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Pause nature

Les pélicans de l'île Heron

Édition du mois de mai (le 16 mai 2003)

Parc national du Canada de Prince Albert Saskatchewan

Le rythme de la nature

Pélican blanc d'Amérique (Pelecanus erythrorhynchos)
Pélican blanc d'Amérique (Pelecanus erythrorhynchos)
© Parcs Canada / Wayne Lynch, 1987

C'est un cliché de dire que le retour des oiseaux migrateurs est un signe infaillible et annonciateur du printemps, mais c'est quand même la vérité. Année après année, avec une indéniable régularité, ils reviennent - certains après avoir fait des milliers de kilomètres - et avec eux arrive le printemps. Dans le parc national de Prince Albert, au centre de la Saskatchewan, l'arrivée des Pygargues à tête blanche et des Bruants des neiges est le premier indice du déclin de l'hiver. Puis celle des Bernaches du Canada, des Juncos ardoisés et des Merles d'Amérique vient renforcer cette certitude. Finalement, le dernier clou dans le cercueil de l'hiver est le retour des Pélicans blancs d'Amérique.

Les pélicans ont quelque chose de primitif. Peut-être est-ce leur grande taille ou encore leur apparence disgracieuse, avec ce cou enfoncé dans le corps. Peut-être est-ce aussi leur apparence lourdaude, lorsqu'ils s'alignent dans les eaux peu profondes afin de repousser les poissons vers la rive, ou leurs cris loufoques et leur agitation qui contrastent avec le raffinement de leur comportement collectif. Ou encore est-ce le mouvement hypnotique et apparemment sans effort de leur vol en formation qui leur donne une apparence intemporelle. Quoi qu'il en soit, les pélicans ont quelque chose qui laisse croire qu'ils ne subissent pas les rythmes de la nature, mais qu'ils en sont plutôt un élément intégré.

Pélicanville

Pélican blanc d'Amérique (Pelecanus erythrorhynchos)
Pélican blanc d'Amérique (Pelecanus erythrorhynchos)
© Parcs Canada

Ils viennent à Prince Albert pour s'accoupler, nicher et élever leurs petits. Étant donné que les pélicans font tout en groupe, ils nichent aussi en colonies, souvent gigantesques, où ils reviennent d'année en année. Une des plus grandes colonies de nidification de pélicans d'Amérique - 10 000 à 15 000 adultes - se trouve sur l'île Heron, dans le lac Lavalée, à l'extrémité nord-ouest du parc. Les pélicans partagent cette île avec un grand nombre de Cormorans à aigrettes, de Goélands à bec cerclé ainsi qu'à l'occasion avec des Grands Hérons.

L'île n'est pas un paradis. Elle est bondée, poussiéreuse et malodorante. Le sous-bois est piétiné. Les arbres meurent de l'accumulation des excréments. Mais pour les pélicans, l'île représente la survie, et non un lieu de villégiature. Son emplacement leur garantit la protection contre les prédateurs terrestres. Et, au milieu de la masse, chacun des petits a une meilleure chance d'échapper à l'oeil vigilant des prédateurs ailés.

La survie des plus forts

Habituellement, la femelle pélican pond deux oeufs qu'elle couve en alternance avec le mâle. Le deuxième oisillon à sortir de sa coquille est habituellement tué par le premier. Les oisillons qui réussissent à manger survivent. La meilleure façon de recevoir suffisamment de nourriture est d'éliminer la compétition. Les parents vont à tour de rôle pêcher à l'extérieur de la colonie. Dans les eaux peu profondes, ils attrapent les poissons, les emmagasinent dans leur poche géante et les essorent avant de les avaler. Lorsqu'ils reviennent à la colonie, ils nourrissent leur petit de poisson régurgité.

Pélican blanc d'Amérique (Pelecanus erythrorhynchos)
Pélican blanc d'Amérique (Pelecanus erythrorhynchos)
© Parcs Canada / Wayne Lynch, 1986

Après plusieurs semaines, les petits quittent le nid et forment des groupes, également appelés « crèches », et commencent à errer près de la colonie et tentent de s'alimenter. Les adultes commencent à s'aventurer plus loin - parcourant jusqu'à plusieurs centaines de kilomètres - à la recherche de poissons pour se nourrir et alimenter leurs oisillons affamés. Ils ne reviennent à la colonie qu'une fois par jour ou tous les deux jours.

La fin de l'enfance

À la fin de l'été, les oisillons qui ont survécu sont aussi gros que les adultes. Ils sont capables de voler et de pêcher loin de la colonie. Au fur et mesure que les jours raccourcissent et que les nuits rafraîchissent, vient le moment où les jeunes se joignent aux adultes pour la migration vers le Sud, s'intégrant à leur tour au rythme de la nature.

Les rescapés

Pendant près de dix ans, les Pélicans blancs d'Amérique ont été inscrits sur la liste des espèces menacées établie par le COSEPAC (Comité sur la situation des espèces en péril au Canada). La principale menace venait des perturbations de leurs colonies de nidification, qui causaient la panique chez les adultes et les amenaient à piétiner leurs oeufs et leurs petits, et parfois même à abandonner la colonie. À la suite de la protection de ces colonies, les populations ont augmenté et, en 1985, le Pélican blanc d'Amérique a été retiré de la liste des espèces menacées.

La colonie de nidification de l'île Heron a été désignée zone importante pour la conservation des oiseaux et est classée zone de préservation spéciale (Zone 1) dans le parc national de Prince Albert, lui procurant le niveau de protection le plus élevé dans un parc national. De plus, Parcs Canada a mis sur pied un programme de surveillance à long terme pour faire le suivi de la population, des maladies qui la touchent et des tendances relatives à la mortalité des pélicans.



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