le 21 décembre 2009
Le désherbage fait partie de la vie de la banlieue où on déploie une énergie considérable à embellir nos propriétés. Mais il y a parfois des raisons davantage écologiques qu’esthétiques qui militent en faveur du désherbage. C’est le cas notamment d’une mauvaise herbe qui s’attaquent aux prairies du Canada : la centaurée maculée.
La centaurée maculée est une plante envahissante d’Eurasie qui a été introduite en Amérique du Nord par mégarde à la fin du 19e siècle quand des graines ont été transportées dans des semences de luzerne. Elle fait partie de la famille des Astéracées qui comprend entre autres les asters, les marguerites, les chardons et…les pissenlits. Cette plante a fait des ravages dans l’Ouest du Canada et dans au moins 14 États américains. Elle réduit la quantité de fourrage pour le bétail et les animaux sauvages et a tendance à s’établir en monoculture. Son succès à s’implanter rapidement dans une région s’explique en partie par sa production prolifique de graines, qui peut s’élever à 140 000 semences au mètre carré ! De plus, les semences demeurent viables pendant 8 ans et s’accrochent facilement au foin cultivé et aux carrosseries de voiture. Si vous ajoutez à cela le fait que ses racines sont toxiques, empêchant d’autres plantes de s’étendre dans les environs, vous obtenez une plante qui rivalise de ténacité avec notre fameux pissenlit.

La centaurée maculée s’est implantée au parc national du Canada des Lacs-Waterton et les responsables du parc suivent la situation de près. Il y a peu de moyens de s’attaquer au problème. L’utilisation d’herbicides est préconisée dans certains cas mais n’est pas recommandée dans des endroits déjà fragiles. N’étant pas une plante indigène, la faune locale ne s’y intéresse pas comme aliment. Il reste la cueillette mais c’est une tâche exigeant un travail sans relâche. La prolifération de cette plante menace entre autres l’habitat du porte-queue demi-lune (Satyrium semiluna), un papillon en voie de disparition qui habite certaines régions de la Colombie-Britannique et de l’Alberta. Le parc national du Canada des Lacs-Waterton est le seul renfermant une population de cette espèce. Des études sont en cours sur les causes de son déclin et la centaurée maculée pourrait en faire partie. Les responsables du parc observent la situation de près pour s’assurer que le contrôle de la mauvaise herbe n’altère pas outre mesure l’habitat du papillon.

Le parc national des Lacs-Waterton organise chaque année depuis 15 ans un rodéo, le rodéo de la centaurée, pour cueillir et éliminer des plants de centaurée maculée dans le parc. Cet événement se tient avec la participation et l’appui de Conservation de la nature Canada et du ministère de l’Environnement de l’Alberta. L’objectif est de contrôler les populations de centaurée maculée, conscientiser les gens au fléau représenté par cette espèce envahissante et – pourquoi pas – s’amuser un peu en jouant au cowboy. Pendant trois jours, agents du parc et bénévoles revêtent chapeaux et bottes (s’ils le désirent) et se mettent à l’ouvrage. Pour fouetter l’ardeur des participants, des concours sont organisés pour récompenser par exemple le cueilleur qui récolte la plante la plus haute ou la racine la plus longue (qui peut être très longue).

En 2008, un total de 65 personnes ont pris part à l’événement, dont 36 bénévoles de la population locale. Ils ont fourni un effort considérable, ensachant fébrilement les plantes indésirables pendant un total de 202 heures-personnes pour remplir 144 sacs. À elle seule, cette récolte représente un nombre faramineux de 1,7 million de semences. Avec ces efforts et d’autres, les responsables du parc national des Lacs-Waterton espèrent pouvoir préserver l’équilibre des écosystèmes du parc pour les années à venir.