les activités d’élites économiques et politiques, sans tenir compte des expériences et des perspectives des immigrants eux‑mêmes.
Des historiens ont contesté ce déséquilibre en décrivant les rôles clés joués par les communautés ethnoculturelles dans l’édification de notre nation. Même si de grands événements politiques et des batailles militaires constituent incontestablement des aspects importants de notre passé, les histoires « quotidiennes » de ces femmes, de ces hommes et de ces familles d’immigrants qui ont contribué au développement du Canada le sont aussi. Il peut être difficile de connaître ces histoires, car les personnes et les groupes en marge du pouvoir social et économique ont souvent laissé derrière eux peu de sources qui documentent leur vie, ou ces sources étaient considérées d’importance historique secondaire et on a négligé de les préserver. À l’aide d’un éventail élargi de sources écrites et non écrites – des mémoires personnels, des journaux intimes, des journaux, des histoires orales, des peintures, des photographies et d’autres artefacts – les historiens trouvent de nouveaux moyens de comprendre le passé et cherchent à faire entendre toutes les voix, petites et grandes, célèbres et discrètes, dans le récit de l’histoire canadienne.

Depuis les années 1990, Parcs Canada s’efforce de représenter les expériences et les perspectives des communautés ethnoculturelles dans le programme national de commémoration. Ses efforts sont guidés par le plan du réseau des lieux historiques nationaux, un cadre thématique qui reflète notre compréhension changeante de l’histoire canadienne et de la large gamme des expériences humaines. Constitué selon cinq grands thèmes – un territoire à peupler, gouverner le Canada, économies en développement, établir une vie sociale et communautaire, exprimer la vie intellectuelle et culturelle, et de sous‑thèmes connexes – le cadre circonscrit l’ensemble des sujets qui peuvent être considérés en vue d’une commémoration historique nationale.
Le respect de la façon dont une communauté culturelle se définit elle-même et sa compréhension des personnes, des événements et des lieux qui lui sont rattachés et qui présentent de l'importance à ses yeux est un principe clé de l’initiative prise par Parcs Canada pour rehausser la commémoration de l’histoire ethnoculturelle. À cette fin, des consultations communautaires sont jugées essentielles pour définir les sujets qui reflètent l’histoire des groupes ethnoculturels du Canada. Des ateliers qui regroupent des membres de la collectivité, des historiens et des professionnels du patrimoine ont été organisés partout au Canada. Par ces collaborations, nous espérons encourager et soutenir la participation des communautés culturelles à la reconnaissance de leur histoire.