Édition du mois de décembre (le 11 décembre 2003)
L’Ouest du Canada a connu plusieurs incendies en 2003. Lors d’une seule journée en juillet, la foudre a causé cinq incendies différents dans les parcs nationaux Kootenay et Banff. Trois de ces incendies (Haffner, Taylor Upper et Taylor Lower) ont pu être rapidement maîtrisés grâce à l ’« attaque initiale » menée par des équipes au sol et à bord d’hélicoptères. Deux autres incendies, Tokumm et Verendrye, ont nécessité plus d’un mois d’opérations et ont fini par fusionner en un seul brasier. L’incendie de Tokumm-Verendrye a brûlé 12,6 % de la superficie du parc national Kootenay.
La pluie et la neige qui sont tombées en septembre ont maintenant éteint la plus grande partie des feux actifs. Dans certains secteurs toutefois, la combustion en profondeur des racines d’arbres se poursuivra durant quelques mois encore, jusqu’à ce que des précipitations abondantes finissent par réprimer totalement ces points chauds. Même s’il peut sembler incroyable qu’un feu puisse subsister sous terre pendant si longtemps, les propriétés isolantes du sol font que les feux de racines peuvent couver pendant des mois, voire des années. Malgré l’absence de tout signe apparent au-dessus du sol, ces feux souterrains peuvent redevenir actifs une fois que le climat se réchauffe.

Le feu est un agent de changement écologique qui, à la fois, détruit des forêts établies et en crée de nouvelles. Les forêts du parc national Kootenay sont tributaires du feu : elles ont besoin du feu pour se régénérer. Au fil du temps, les incendies qui se produisent dans le parc créent une mosaïque de végétation, diversifiée par son âge et sa composition. Il en résulte une combinaison de forêts, de zones arbustives et de prés.
Certains des secteurs du parc national Kootenay brûlés par les feux de cet été n’avaient pas connu d’incendie majeur depuis trois à cinq siècles. Aujourd’hui, le cycle de croissance peut recommencer; en fait, il est déjà amorcé! Le bois consumé par les flammes s’est transformé en une cendre riche en minéraux, qui libère une grande quantité d’éléments nutritifs qu’absorberont les nouvelles pousses. Maintenant que le feu a détruit l’épaisse couverture forestière, la lumière du soleil pourra dorénavant atteindre le tapis forestier, y réchauffer le sol et y créer un lit propice à la germination.
Dans les portions du parc incendiées depuis un mois, les pics sont arrivés en nombre pour se régaler des insectes qui colonisaient les arbres détruits par le feu. Déjà, on a observé des ours noirs et des orignaux qui broutaient les nouvelles herbes et les plants de fraises sauvages; des loups ont également été aperçus. Dans les prochaines décennies, les brûlis créés cet été figureront parmi les secteurs les plus productifs du parc et présenteront une plus grande diversité animale et végétale.

Aucun brûlage dirigé n’a été effectué cette année dans le parc national Kootenay. On a mené l’hiver dernier une opération d’éclaircie forestière dans le terrain de camping Redstreak et aux alentours, pour y prévenir les feux de friches tout en y restaurant l’habitat du mouflon d’Amérique. Cette opération d’éclaircie visait également à réduire les risques de feux de friches pour la ville de Radium Hot Springs, à proximité du parc. À ce jour, les brûlages dirigés à l’intérieur du parc Kootenay ont été restreints en superficie; en 2001 cependant, sur le mont Shanks, on a laissé un incendie causé par la foudre brûler à l’intérieur des limites établies. Cet incendie a eu pour effet de créer un coupe-feu qui a empêché cette a née l’incendie du mont Verendrye de s’étendre au sud-est du parc.
Le Service canadien des forêts a été présent cet été dans les parcs canadiens de l’ouest et a testé en montagne le modèle d’expansion des feux de friches au Canada appelé « Prometheus ». Dans les prochaines années, les leçons acquises cet été seront incorporées aux programmes de gestion du feu partout au Canada. Maintenant que les incendies sont éteints, les scientifiques commenceront à étudier le processus de régénération forestière dans la vallée de la Vermilion.
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